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Sur les marchés
Qui l’eut crû ? L’IPO de Snap fait déjà « Pschiiit »…
L’euphorie autour de l’IPO de Snap va-t-elle être aussi éphémère que ses propres messages ? Le marché déchante déjà face à cette application mobile valorisée de façon irrationnelle : le titre a perdu plus de 12% hier à 23,7 dollars, soit sous le prix auquel il avait ouvert jeudi dernier, et chute encore de plus de 7% ce mardi. Mais il reste bien au-dessus de son niveau d’entrée à 17 dollars, et affiche encore 22,4 milliards de dollars de capitalisation boursière.
Les banques teneuses de livres, Morgan Stanley et Goldman Sachs, ont pourtant tout fait pour ménager la demande lors de son entrée en Bourse : avant l’opération, elles avaient pré-vendu 145 millions de titres à leurs meilleurs clients (fonds mutuels, ETF, hedge funds) à 17 dollars par action, si bien que grâce au bond du titre pour sa première séance, ils ont engrangé une plus-value totale de 1,1 milliard de dollars. Etant donné que les investisseurs étaient prêts à payer 25 dollars par titre, ce jeu du « bonbon » a coûté 1,1 milliard à la société, qui brûle encore beaucoup de cash.
Car cette stimulation de la demande a été de courte durée. Si un tiers des actions vendues lors de l’IPO bénéficient d’une période de lock-up d’un an, pas moins de 200 millions de titres ont été échangés, soit l’intégralité de l’opération et 10% des volumes quotidiens du NYSE ! Et les acheteurs de la deuxième heure n’ont été autres que les principaux utilisateurs et fans de l’application mobile, les Millennials. Ainsi, les volumes de l’application américaine de brokerage Robinhood, populaire auprès des jeunes, a explosé de 50% le jour de l’IPO de Snap. 70% des utilisateurs du service avaient indiqué envisager d’acheter des actions, et la moyenne des acheteurs a été de 26 ans, soit l’âge du CEO Evan Spiegel. Ce sont les premiers à pâtir du dégonflement de la « bulle » Snap, au bénéfice des plus gros clients des banques conseils, qui ont vendu à très bon compte dès les premières heures de trading.
Dans un environnement moribond des IPO, en particulier tech, l’effet de mode a donc bénéficié à plein à Snap, même si les multiples paraissent disproportionnés par rapport à ses (grands) comparables, Facebook, Google et Twiter. Parmi les huit premiers analystes qui ont publié leurs recommandations (les banques qui ont travaillé sur l’IPO ne peuvent pas encore se prononcer selon la réglementation), six sont à « vendre » et deux à «conserver », avec des objectifs de cours entre 10 et 23 dollars (16,5 dollars en moyenne). Les analystes pointent du doigt la capacité à grossir dans un univers très concurrentiel, où Facebook (1,2 milliard d’utilisateurs, contre 158 millions pour Snap) commence à copier ses fonctionnalités. Mais aussi les coûts de fonctionnement importants, et le management relativement jeune et inexpérimenté, qui n’a cédé aucun droit de vote lors de l’IPO.
Facebook avait lui aussi été victime du scepticisme des investisseurs peu après son IPO, avant de faire la preuve de son business model avec l’essor de ses revenus mobiles quelques mois plus tard. Mais de l’autre côté du spectre, il y a aussi Twitter, qui a connu des problèmes de management et de monétisation et se traite désormais à 70% sous son prix d’introduction. Les Millennials, qui n’ont pas eu d’autre choix que d’acheter au prix fort le jour J de l’IPO, ne peuvent désormais qu’espérer que l’histoire se termine bien pour Snapchat.
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