ESG / Andera Partners / Noella de Bermingham / Coralie Dabiens
ESG
Andera Partners / Noella de Bermingham / Coralie Dabiens
Andera Partners chiffre le coût de l’inaction en matière de durabilité / Un livre blanc pour traduire les indicateurs ESG en euros
« La durabilité ne se résume pas aux papillons et aux vers de terre. Elle recouvre aussi des enjeux sociaux et économiques très concrets, que les entreprises doivent prendre en compte quelle que soit la conjoncture. » Pour Noëlla de Bermingham, directrice Sustainability d’Andera Partners, les enjeux environnementaux et sociaux restent encore trop souvent perçus comme une dépense, surtout lorsque l’environnement économique se durcit. Interrogée par WanSquare sur le livre blanc publié en septembre par le fonds, elle invite à considérer la question sous un autre angle. Plutôt que de demander combien coûte une démarche de durabilité, Andera propose de renverser la perspective. « Aujourd’hui, la vraie question, c’est combien ça coûte de ne rien faire », explique-t-elle.
Réalisée avec EY-Parthenon, l’étude part d’un paradoxe : les entreprises produisent toujours plus d’indicateurs ESG, sans que ceux-ci pèsent nécessairement sur leurs choix. « Ces données sont rarement reliées à de véritables décisions opérationnelles et financières », observe Noëlla de Bermingham. Le fonds a passé au crible 87 de ses participations, qui totalisent 6,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 28 000 salariés, en comparant leurs indicateurs de 2024 et de 2025. Chaque variation (énergie consommée, heures d’absence, départs de salariés) est convertie en euros selon des coûts unitaires propres à chaque secteur, puis corrigée de l’évolution de l’activité. « Nous voulions éviter qu’on nous réponde que l’absentéisme ou le turnover avait augmenté simplement parce que l’activité avait doublé », précise Coralie Dabiens, operating partner ESG, qui a piloté l’étude.
Le social, premier levier d’économies
L’exercice fait apparaître 65 millions d’euros de coûts évités estimés, soit l’équivalent théorique d’un point de marge d’Ebitda si ces économies se répercutent intégralement sur le résultat opérationnel, auxquels s’ajoutent 35 millions d’euros de coûts supplémentaires liés à la dégradation de certains indicateurs. Ces montants, faut-il le préciser, résultent d’un modèle de valorisation et ne correspondent pas nécessairement à des gains ou à des surcoûts effectivement constatés, ni directement imputables aux actions d’Andera. Mais au-delà de leur ampleur, c’est leur répartition qui retient l’attention. « Ce n’est pas tant le chiffre de 65 millions d’euros qui m’a parlé que ce qu’il révèle dans le détail », reconnaît Noëlla de Bermingham. La baisse du turnover représente à elle seule 55 % des coûts évités, devant l’efficacité énergétique (25 %) et l’absentéisme (14 %). Ces trois mêmes postes concentrent également 85 % des coûts additionnels. « Le principal enseignement que j’en tire, c’est l’importance économique des indicateurs sociaux dans nos entreprises », poursuit cette ingénieure environnement de formation.
Le constat se vérifie là où on l’attendait le moins. Dans l’une des participations industrielles, accompagnée en priorité sur l’énergie et les déchets, les coûts évités, estimés à 215 000 euros, pèsent peu face aux 3,3 millions d’euros de coûts supplémentaires liés à la hausse des accidents du travail et de l’absentéisme. « Ce n’est pas parce qu’une société est industrielle qu’il faut négliger les enjeux sociaux », souligne Noëlla de Bermingham. Un constat qui pousse le fonds à revoir ses priorités d’accompagnement, en renforçant notamment les compétences de son équipe sur les questions de ressources humaines. Reste que ces enseignements reflètent aussi la composition du portefeuille, dont les sociétés de services représentent 56 % du chiffre d’affaires. « Une étude menée sur un fonds très industriel ne donnerait pas nécessairement les mêmes résultats », nuance-t-elle.
La prévention des risques, autre gisement de valeur
L’étude chiffre également les bénéfices potentiels de la prévention des risques. Le livre blanc estime à 590 millions d’euros, soit 9 % du chiffre d’affaires consolidé, la réduction de l’exposition aux risques associée aux dispositifs de cybersécurité et d’éthique des affaires. Un chiffre spectaculaire, à interpréter toutefois avec précision : il ne s’agit pas de pertes effectivement évitées, mais d’une estimation de la part du chiffre d’affaires soustraite à ces risques. Pour la calculer, l’étude évalue la maturité des dispositifs de protection mis en place dans les entreprises. « Nous estimons ensuite la part du chiffre d’affaires que ces dispositifs peuvent contribuer à protéger », détaille Coralie Dabiens. Plus une entreprise est protégée contre les cyberattaques ou les manquements aux règles anticorruption, moins son activité est considérée comme exposée aux conséquences de tels incidents.
Convaincre, chiffres en main
C’est dans les échanges avec les dirigeants que l’outil doit désormais faire ses preuves. Les deux responsables présentent actuellement leurs travaux aux équipes d’investissement, qui disposeront d’une fiche pour chaque société afin de repérer celles où l’inaction coûte le plus cher. Face à un patron qui attribue la hausse de l’absentéisme à la conjoncture, elles pourront opposer un chiffre : « Cette hausse vous a coûté 1,3 million d’euros sur un an. » De quoi donner du poids à leurs recommandations : « Investir quelques milliers d’euros dans le bien-être au travail peut valoir la peine si cela permet de réduire sensiblement ces coûts », estime Noëlla de Bermingham.
L’outil servira surtout pendant la détention, faute de données historiques suffisantes à l’acquisition. Andera entend toutefois rester prudente sur l’attribution des résultats à son propre accompagnement. « Nous ne pouvons pas nous attribuer tous les progrès constatés, pas plus que nous ne pouvons être tenus responsables de chaque dégradation », précise-t-elle. Actualisée chaque année, l’analyse permettra de suivre l’évolution des participations. Un travail qui pourrait également porter ses fruits à la sortie : « Cette analyse pourrait aussi devenir un argument au moment de la cession », estime-t-elle.
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