WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Eurazeo / William Kadouch-Chassaing

Entreprises / Actions
Eurazeo / William Kadouch-Chassaing

Eurazeo renoue avec la création de valeur / La gestion d’actifs accélère, les cessions doivent suivre

Après plusieurs semestres de baisse, Eurazeo a renoué au premier semestre avec une création de valeur positive sur son portefeuille. La gestion d’actifs continue parallèlement de gagner du terrain et d’améliorer sa rentabilité, mais l’accélération des cessions reste attendue au second semestre.
Christophe Bavière et William Kadouch-Chassaing, co-dirigeants d’Eurazeo.
Christophe Bavière et William Kadouch-Chassaing, co-dirigeants d’Eurazeo.

« On peut l’appeler une inflexion, mais c’est certainement une inversion de tendance », confie à WanSquare William Kadouch-Chassaing, co-dirigeant d’Eurazeo. Après plusieurs semestres d’ajustements de valorisation, le portefeuille au bilan du groupe d’investissement a renoué au premier semestre 2026 avec une création de valeur positive de 0,3 % en organique. Le chiffre est modeste, mais il a changé la physionomie des comptes : le résultat net part du groupe est revenu quasiment à l’équilibre, à moins 6 millions d’euros, contre une perte de 311 millions un an plus tôt. Chez Oddo BHF, on souligne que « la création de valeur est redevenue positive après de nombreux trimestres négatifs ». Une annonce bien accueillie à la Bourse de Paris, où l’action Eurazeo gagnait jeudi 3,8 %, à 45,40 euros.

Le dirigeant se garde pourtant de tout triomphalisme. « Tous les risques de dépréciation identifiés aujourd’hui sont déjà reflétés dans nos valorisations », prévient-il, avant de tempérer : « L’amélioration devrait rester graduelle en 2026. » Eurazeo ne parie ni sur les taux ni sur une détente des multiples, encore comprimés dans le logiciel notamment, et n’apprécie ses actifs qu’au vu des données opérationnelles de ses participations. Celles-ci restent bien orientées au premier semestre : revenus en hausse de 4 % et Ebitda en progression de 7 % sur un an dans le buyout, croissance de 22 % du chiffre d’affaires des sociétés du portefeuille Growth. Ramenée par action, la valeur du portefeuille gagne 3,3 % par rapport à fin 2025, à 105,4 euros, notamment grâce à l’effet relutif des rachats d’actions.


Le moteur de la gestion d’actifs


L’autre pilier de la feuille de route tracée fin 2023, la gestion d’actifs, poursuit sa montée en puissance. La collecte auprès de tiers atteint 2,3 milliards d’euros, en hausse de 10 %, et porte les encours à 40 milliards, dont 31,1 milliards pour compte de tiers, en progression de 13 %, un rythme supérieur au marché. « Nous gagnons des parts de marché, et cela nous rend très enthousiastes avec Christophe », se félicite William Kadouch-Chassaing. La collecte reste toutefois contrastée : la dette privée bondit de 73 % à 1,5 milliard quand le private equity recule de 37 %. Rien d’inquiétant selon le co-dirigeant : « Une levée de fonds dépend évidemment de la demande, mais d’abord de l’offre disponible. » Le calendrier faisait la part belle à la dette ce semestre, tandis que « la dynamique de fond de nos franchises de private equity reste bonne », assure-t-il. Comme l’a souligné Christophe Bavière, l’autre co-dirigeant d’Eurazeo, lors de la conférence avec les analystes, la demande a d’ailleurs dépassé le plafond des deux produits phares du semestre, le fonds de dette EPD VII et le secondaire ESF V, fait rare dans les conditions actuelles de levée, grâce notamment à une base de clients internationalisée, environ 70 % des flux venant désormais de l’étranger.


Une marge en nette amélioration


Cette montée en puissance nourrit progressivement les comptes de la gestion d’actifs : les commissions de gestion atteignent 213 millions d’euros, dont 163 millions provenant de tiers, en hausse de 14 % hors effets de change. L’Ebitda progresse de 20 %, à 100 millions d’euros, pour une marge de 44,7 %, en amélioration de 430 points de base. « La croissance des coûts n’est pas linéaire avec le passage à l’échelle », explique William Kadouch-Chassaing, tandis que les charges opérationnelles n’augmentent que de 2 %.


Le rattrapage des cessions reste à accomplir


Reste le point de vigilance du dossier : la rotation du portefeuille, « principale réserve » de cette publication pour les analystes d’Oddo BHF. Les cessions ont atteint 0,7 milliard d’euros au semestre, dont 0,3 milliard pour le bilan, soit 4,3 % du portefeuille, encore loin du rythme annuel de 15 à 20 % visé par le groupe. Le co-dirigeant assume l’arithmétique : « Nous avons réalisé 4,5 % de rotation au premier semestre. Mécaniquement, il nous faut donc atteindre au moins 10 % au second semestre. » Un rattrapage qu’il juge accessible, le groupe ne cédant généralement que six à huit actifs de son bilan chaque année. Comme l’a précisé Christophe Bavière devant les analystes, plusieurs processus de monétisation sont engagés et Eurazeo compte utiliser toute la gamme des solutions disponibles, des cessions classiques aux dividend recaps et aux véhicules de continuation, afin de converger vers sa moyenne historique de réalisations annuelles.

Le retour aux actionnaires, lui, suit son cours : le dividende a été relevé de 10 %, à 2,92 euros par action, tandis qu’environ 2 % du capital ont été rachetés au premier semestre, soit la moitié du programme prévu en 2026, avant 9 % supplémentaires en 2027. En fonction du prix auquel les titres seront acquis, « nous verrons s’il faut recourir à des dividendes exceptionnels pour compenser un éventuel montant moindre consacré aux rachats d’actions », explique William Kadouch-Chassaing. Pour la suite, Eurazeo confirme l’ensemble des objectifs de son plan et anticipe une amélioration progressive de la création de valeur sur l’année. Christophe Bavière a également estimé devant les analystes qu’il ne serait pas raisonnable de se montrer pessimiste sur la collecte du groupe. Oddo BHF prévient néanmoins que « le dossier d’investissement dépend désormais de la capacité du second semestre 2026 à délivrer l’accélération attendue des cessions à des valorisations correctes ».

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article