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Défaillances d’entreprises : leur reflux n’est pas encore à l’ordre du jour / Entre signaux d'alerte et d'accalmie
Il y a du bon et du moins bon. Les défaillances d’entreprises poursuivent toujours leur progression : d’après les chiffres d’Altares, 17 500 sociétés ont fait défaut en France au deuxième trimestre de 2026 (+ 5,4 %), portant à 37 700 leur nombre depuis janvier - dont les deux tiers directement en liquidation. Si l’on isole les défaillances observées sur les mois d’avril à juin, leur niveau ressort 40 % plus haut qu’avant la crise sanitaire.
Les structures de moins de trois salariés concentrent 75 % des procédures collectives et « donnent le La sur la tendance globale », explique Altares. En effet, sur cette catégorie, 13 185 défaillances ont été recensées, ce qui représente une hausse de 8,3 % sur un an. Ce phénomène semble illustrer la persistance des tensions de trésorerie que subissent les plus petites entreprises, observe le rapport. Car à l’inverse, les structures de 3 à 19 salariés affichent une amélioration relative, avec un léger recul de 3,3 % sur un an au titre du deuxième trimestre de 2026. « Cette tranche, qui représente encore 21,6 % des procédures, contribue à amortir la dégradation globale du trimestre », pointe Altares.
Entre surveillance et autres points d’accalmie
D’un autre côté, bien que les structures d’au moins 20 salariés restent encore minoritaires en nombre, leur évolution mérite d’être surveillée. Avec 532 procédures, elles témoignent d’une progression de 2,9 % sur un an, un volume tiré par les sauvegardes et les redressements judiciaires. Les liquidations directes, elles, baissent de 12,2 %. « Il faut y voir une lueur positive : car si les tensions économiques pèsent sur les entreprises, le recul des liquidations directes laisse entrevoir une reprise ou une poursuite d’activité », observe l’étude.
Elle relève également plusieurs autres points positifs. D’abord, celui d’un impact social des défaillances toujours important, mais qui s’atténue. Le nombre d’emplois menacés s’établit en effet à 58 830, soit une baisse de 9,5 % par rapport au deuxième trimestre de 2025 et un nombre bien en deçà de ce qu’il s’observait en 2024. Ceci s’explique par des difficultés qui frappent les plus petites entreprises, ainsi que par leur âge. Ensuite, sur le plan sectoriel, la construction et le commerce (hors automobile) sont aussi stables. Enfin, la moitié des régions sont repassées dans le vert.
Jeunes, mais développées
Du côté des signaux d’alerte, d’autres facteurs viennent s’ajouter à la hausse générale, à la progression observée chez les entreprises de moins de trois salariés et à l'attention accordée à celle de plus de 20 salariés. Il y a donc une vulnérabilité particulièrement marquée chez les sociétés les plus jeunes. Si les entreprises de 3 à 5 ans restent les plus nombreuses à défaillir, avec une hausse de 5,1 %, les défaillances des structures de moins de trois ans ont nettement grimpé de 12,7 % sur un an (à 2 248 procédures). Plus des trois quarts se soldent par une liquidation judiciaire directe. L’essentiel, soit 93 % de ces jeunes entreprises, n’est d’ailleurs pas des micro-sociétés ou des auto-entrepreneurs. Ce sont des sociétés commerciales. La restauration, la vente et la réparation automobile sont les plus représentées.
Dans l’ensemble, en termes de secteur, les services aux entreprises ainsi qu’aux consommateurs ont plus lourdement décroché (en hausse de près de 14 % pour les premiers et de 15,7 % pour les seconds). Le monde agricole apparaît aussi sous fortes tensions, avec une progression de 21 %.
Un scénario plausible
Qu’attendre désormais pour la suite ? Pour Thierry Millon, directeur des études Altares, l’hypothèse de 34 000 à 35 000 nouvelles procédures collectives au second semestre apparaît vraisemblable. En cause, une économie française qui résiste mais s’essouffle, avec des prévisions de croissance de la Banque de France s’établissant désormais à + 0,5 %. Ce scénario, estime l’expert, est incompatible avec un reflux des défaillances. « Les épisodes successifs de canicule pourraient encore accentuer le ralentissement en pesant sur la consommation, la productivité et les secteurs particulièrement exposés. Face à une demande atone et à des coûts d’exploitation toujours élevés, les entreprises mobilisent davantage leurs ressources de trésorerie », ajoute-t-il. Une situation qui fragilise en premier lieu les TPE et PME, tandis que les facteurs aggravants ne sont plus ceux qui ont longtemps été pointés du doigt : les Prêts garantis par l’État sont presque soldés, et les assignations URSSAF ont rarement aussi peu pesé dans les ouvertures de procédures.
« La fragilité des entreprises n’est plus à chercher dans les dispositifs hérités de la crise sanitaire mais dans une conjoncture qui affaiblit brutalement l’équilibre financier des entreprises. La demande intérieure reste atone, l’investissement sélectif, le marché du travail se tend et les entreprises arbitrent davantage entre prudence financière et nécessité d’adaptation », juge Thierry Millon. Un ensemble qui pousse donc à la précaution, observe-t-il, l’enjeu étant désormais moins de développer le business que de préserver des capacités de rebond, en sécurisant les trésoreries, les investissements et les chaînes d’approvisionnement.
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