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L’IA manque de capitaux, Blackstone s’en réjouit / Les analystes questionnent les risques
Plus le financement de l’intelligence artificielle se tend, mieux Blackstone dit s’en porter. Jeudi, lors de la présentation des résultats du troisième trimestre, les questions sur les risques de l’IA se sont multipliées : sensibilité à la hausse des taux, élargissement des spreads et des CDS des « néoclouds », concentration des expositions. À chaque fois, Jon Gray, le président du géant de la gestion alternative, a retourné l’argument. « Au contraire, toutes les réticences, le resserrement de l’accès au capital et un certain écrémage que nous observons nous placent, je pense, dans une position assez unique », a-t-il répondu jeudi à Morgan Stanley.
Il faut dire que, malgré la solidité de son activité, le titre Blackstone reste sous pression, avec un recul d’environ 23 % depuis le début de l’année, malgré un rebond de 8,4 % jeudi, sur fond de hausse des rendements obligataires et d’inquiétudes concernant le crédit privé et les conséquences de l’IA. La machine à collecter reste pourtant intacte. Les encours atteignent un record de 1 368 milliards de dollars, en hausse de 10 % sur un an, et les 63,3 milliards collectés au troisième trimestre portent le total sur douze mois à 271,6 milliards, un plus haut depuis quatre ans. Les bénéfices tirés des commissions progressent de 6 %, à 1,57 milliard. Mais les réalisations nettes ont chuté de 34 %, entraînant un recul de 9 % du bénéfice distribuable, à 1,72 milliard.
La pénurie fait le tri
Interrogé par les analystes sur les risques liés au financement de l’IA, Jon Gray oppose un déséquilibre entre l’offre et la demande. La demande de puissance de calcul accélère, avec des prix en hausse de 50 % sur un an selon lui, alors que puces, électricité et capitaux manquent pour bâtir les centres de données. Sur les actifs déjà loués, la hausse des taux pèse sur les valorisations, reconnaît-il. Mais « sur les nouveaux actifs qui ne sont pas encore loués, je pense que vous pourrez exiger un rendement plus élevé pour absorber cela, et vous pourriez même finir dans une meilleure position, parce qu’il devient plus difficile de livrer, en particulier à grande échelle ».
Pour tirer parti de cette situation tout en limitant les risques, Blackstone privilégie les « pelles et pioches » de l’IA : énergie, équipements électriques et centres de données. Dans ces derniers, il n’engage l’essentiel du capital qu’une fois signés des contrats de long terme. L’IA représente environ 7 % de ses encours, dette et capital confondus. « L’immense majorité de ces 7 % se trouve dans des centres de données dotés de baux de 15 à 20 ans à l’origine, avec des contreparties notées investment grade à 96 % et d’une capitalisation boursière moyenne de 2 500 milliards de dollars », détaille Jon Gray, qui reconnaît toutefois des risques plus importants dans les investissements liés aux modèles et aux logiciels d’IA.
Les limites de l'engagement des assureurs
Mais la solidité des contrats ne règle pas toute la question du financement. Interrogé par Barclays sur les limites de l'engagement des assureurs dans l'IA, Jon Gray a reconnu que ces investisseurs, qui fournissent l’essentiel des capitaux de sa plateforme de crédit investment grade de près de 150 milliards de dollars, surveillent leur exposition aux grands hyperscalers. « Aujourd’hui, en matière de calcul, qu’il s’agisse de centres de données ou de puces, les gens n’accordent pas beaucoup de valeur aux actifs sous-jacents. Ils regardent uniquement le crédit des contreparties », observe-t-il. Ainsi, même lorsqu’ils financent des centres de données plutôt que d’acheter des obligations, les assureurs restent dépendants de la solvabilité des mêmes géants technologiques, une concentration des risques qui pourrait limiter leur capacité à financer de nouveaux projets. Blackstone compte sur les fonds de pension et les fonds souverains pour diversifier ses sources de financement.
Le grand écart des performances
Les résultats du trimestre témoignent aussi des effets contrastés de la hausse des taux sur les investissements de Blackstone. Les fonds d’infrastructures, dont les encours ont bondi de 40 % en un an à 97 milliards de dollars, ont vu leurs actifs s’apprécier de 6,4 % au troisième trimestre et de 28,9 % sur douze mois, notamment grâce à l’énergie. Les fonds immobiliers opportunistes ont au contraire reculé de 3,2 %, Blackstone ayant relevé les taux de capitalisation retenus pour valoriser ses actifs, pénalisant notamment le résidentiel locatif américain.
Michael Chae, le directeur financier, mise désormais sur une accélération des bénéfices. Les intéressements attendus des seules cessions sous contrat au quatrième trimestre devraient dépasser l’ensemble des réalisations nettes du troisième trimestre. Pour 2027, il anticipe également un retour à une croissance à deux chiffres des commissions de gestion de base, qui ont atteint le niveau record de 2 milliards de dollars au troisième trimestre.
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