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Macro-économie / Taux / AFD / Fitch Ratings / France

Macro-économie / Taux
AFD / Fitch Ratings / France

La nouvelle donne énergétique s’ancre un peu plus dans les esprits / Le retour à la normale n’est pas encore à l’ordre du jour

Préoccupation des ménages comme des industriels et des grands groupes, les prix de l’énergie continuent de subir le coup de chaud infligé par le conflit au Moyen-Orient. Les conséquences de ce dernier se répercutent chaque jour un peu plus dans les projections effectuées. Fitch Ratings vient ainsi de relever à la hausse ses hypothèses de prix, tant pour le pétrole que pour le gaz européen à court terme.
Photo par DAISUKE URAKAMI / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN VIA AFP
Photo par DAISUKE URAKAMI / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN VIA AFP

« Même si le détroit d’Ormuz rouvrait aujourd’hui, il faudrait encore des mois pour que le marché se rééquilibre ». Amin Nasser, le PDG d’Aramco, n’a pas fait de faux-semblants ces derniers jours lorsqu’il a fallu se projeter sur le sort à court terme des marchés de l’énergie. Il faudrait même s’attendre au pire, puisqu’il affirme qu’en imaginant une réouverture « retardée de quelques semaines supplémentaires, le retour à la normale s’étendrait jusqu’en 2027 ». Un scénario difficile à encaisser pour un grand nombre de pays, ces derniers pouvant d’autant plus difficilement faire face à une crise prolongée que leurs finances publiques sont loin d’être au beau fixe.

Thomas Mélonio, le chef économiste de l’AFD, confiait récemment à WanSquare que le gouvernement a rappelé que la France « ne pouvait pas aujourd’hui se permettre de supporter le coût d’un bouclier énergétique généralisé. L’efficacité procurée par ces gains de pouvoir d’achat au prix d’une dette plus élevée est sujette à caution, car il faudra rembourser cette dette avec des intérêts. En revanche, des mesures ciblées sont utiles pour accompagner les secteurs économiques qui risqueraient la faillite sans soutien ». Pour ce qui est de l’Europe, les estimations des institutions internationales sont limpides et montrent « que la crise énergétique actuelle coûte de 0,1 à 0,2 point de PIB à l’Europe chaque trimestre qui passe ».

Alors que la question des gagnants de ces turbulences géopolitiques agite la sphère politique, cet expert des pays en développement nous confie que « parmi ce groupe de pays, on voit quelques gagnants qui sont ceux qui exportent suffisamment pour parvenir à être gagnants à l’instar de la Russie. Les succès sont plus ambigus en ce qui concerne le Mexique ou encore le Brésil. Il faut bien avoir en tête que c’est la structure du commerce extérieur et les variations des prix qui permettent de faire ce calcul ». Cette hausse du prix des hydrocarbures ne profiterait ainsi sur le continent africain qu’à de rares pays, parmi lesquels figurent le Nigeria, l’Angola ou encore le Congo. Le reste du continent est perdant pour l’heure et pourrait l’être encore plus avec les conséquences pour les engrais, qui vont s’amplifier avec le temps et les récoltes futures qui ne pourront pas être préparées.

 

Révision

 

Les jours passent et le retour à la normale dans le détroit d’Ormuz se fait attendre. Les équipes de Fitch Ratings viennent d’annoncer ce lundi avoir choisi de relever leurs hypothèses de prix du pétrole pour 2026-2027 et ce en raison « d’une fermeture effective du détroit d’Ormuz, plus longue que prévu, dans le contexte du conflit avec l’Iran ». L’optimisme n’est pas de mise dans ces nouvelles prévisions avec un scénario central estimant « que la fermeture du détroit durera environ cinq mois dans notre scénario révisé, contre un à deux mois auparavant. Les prix moyens annuels du pétrole seraient probablement plus faibles si la fermeture durait moins de cinq mois ».

Les différents calculs effectués par leurs équipes avancent que le Brent se maintiendrait entre 100 et 110 dollars le baril entre mai et juillet, tant que les quelque 20 % de la consommation journalière d’Ormuz seraient retenus. Les cours retomberaient à 70 dollars le baril d’ici septembre, malgré une prime de risque persistante. Le cartel pétrolier devrait en effet produire autant que possible dès que la circulation maritime redeviendra libre, alors que les capacités inutilisées de l’Opep étaient estimées à environ 3,6 millions de barils par jour (mbj) avant le début des affrontements. Auxquels s’ajouterait une croissance substantielle de l’offre hors Opep, passant de 1,3 mbj projetés à quelque 3,6 mbj dorénavant, encouragée par des prix de production plus conséquents.

 

Harmonie

 

L’équation des marchés des hydrocarbures comporte néanmoins de nombreuses inconnues, certains dérivés sont ainsi bien plus réactifs que d’autres à la hausse des cours. La destruction de demande associée est essentielle pour équilibrer les marchés, chez Fitch Ratings on imagine qu’avec une « absence de nouveaux prélèvements sur les stocks, une destruction de la demande beaucoup plus importante — de l’ordre de 5 Mb/j (5 % de la demande mondiale) pendant la période de fermeture — serait nécessaire pour équilibrer le marché ». Cet ajustement est susceptible de provenir du secteur aérien, tant par le canal d’un trafic perturbé que par les incidences de la hausse du cours du carburant.

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