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Stiglitz tire à boulet rouge sur l'euro

Dans un livre à paraître à la rentrée, le prix Nobel d'économie et ancien économiste en chef de la Banque Mondiale dénonce la monnaie unique, qui empêche les pays de s'ajuster aux chocs extérieurs via la dévaluation. Il prône le retour à deux ou trois monnaies différentes au sein de l'UE.
Joseph Stiglitz
Joseph Stiglitz

Le timing tombe très mal. Alors que l'UE subit l'une de ses plus violente remises en cause depuis sa création, le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz publie un ouvrage pour dénoncer les méfaits de la monnaie unique. Si la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE a déjà beaucoup abîmé l'image de l'Union aux yeux du monde et même auprès des citoyens européens, le livre de l'ancien économiste en chef de la Banque Mondiale devrait ajouter à l'euroscepticisme qui ne cesse de grandir à l'intérieur et à l'extérieur de l'UE.

Dans un ouvrage intitulé L'euro: comment une monnaie unique menace le futur de l'Europe, le célèbre économiste américain souligne que la devise commune instaurée en 1999 empêche les Etats individuels de s'adapter aux chocs extérieurs en pratiquant la dévaluation, condamnant nombre d'entre eux à la récession. Une situation exacerbée par des politiques d'austérité peu adaptées à la réalité économique des Etats concernés. Principale fautive, l'Allemagne, qui a exigé des autres Etats des cures de rigueur drastiques en plein ralentissement économique : "il y a un consensus général pas seulement aux Etats-Unis mais dans le reste du monde, quant au fait qu'en cas de récession, les gouvernements doivent soutenir leur politique via des programmes de relance fiscale. L'Allemagne est la seule à penser différemment", a ainsi déclaré l'économiste dans une interview à The New Republic. Sachant que l'Allemagne a empiré la situation des autres membres de l'UE en affichant un excédent commercial très important, pendant que le déficit des autres Etats se creusait. 

Pour un meilleur fonctionnement de l'UE, Joseph Stiglitz prône la mise en place d'un Trésor commun capable d'émettre de la dette au niveau européen, et ainsi de mutualiser les risques, d'une union bancaire avec un système d'assurance des dépôts commun et des règles très strictes pour limiter les excédents budgétaires. Des idées que le rapport des Cinq Présidents européens présenté à l'automne 2015 avait évoqué, mais que l'économiste estime très difficiles à mettre en oeuvre. "Les Etats n'ont pour l'instant pas la volonté de mettre en place ces instruments et l'Allemagne a d'ailleurs refusé l'idée d'une union de transfert", a déclaré l'économiste dans une tribune dans le Financial Times. Selon lui, l'Europe manque de stabilisateurs financiers : le budget commun ne représente que 1% de l'économie européenne, quand celui de l'Amérique fédérale atteint 20% de son économie. Du coup, les pays en difficulté n'ont aucune bouée de secours en cas de crise et plongent rapidement en récession. 

Défaitiste, Joseph Stiglitz recommande donc un divorce à l'amiable devant le manque de volonté politique des responsables européens de former une réelle union économique. "Puisqu'ils ne parviennent pas à s'entendre, alors mieux vaut un divorce et la division de l'euro en deux ou trois monnaies différentes, selon les zones économiques et leur rythme de développement", soutient le Prix Nobel. Ceci permettrait aux pays de croître à leur rythme quitte à ce que la monnaie unique soit reformée quelques années plus tard, une fois que les différentes régions se seront équilibrées. Cette solution imposerait également à l'Allemagne de trouver d'autres moyens de soutenir son économie et de ne plus uniquement compter sur ses exportations, puisque le pays ferait partie d'une zone où la devise serait plus forte, réduisant du même coup son excédent commercial. 

Si l'économiste apporte des solutions pour renforcer la monnaie unique, il conclut cependant que l'UE est encore trop loin du but pour pouvoir atteindre de telles ambitions. Sa conclusion est d'ailleurs assez claire sur le sujet. "L'euro a commencé en 2000. La période de crise que connaît l'euro est maintenant presqu'aussi longue que celle avant 2008, et il faut donc reconnaître que ce projet est un échec complet"... Pas très réjouissant pour les Etats qui font encore partie de la monnaie unique, d'autant que l'économiste prédit un choc sur les marchés boursiers une fois que ceux-ci auront réalisé les risques engendrés par la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE.

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