Chroniques / Jean-Baptiste Noé
Chroniques
Jean-Baptiste Noé
Chronique
Venezuela : le domino des Caraïbes
par Jean-Baptiste Noé
Un mois et demi après la capture de Nicolas Maduro, la situation a peu évolué au Venezuela. En revanche, l’effet domino commence à se faire sentir dans l’axe des Caraïbes, notamment à Cuba.
Le 3 janvier, le monde découvrait avec stupéfaction l’audacieuse opération américaine qui capturait Nicolas Maduro. Plus d’un mois après, la situation a peu évolué au Venezuela mais, dans le monde caraïbe, les conséquences commencent à se faire sentir.
Venezuela : structures de police
L’élimination de Nicolas Maduro n’a en rien affaibli les structures policières qui tiennent le Venezuela. La vice-présidente, Delcy Rodriguez Gomez, a pris sa suite, avec une parfaite connaissance du système policier vénézuélien. L’opposition, qui espérait prendre le pouvoir et changer le régime, en est pour ses frais ; parmi la population, les espoirs sont déçus. Si la nouvelle présidente a promis de coopérer avec les Américains, notamment dans la lutte contre les trafics de drogue, elle continue de tenir solidement le pays. Jusqu’à quand ?
Les États-Unis voulaient éviter un effondrement du régime, qui aurait pu causer un trou d’air, sur le modèle de l’Irak et de la Libye, mais à quelques centaines de kilomètres de leur frontière. Le choix de Delcy Rodriguez Gomez est donc à la fois celui de la stabilité et de la sécurité. Mais au détriment des Vénézuéliens, qui espèrent que cette présidente ne sera là que pour une transition vers une fin du régime chaviste. Ce qui pourrait advenir si des élections libres et démocratiques étaient organisées. C’est là l’un des moyens de pression dont disposent les États-Unis.
Un autre levier de pression est celui du pétrole et, sur celui-ci, le gouvernement de Caracas s’est exécuté : il a stoppé ses approvisionnements à Cuba, ce qui a immédiatement ébranlé le gouvernement cubain.
Cuba : la fin du pétrole
Sans pétrole, Cuba n’est plus rien. Et cet or noir provient de deux pays principaux : le Venezuela et le Mexique. Sitôt Nicolas Maduro arrêté, les États-Unis ont demandé au premier de cesser ses exportations vers Cuba, qui s’élevaient à près de 30 000 barils par jour. Exécution immédiate, qui a aggravé la détresse de l’économie cubaine. Puis, Donald Trump a demandé au Mexique de cesser lui aussi ses exportations, ce qu’il a appliqué fin janvier. Asséché, Cuba aura épuisé ses stocks de pétrole d’ici le 20 février. Sans énergie, le pays ne sera plus rien.
Outre les pénuries pour les voitures, c’est la production électrique, via les groupes électrogènes et les centrales, qui est frappée, mettant à mal la consommation domestique et professionnelle. Conséquence : Cuba vient d’annoncer aux compagnies aériennes qu’elles ne pourraient plus s’approvisionner en kérosène sur l’île, ce qui va les contraindre à un arrêt supplémentaire au retour afin de ravitailler. Plusieurs compagnies touristiques ont d’ores et déjà arrêté leurs séjours, privant Cuba de la rente touristique si essentielle à sa survie. La fin du pétrole signifie donc la paralysie de toute l’économie cubaine, avec sa suite de chômage et de pauvreté.
L’objectif recherché par les Américains est clairement affiché : asphyxier Cuba pour faire tomber le régime. Et, pour Donald Trump, réussir là où ses prédécesseurs ont tous échoué. Le 47e président américain rêve d’être celui qui mettra à bas la dynastie des Castro. Pour nommer Marco Rubio en gouverneur de l’île comme il l’a affirmé, mi-amusé mi-sérieux ?
Nicaragua : l’étau se resserre
Un autre pays est dans le viseur américain, le Nicaragua, où le couple Ortega impose une dictature de fer. Comme Cuba, les administrations américaines se sont cassé les dents sur ce pays d’Amérique centrale qui a choisi à plusieurs reprises la voie du communisme. Les sandinistes, dans les années 1960-1970, ont défié l’autorité américaine et ont repoussé les tentatives de renversement. En coupant le pétrole par la pression sur ses fournisseurs, Donald Trump essaye là aussi de provoquer une chute de régime pour y placer un gouvernement plus fidèle à Washington.
Donald Trump est finalement fidèle à ses promesses : il se replie du Moyen-Orient pour se concentrer sur l’espace proche des États-Unis, « l’hémisphère occidental ». Il refuse le regime change cher aux néoconservateurs, mais il tente néanmoins de le pratiquer, non par la guerre et les bombardements, mais par l’arme du pétrole. L’or noir devient ainsi le levier de la recomposition de l’espace des Caraïbes.
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