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international; stablecoins; financement

Macro-économie / Taux / BCE / euro / Dollar

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BCE / euro / Dollar

L’euro peut croire plus que jamais à ses ambitions internationales / Hélène Rey et Ludovic Subran dressent une liste de leviers à actionner

Une note du Conseil d’analyse économique qui prend des allures de feuille de route. Hélène Rey, professeur à la London Business School, et Ludovic Subran, le chef économiste du groupe Allianz, y partagent une série de recommandations visant à déployer une stratégie permettant à la monnaie unique d’accroître son rôle international. Des propositions pensées pour être actionnées simultanément pour que la zone euro en retire le plus grand bénéfice.
DOLLARS AND EURO BANKNOTES. Photo par BERNARD JAUBERT / ONLY WORLD / ONLY FRANCE VIA AFP
DOLLARS AND EURO BANKNOTES. Photo par BERNARD JAUBERT / ONLY WORLD / ONLY FRANCE VIA AFP

À prendre ou à laisser. La fenêtre d’opportunité pour l’euro est idéale à en écouter Hélène Rey, qui vient d’être nommée à la Banque des règlements internationaux, et Ludovic Subran. La note du Conseil d’analyse économique (CAE) qu’ils ont rédigée à quatre mains souligne la porte ouverte par la combinaison d’un fort déficit budgétaire et d’attaques contre les institutions américaines. Pour autant, le chef économiste du groupe Allianz considère que la séquence actuelle associée au conflit au Moyen-Orient confirme que la domination du dollar n’a pas encore disparu, certains pays étant contraints de se séparer d’une partie de leurs avoirs pour acquérir du dollar. Ce qui se traduit par la vente de leurs réserves qu’il s’agisse d’obligations d’États ou bien de lingots d’or.

Pas de quoi faire disparaître pour autant les questions autour de l’avenir du dollar, l’euro demeurant une alternative parmi d’autres. Laquelle peut bénéficier d’une stratégie lui permettant de devenir « crédible sur certains segments clés et générer des gains économiques et géopolitiques significatifs pour l’Union européenne ». Les deux économistes considèrent notamment qu’il est envisageable qu’une montée en puissance de l’euro coïncide avec une baisse des coûts de financements des acteurs européens étatiques et privés. D’autant plus que les candidats ne bousculent pas, le yen étant considéré comme ayant raté le coche par le passé et ce pour des raisons politiques. La Chine ne semble pas quant à elle disposer à lever suffisamment les contrôles sur sa monnaie pour gagner une part de marché conséquente dans le court terme.

 

Petit poucet

 

L’euro est loin d’être un nain, cependant il demeure bel et bien une monnaie de deuxième rang pour Ludovic Subran, lequel explique que le marché d’actifs sûrs en euros gagnerait à devenir plus profond, homogène et liquide. Hélène Rey argue que plus une monnaie est internationale, plus cela diminue à la fois le coût de financement des entreprises et permet de se refinancer plus facilement dans les périodes de crises. Des solutions concrètes sont déjà disponibles martèlent les auteurs de la note. Au-delà de l’usage d’actifs communs pour financer des biens publics européens, on retrouve l’idée d’une promotion de l’inclusion des obligations de l’UE dans les principaux indices obligataires internationaux - y être absent est un vrai frein - ou encore un encouragement à « l’utilisation du ‘28e régime’ auprès des entreprises européennes et étrangères afin de soutenir le marché des obligations d’entreprises en euros ».

La Banque centrale européenne (BCE) serait également sollicitée pour favoriser l’internationalisation de l’euro et ce via l’extension de ses lignes de swap avec les banques centrales étrangères à la zone euro. La hausse des émissions d’actifs sûrs de court terme est jugée comme allant de pair, certains acteurs tels les assureurs auraient ainsi pu davantage se tourner vers l’euro par le passé s’ils avaient disposé d’un marché plus profond présentant l’avantage d’être proche géographiquement. L’économiste considère que l’Europe « pourrait émettre plus sans décote et profiter d’une prime pour la sûreté, ça pourrait même augmenter le convenience yield (prime entre les EU Bonds et les Bunds) » dont elle bénéficie. Ses calculs exposent qu’une émission supplémentaire de 500 milliards d’euros serait à même de l’augmenter de 15 à 20 points de base via la liquidité apportée. Un montant à même de financer les besoins européens en matière de défense, un des sujets les plus consensuels dans la zone euro.

Le volet souverain n’est pas le seul sujet concernant ce qui est qualifié de « nappe phréatique de la dette européenne », les obligations d’entreprises constituant une priorité au même titre. Celles libellées en euro sont jugées comme très faibles en volume, un regret pour les auteurs tant certaines entreprises notamment américaines aiment à s’endetter en euros. Un changement de mentalité mettra quant à lui du temps à se produire sur le Vieux continent, où les acteurs sont encore très largement bancarisés.


Donnant donnant

 

Un paradoxe doit quant à lui disparaître pour le bien de l’Europe : le décalage entre le poids conséquent de celle-ci dans le commerce mondial et l’usage bien plus limité de l’euro dans les échanges internationaux. Le renforcement de la place de l’euro dans les chaînes de valeur pourrait passer par le conditionnement de l’accès aux mécanismes européens de relance et d’investissement de la Commission européenne (SAFE, NGEU) « à l’utilisation de l’euro pour la facturation au sein des chaînes d’approvisionnement ». Hélène Rey et Ludovic Subran prêchant pour l’intégration d’une clause « soutenant la facturation en euros dans les prochains accords commerciaux » et ce concomitamment à l’incitation pour les entreprises européennes à facturer plus souvent en euros les matières premières et les intrants.

Des défis qui ne doivent pas concentrer tous les efforts, au risque de voir la stratégie européenne comporter des angles morts et ce tout particulièrement sur la question des cryptoactifs. L’essentiel des stablecoins étant pour l’heure libellé en dollar, la stratégie suggérée par les deux économistes consiste en un triptyque. Le premier volet étant un développement de stablecoins en euros et une adaptation du règlement MiCA en faveur de l’innovation. Son deuxième pan insiste sur le développement de l’euro numérique de la BCE. Enfin le soutien à la recherche fondamental n’est pas négligé, tout particulièrement sur les sujets de cryptographie post-quantique, laquelle est considérée comme à même de devancer les architectures numériques existantes.

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