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La dette portugaise, nouvelle coqueluche des investisseurs
Le Portugal a officiellement tourné la page de la crise. Vendredi, l'agence Standard and Poor's a relevé la note du pays à BBB-, réintégrant du même coup le pays dans la catégorie investissement. Et si ce genre de décision n'a généralement pas un gros impact sur les taux souverains du pays concerné, il a cette fois-ci permis de faire baisser le rendement à dix ans du pays de plus de 30 points de base depuis le début de la semaine : les titres portugais à échéance 2027 s'échangent ainsi autour de 2,44% selon les données de Bloomberg, contre plus de 2,8% vendredi matin.
Le pays revient de loin : lorsque le Premier ministre Jose Socrates demande l'aide financière de l'Europe en avril 2011, les taux dix ans étaient supérieurs à 7%, avant de grimper jusqu'à plus de 14,5% en janvier 2012, au plus fort de la crise de la dette. Ce qui avait alors conduit S&P à dégrader la note du pays en catégorie spéculative. Mais le Portugal a depuis accompli un remarquable travail d'assainissement de ses finances publiques et de son système bancaire. Alors qu'en 2010, le déficit portugais représentait 9,1% du PIB, il a atteint l'an dernier un plus bas de 40 ans, à 2,1% du PIB. Et la tendance devrait se poursuivre selon les analystes de Capital Economics, puisque le déficit était toujours de 2,1% du PIB sur le premier trimestre 2017, contre un niveau de 3,3% du PIB sur la même période l'an dernier. La Commission européenne a par ailleurs salué la recapitalisation des principales banques du pays, Banco Esperito Santo, la Banif, ou encore Caixa Geral de Deposito, qui ont également permis au pays de consolider son système bancaire, au bord de la faillite il y a six ans.
Du coup, la croissance du pays est en phase d'accélération et parmi les plus dynamiques de la zone euro : son PIB a ainsi progressé de 1,4% l'an passé, et devrait grimper de 1,8% cette année, boosté notamment par le tourisme et l'immobilier. "La croissance économique du Portugal a dépassé toutes les attentes au premier trimestre 2017, affichant un plus haut depuis près de dix ans en glissement annuel (2,8%)", rappellent les experts de Capital Economics.
On comprend dans ces conditions le retour des investisseurs vers la dette du pays depuis le début de l'année (le dix ans était encore au-dessus de 4% en janvier). Mais la décision de S&P de faire passer le pays en catégorie investissement a également eu un impact positif sur les rendements portugais du fait du programme APP, de rachat de titres par la BCE. Une seule agence de notation DBRS notait encore le pays BBB-, et en cas de dégradation, le Portugal n'aurait plus été éligible aux rachats mensuels de Francfort.
Les investisseurs sont donc confortés dans le fait que la dette du pays continuera d'être achetée par la BCE tous les mois. Sachant que Francfort possède une bonne partie du stock de dette portugais : selon les estimations de Capital Economics, la BCE détient environ 30% des obligations portugaises éligibles au programme APP. Avec le retrait progressif de la BCE des marchés souverains et le début du tapering prévu pour 2018, les taux du pays pourraient donc se tendre dans les prochains mois. Mais dans de moindres proportions : selon Capital Economics, le dix ans portugais devrait finir l'année autour de 2,75% et atteindre 3,5% d'ici à la fin 2018. Un niveau encore raisonnable pour un pays qui payait 14% sur ses titres il y a cinq ans.
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