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Blackstone renforce son pari sur la dette privée européenne / 13 milliards d’euros à prêter aux entreprises du continent
Blackstone confirme son appétit pour le crédit privé européen, au moment où les difficultés du marché américain alimentent les interrogations sur la classe d’actifs. Le gérant a bouclé cette semaine Blackstone European Senior Direct Lending Fund IV (BXDE IV), son quatrième fonds institutionnel européen de direct lending. Depuis son lancement, il a réuni environ 13 milliards d’euros de capacité d’investissement, un montant qui agrège d’autres véhicules européens de direct lending du groupe ainsi que l’effet de levier anticipé, soit les emprunts prévus par ces fonds pour prêter davantage. Blackstone ne détaille toutefois ni la nature de ces autres véhicules ni la part revenant au seul BXDE IV.
Outre-Atlantique, le crédit privé traverse une année agitée. Les demandes de sortie se sont multipliées dans les BDC non cotés, ces fonds de prêt ouverts aux particuliers, sur fond d’inquiétudes autour des prêts aux éditeurs de logiciels bousculés par l’intelligence artificielle. Blackstone n’y a pas échappé : au troisième trimestre, les demandes de rachat dans BCRED, son principal véhicule de ce type, ont atteint 10 % de l’actif net, le double du plafond trimestriel, et le fonds a enregistré 1,4 milliard de dollars de sorties nettes. Une situation qui contraste avec l’appétit des investisseurs institutionnels pour les fonds de dette privée du groupe. « Dans le crédit, où l’on parlait tant d’une sorte d’apocalypse du crédit privé plus tôt cette année, bien sûr, rien de tout cela ne s’est produit », a récemment souligné Jon Gray, numéro deux de Blackstone, en présentant les résultats trimestriels en octobre.
En Europe, cet appétit ne se dément pas. « Cette levée reflète la confiance des investisseurs dans le crédit privé et notre capacité à fournir des financements d’envergure à travers les cycles de marché », estime Brad Marshall, responsable mondial du crédit privé de Blackstone. Les défauts y restent contenus : le taux de défaut du direct lending européen est passé de 2 % en 2025 à 3 % sur douze mois glissants à fin juin, mais il devrait refluer à 2,25 % d’ici à la fin de l’année, selon les données de KBRA DLD, le service de suivi du direct lending de l’agence de notation américaine KBRA, reprises par l’Association for Financial Markets in Europe (AFME), qui fédère les grands acteurs des marchés financiers européens.
Le pari européen résiste aux turbulences
Ce pari européen de la firme américaine n’est pas neuf. Il remonte à novembre 2015, lorsque GSO Capital Partners, alors division crédit de Blackstone, avait constitué son premier fonds européen de direct lending. En juin 2025, Stephen Schwarzman, PDG du groupe, avait en outre annoncé son intention d’investir au moins 500 milliards de dollars en Europe en dix ans, le crédit occupant une place importante dans cette ambition.
Les opérations récentes donnent la mesure des tickets visés. Blackstone a notamment mené, sur l’ensemble de ses activités de crédit privé européen, le financement de 1 milliard d’euros du rachat de Catalyst Pharmaceuticals, biotech américaine spécialisée dans les maladies rares, que l’italien Angelini Pharma a retiré de la cote en juillet pour 4,1 milliards de dollars. Il a également conduit celui de 780 millions d’euros de Regnology, éditeur allemand de logiciels de reporting réglementaire bancaire. Ces montants épousent une tendance du marché : les opérations de 500 à 999 millions d’euros ont représenté 15 % des transactions européennes de direct lending recensées depuis janvier, selon le European Private Credit Monitor de PitchBook/LCD publié en septembre.
Les banques reviennent dans la course
Le marché où ces capitaux devront être déployés s’est pourtant contracté : sur neuf mois, le nombre d’opérations et leur volume estimé ont reculé chacun de 16 % sur un an, d’après les mêmes données, malgré un rebond au troisième trimestre porté par les LBO.
Surtout, les banques disputent de nouveau le terrain aux fonds de dette. D’après PitchBook/LCD, les prêteurs directs ont facturé depuis janvier une marge moyenne de 526 points de base au-dessus du taux de référence. Sur les financements de LBO, leur marge dépasse de 159 points de base en moyenne celle des prêts syndiqués, dont les marges ont davantage reculé. Un écart qui incite certains emprunteurs à se tourner vers les banques : au troisième trimestre, 2,6 milliards d’euros de dette privée ont ainsi été refinancés sur le marché syndiqué. « Sur les nouvelles opérations, la concurrence est réelle. Je dirais que l’offre de capitaux est à l’équilibre avec la demande », admettait d’ailleurs Jon Gray le mois dernier.
Face à des financements bancaires souvent moins chers, Blackstone fait valoir d’autres atouts pour justifier la prime du crédit privé. « Nous pensons que l’Europe reste l’un des marchés de crédit privé les plus attractifs au monde, les emprunteurs appréciant la certitude, la taille et la flexibilité que nous apportons », assure Mike Carruthers, responsable européen du crédit privé de Blackstone.
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