WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Danone

Entreprises / Actions
Danone

Danone met à l’épreuve sa gestion du risque / Rappels ciblés de laits infantiles dans un contexte sanitaire tendu

Sans être à l’origine de l’affaire du lait infantile contaminé, Danone se retrouve à son tour exposé. En annonçant des rappels ciblés et en mettant en avant la conformité de ses produits, le groupe cherche à démontrer sa capacité de réaction et la solidité de sa gestion du risque, dans un secteur à la tolérance quasi nulle à l’incertitude.
Dumex, marque de lait infantile redevenue propriété de Danone en 2022 (Photo by Liu mingzhao / Imaginechina via AFP)
Dumex, marque de lait infantile redevenue propriété de Danone en 2022 (Photo by Liu mingzhao / Imaginechina via AFP)

Serait-ce là l’épilogue de l’histoire des rappels de laits infantiles ? Pour l’heure, la séquence n’est pas encore refermée. L’annonce par Danone, vendredi 23 janvier à la veille du week-end, d’un rappel ciblé de certains lots de laits infantiles, motivé par "l’évolution des recommandations des autorités", ne dissipe pas totalement les interrogations quant à de possibles développements ultérieurs. Lundi, le titre du groupe agroalimentaire reculait de 2,1 % en fin séance, portant son repli à près de 14 % depuis le début de l’année, signe que le marché reste prudent face à une crise sanitaire encore en cours de clarification.

La communication de Danone s’articule autour de deux messages clés. Elle cherche d’abord à enserrer le périmètre du rappel, présenté comme très limité et circonscrit à certains lots et à certains marchés. En parallèle, le groupe affirme que ses produits "sont sûrs et pleinement conformes à l’ensemble des réglementations applicables en matière de sécurité alimentaire", et justifie le rappel de ces lots ciblés par l’anticipation de "l’évolution des recommandations des autorités".

 

Une alerte sanitaire propagée par la chaîne d’approvisionnement

 

Cette prise de parole intervient alors que l’affaire s’est nouée plusieurs semaines plus tôt chez un concurrent. Retour sur la chronologie des événements. Fin 2025, les autorités italiennes détectent la présence de céréulide, une toxine produite par la bactérie Bacillus cereus, dans des laits infantiles, déclenchant une alerte via le système européen RASFF. Début janvier, Nestlé procède à un rappel massif et préventif de ses marques Nidal et Guigoz, touchant des dizaines de pays, après avoir identifié un ingrédient commun, une huile riche en acide arachidonique fournie par un acteur chinois. La crise prend ensuite une dimension judiciaire et médiatique, avec l’ouverture d’enquêtes après le décès de deux nourrissons en France, même si aucun lien de causalité n’est établi à ce stade.

C’est alors que d’autres industriels sont progressivement rattrapés. Lactalis déclenche à son tour des rappels de lots Picot, tandis que Danone est d’abord concerné à Singapour par des produits Dumex, avant d’étendre, fin janvier, des rappels ciblés à d’autres marchés, dont la France, "par mesure de précaution" selon les autorités. Le point commun entre ces dossiers demeure le même fournisseur d’ingrédient, ce qui a alimenté l’idée d’un risque systémique à l’échelle de la chaîne d’approvisionnement.

 

Rappels ciblés

 

Dans cette affaire, l’attitude proactive de Danone semble néanmoins jouer en sa faveur. Aux yeux d’Oddo BHF, ces rappels volontaires et ciblés dans certains pays constituent à n’en pas douter "une bonne décision". Le bureau d’analystes y voit un signal de maturité accrue dans la gestion des risques. "Elle conforte l’idée que le groupe est passé depuis le changement de gouvernance (en 2021) d’une logique de “réaction” à une logique “d’anticipation” du risque", poursuit la banque.

Une lecture qui renvoie en creux aux années de turbulences traversées par Danone avant 2021, marquées par une crise de gouvernance et des débats stratégiques qui avaient parfois brouillé la lisibilité de la prise de décision. Dans un secteur aussi sensible que la nutrition infantile, où la tolérance au risque est quasi nulle, la rapidité d’exécution et la capacité à prendre des décisions conservatoires pèsent lourdement sur la crédibilité industrielle.

Même si, comme le reconnaît Oddo BHF, cette posture anticipatrice ne suffit pas à lever toutes les incertitudes à court terme. "L’investisseur est aussi dans une logique d’appréhension du risque. Et tant que ces rappels de lait infantile ne seront pas définitivement terminés, il est légitime de considérer que la question immédiate est de savoir quand les rappels vont cesser", souligne la banque. Une lecture qui éclaire en partie la nervosité observée sur le titre en ce début de semaine, dans un contexte où l’ensemble du secteur de la nutrition infantile demeure sous surveillance étroite des autorités sanitaires.

 

L’ombre du précédent Fonterra

 

Au-delà du cas Danone, la crise est susceptible de déplacer le centre de gravité du débat. "Nous estimons que la question centrale devient désormais davantage celle des protocoles de fabrication que celle des fournisseurs", avancent les analystes de Deutsche Bank, qui anticipent "une différenciation des performances boursières entre les acteurs capables de démontrer des protocoles de production conformes et les autres".

La nervosité actuelle du marché peut s’expliquer par le souvenir du précédent Fonterra chez les investisseurs. En 2013, l’alerte émise par la coopérative néo-zélandaise sur une contamination potentielle de protéines de lactosérum utilisées notamment dans les laits infantiles Dumex avait entraîné des rappels massifs en Asie, en particulier en Chine. Pour Danone, l’épisode s’était traduit par un impact financier significatif, estimé à environ 300 millions d’euros de perte de marge opérationnelle, 370 millions d’euros de ventes sur l’exercice et près de 300 millions d’euros de cash-flow, dans un contexte où Dumex constituait alors un actif clé sur un marché chinois alors au pic de sa croissance, dans un environnement extrêmement sensible après les scandales sanitaires de la fin des années 2000 (scandale de la mélamine).

 

Un risque circonscrit

 

La situation actuelle apparaît sensiblement différente. Si les choses en restent là, le risque financier est cette fois-ci limité pour Danone. Sur la base d’échanges avec le groupe, UBS estimait il y a quelques jours que la marque Dumex représentait moins de 1 % des ventes du groupe, soit environ 200 millions d’euros, avec une présence aujourd’hui concentrée en Asie du Sud-Est et devenue marginale en Chine continentale depuis la restructuration opérée au milieu des années 2010.

D’ailleurs, le cas de Dumex est un sujet à part entière dans la stratégie de Danone en Chine. Ébranlée par des crises de réputation successives, la marque avait fait l’objet d’une profonde remise à plat, tant sur le plan managérial qu’industriel, avant que Danone ne choisisse, en 2015, de céder Dumex China au groupe chinois Yashili, contrôlé par Mengniu, pour environ 150 millions d’euros. Sept ans plus tard, en mai 2022, Danone a toutefois opéré un retour stratégique en rachetant 100 % de Dumex Baby Food Co Ltd, tout en se retirant de ses participations minoritaires dans Yashili et dans certaines coentreprises avec Mengniu, mettant alors en avant le caractère stratégique du marché chinois de la nutrition infantile et la volonté de renforcer ses capacités de production locales.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article