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Lazard défend son redressement face aux sceptiques / Le bénéfice ajusté recule de 35 % au troisième trimestre

Trois ans après avoir engagé sa transformation, Lazard commence à récolter les fruits de ses recrutements, avec un trimestre record dans le conseil financier. Mais la hausse des revenus peine encore à se traduire dans les bénéfices, alimentant les interrogations des investisseurs sur la trajectoire de la banque d'affaires.
Peter Orszag, PDG de Lazard, assure tenir le calendrier de sa transformation. (Photo by Mandel NGAN / AFP)
Peter Orszag, PDG de Lazard, assure tenir le calendrier de sa transformation. (Photo by Mandel NGAN / AFP)

« Je suis d’accord avec vous, je ne pense pas que l’on nous reconnaisse nos progrès. » Interpellé jeudi, lors de la présentation des résultats trimestriels de Lazard, par un analyste de Bank of America sur les doutes des investisseurs, alors que le titre, coté à Wall Street, accuse une forte baisse depuis le début de l’année, Peter Orszag défend le bilan de sa transformation, trois ans après le lancement du plan Lazard 2030. L’analyste s’interroge notamment sur la possibilité que la banque ait manqué une partie du rebond des fusions-acquisitions. « Par rapport à nos plans internes, nous sommes plutôt un peu en avance sur le calendrier, mais assurément dans les temps », assure le PDG.

Les résultats du troisième trimestre donnent des arguments aux deux camps. Les revenus ajustés progressent de 11 %, à 805 millions de dollars, tandis que le conseil financier réalise un trimestre record, à 465 millions de dollars, en hausse de 10 %. Sur neuf mois, ses revenus restent toutefois en repli de 1 %. Surtout, le bénéfice net ajusté recule de 35 %, à 40 millions de dollars, dans un contexte de hausse du poids des rémunérations, qui absorbent désormais 69,9 % du produit net, contre 65,5 % un an plus tôt.

C’est le prix de la reconstruction engagée par Peter Orszag. En trois ans, Lazard a recruté ou promu 80 managing directors en Amérique du Nord, pour renforcer ses positions dans les grandes fusions-acquisitions et développer ses activités auprès des fonds d’investissement. Des banquiers qui coûtent avant de rapporter. « Sortir d’une courbe en J après avoir renouvelé 40 % de nos managing directors sur une période d’environ trois ans, c’est en réalité plutôt bien », juge le dirigeant.


Les recrutements commencent à payer


Les premiers effets apparaissent. Lazard occupe son meilleur rang dans les classements mondiaux des opérations annoncées depuis plus de dix ans. Autre signe encourageant, son portefeuille pondéré de commissions attendues pour 2027 est plus de deux fois supérieur à celui dont il disposait il y a un an pour 2026. Ces revenus potentiels ne sont toutefois pas garantis : chaque commission est pondérée selon la probabilité que la transaction se concrétise et que les honoraires soient encaissés, a rappelé Peter Orszag.

Reste à savoir d’où vient cet élan, alors que les volumes de fusions-acquisitions semblent ralentir à l’échelle du secteur, selon Bank of America. Lazard regagne-t-il des parts de marché à mesure que ses recrues montent en puissance, ou la conjoncture reste-t-elle aussi favorable qu’il y a quelques mois ? « Je dirais que c’est probablement la première hypothèse, mais je ne le sais pas vraiment », reconnaît le PDG, qui dit ignorer si son groupe prend « une part constante d’une enveloppe en expansion ou une part plus importante d’une enveloppe globale qui stagne ».

Pour accélérer son développement, Lazard compte aussi sur une acquisition. Le rachat de Campbell Lutyens, dont la finalisation est prévue début novembre, permettra de regrouper ses équipes avec celles de Lazard spécialisées dans le conseil en capitaux privés, au sein de Lazard CL, troisième métier du groupe, consacré notamment aux levées de fonds et aux transactions sur le marché secondaire. Cette nouvelle activité devrait générer environ 500 millions de dollars de revenus en 2027 et être relutive dès cette année-là, avant toute synergie. Campbell Lutyens orientait déjà des dossiers de fusions-acquisitions vers une autre banque dans le cadre d’une coentreprise. « Nous serons en mesure au moins d’égaler et, selon toute vraisemblance, de dépasser nettement ce niveau », promet Peter Orszag.


Le chantier des marges reste ouvert


La rentabilité reste le véritable test. Dans le cadre de son plan Lazard 2030, la banque ambitionne de ramener ses dépenses de rémunération à 60 % de ses revenus, contre près de 70 % aujourd’hui, selon un calendrier dépendant des conditions de marché. Or cette proportion pourrait d’abord augmenter : la banque envisage de réduire la part des rémunérations différées, ce qui conduirait à comptabiliser plus rapidement certaines charges et à augmenter leur poids dans les revenus de quelques points en 2026, sans modifier le montant total des rémunérations attribuées. Sans ce changement, Lazard anticipait pourtant une légère baisse du ratio au quatrième trimestre. Cet effet comptable s’inverserait les années suivantes. La décision n’est toutefois pas prise.

Tracy Farr veut parallèlement centraliser les fonctions support, rationaliser les fournisseurs et déployer davantage l’IA pour « découpler les charges de la croissance des revenus », avec de premières économies espérées à partir de 2027. Si les revenus continuent de progresser, le directeur financier estime même pouvoir dépasser les ambitions initiales du plan : « Je pense en réalité qu’il existe un potentiel de marge supérieur à ce que nous avons nécessairement intégré dans les attentes de 2030. »

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