Macro-économie / Taux / Banque de France / Inflation
Macro-économie / Taux
Banque de France / Inflation
L’inflation est encore bien ancrée dans la tête des Français / Leur ressenti est en décalage avec la réalité
Un exercice pour le moins parlant. L’enquête menée par la Banque de France – avec l’institut de sondage CSA - en fin d’année passée et dévoilée ces derniers jours - montre bien à quel point les Français ont tendance à se tromper dès lors qu’on parle d’inflation. Les résultats exposent effectivement que les ménages tricolores ont encore un ressenti élevé de l’inflation.
Un phénomène bien connu des économistes, qui n’en demeure pas moins déroutant lorsqu’on sait qu’alors que « la hausse des prix était très modérée (moins de 1 % sur un an en 2025, contre 5 % par an en 2022 et 2023) », et que pourtant « les perceptions d’inflation des ménages se sont repliées moins vite que l’inflation mesurée ». Les deux auteurs que sont Vincent Bignon et Erwan Gautier constatent en effet que les années 2022-2023 ont laissé de véritables stigmates dans l’esprit des Français. Ceux-ci ont en effet modifié également leur comportement en termes d’épargne et également de consommation.
Tête de liste
Il faut bien en effet une explication au fait que les résultats du sondage Banque de France - CSA - de novembre 2025, propulsent la thématique « inflation et pouvoir d’achat » tel « l’une des deux priorités économiques pour une majorité des répondants à cette enquête ». Ce qui s’explique par un décalage sur l’inflation qui a grandi avec le temps, là où en 2022, « la perception moyenne était supérieur de 4 points de pourcentage à l’inflation mesurée. Cet écart est passé à plus de 8 points en 2025 ». La surestimation de l’inflation n’est pas une nouveauté et serait due à l’attention excessive portée par les ménages aux achats du quotidien et à la fréquence de certains achats. Cependant l’écart conséquent qui s’est creusé en quelques années ne peut pas trouver sa source dans cette explication.
C’est là où l’analyse de l’ensemble de la période semble avoir du sens, les auteurs arguant que « les ménages qui estiment qu’entre fin 2021 et fin 2025 les prix ont augmenté de plus de 40 % ont une perception de l’inflation moyenne sur les douze derniers mois proche de 20 % ; alors que cette perception est trois fois plus basse, de l’ordre de 7 %, pour les ménages estimant qu’entre fin 2021 et fin 2025 les prix ont augmenté entre 5 et 15 % ». Plus le début de la période a marqué les Français et plus ceux-ci seraient enclins par la suite à continuer à se tromper dans des proportions élevées, alors même que l’inflation est en grande partie rentrée dans son lit.
L’assiette
Le rôle des différents repas semble prépondérant à en croire les données collectées par l’enquête, puisqu’il s’avère que dans la majorité des cas « un ménage déclarant percevoir une inflation totale élevée en 2025 est en général un ménage qui pense que les prix de l’alimentation ont beaucoup augmenté depuis 2021 ». Un effet similaire est noté pour l’essence, bien que cela soit dans des proportions bien faible.
L’effet de mémoire semble particulièrement fort sur la thématique des produits alimentaires, puisque récemment ce sont quasiment « 80 % des ménages [qui] continuent à percevoir que les prix des fruits et légumes ont augmenté ou beaucoup augmenté en 2025, tout comme en 2024 (contre 93 % en 2023 quand les prix des biens alimentaires augmentaient de plus de 15 % sur un an) ». La sélectivité semble également à l’œuvre puisque tandis que les baisses ne sont généralement que peu retenues par les Français, les hausses restent longtemps dans tous les esprits. Uniquement 5 % des ménages auraient ainsi bel et bien constaté les différentes baisses de prix.
Perdus
Dès lors il semble illusoire que les ménages français aient une vision réaliste de l’évolution de leur pouvoir d’achat depuis 2021, de fait ils sont près de 80 % à considérer que leur pouvoir d’achat a reculé sur l’ensemble de la période. Une sous-estimation chronique de l’évolution de leurs revenus apparaît concomitamment à la mauvaise perception des hausses de prix.
Ce qui a entraîné des conséquences considérables sur les comportements des ménages et tout particulièrement ceux percevant la plus forte perte de pouvoir d’achat sur la période 2021-2025. Les données font état d’une part de la réduction de leur consommation et du fait qu’ils soient plus nombreux à déclarer s’être endettés, là où « ceux percevant une moindre baisse de leur pouvoir d’achat ont davantage épargné ». De quoi dessiner une boucle, où la mauvaise perception de l’inflation a pu finir par peser sur celle-ci en faisant diminuer la consommation.
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