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Les banques françaises regagnent en rentabilité, mais perdent en marge de manœuvre / Fitch surveille le crédit et le risque souverain

Le reflux du coût de l’épargne réglementée et les efforts sur les charges devraient soutenir la rentabilité des grandes banques françaises en 2026. Leur retard sur leurs concurrentes européennes demeure toutefois marqué, tandis que Fitch pointe une remontée des risques de crédit et souverain.
(Photo by Thibaud MORITZ / AFP)
(Photo by Thibaud MORITZ / AFP)

« Les finances publiques affaiblies de la France et les répercussions du conflit au Moyen-Orient font pencher la balance des risques vers une dégradation pour les banques françaises, conduisant Fitch à maintenir une perspective sectorielle "en détérioration" pour 2026, comme en 2025 », écrit l’agence dans sa revue comparative des six premiers groupes bancaires français publiée le 4 août. Un diagnostic sombre qui contraste avec l’autre enseignement de l’étude : le retour d’un moteur que le secteur attendait depuis trois ans, la reconstitution de la marge d’intérêt domestique.


Le Livret A redonne de l’air


Ce redressement vient d’abord du passif. « Les marges nettes d’intérêt ont commencé à se redresser en 2025, principalement grâce à la baisse du taux du Livret A, de 3 % en février 2023 à 1,5 % en février 2026 », relève Fitch. Le coût de l’épargne réglementée serait ainsi tombé de 8,8 milliards d’euros en 2024 à 5 milliards en 2026. Les groupes mutualistes et La Banque Postale, davantage dépendants de ces dépôts pour leur financement, en sont les premiers bénéficiaires. Chez cette dernière, le produit net bancaire progressait de 7,2 % au premier semestre, porté par une marge nette d’intérêt en hausse de 23,4 %. La remontée de 20 points de base du Livret A, entrée en vigueur le 1er août, ne remet pas en cause cette tendance : elle représente un surcoût annualisé d’environ 0,6 milliard d’euros avant couverture et « ne fera pas dérailler la croissance du produit net d’intérêt des banques françaises en 2026-2027, mais se traduira par une croissance plus modeste en 2027 ».

Reste à savoir où se dirige l’épargne qui sort des livrets. Fitch estime à environ 6 milliards d’euros la décollecte cumulée sur les produits d’épargne réglementée au premier semestre et y voit « un simple arbitrage de taux : le taux du Livret A a été abaissé à 1,5 % en février, contre un rendement moyen de 2,6 % pour les fonds euros de l’assurance vie ». Pour les banques, l’effet dépend toutefois de la destination de ces flux. « Les flux vers les dépôts à vue sont très favorables au produit net d’intérêt compte tenu de coûts de financement proches de zéro », note l’agence. Le transfert vers l’assurance vie est plus ambivalent : il génère des commissions pour les bancassureurs, mais les prive en contrepartie d’une ressource de bilan peu coûteuse. L’enjeu est particulièrement sensible pour les groupes mutualistes, dont les ratios crédits sur dépôts sont déjà élevés.


Un rattrapage encore incomplet


Ce redressement des marges ne suffit toutefois pas à effacer le retard de rentabilité des banques françaises sur leurs concurrentes européennes. Le résultat d’exploitation rapporté aux actifs pondérés atteignait en moyenne 2 % en 2025 pour les six groupes étudiés, contre environ 3 % pour les grandes banques européennes, et Fitch ne l’attend qu’à 2,1 % en 2026. L’écart tient en grande partie à une efficacité opérationnelle encore moindre. Le coefficient d’exploitation moyen s’élevait à 62 % en 2025, contre 56 % chez les comparables européennes, reflet notamment de réseaux d’agences plus denses, de structures centrales plus lourdes et d’organisations complexes liées à la diversification des métiers. Fitch observe néanmoins un changement de cap dans la maîtrise des coûts, « comme l’illustre SG, qui a ramené son coefficient d’exploitation à un peu moins de 60 % au premier semestre 2026, contre un niveau élevé de 74 % en 2023, grâce à des coupes drastiques dans les coûts ». Société Générale affichait effectivement un ratio de 59,7 % au premier semestre et relevait dans la foulée sa cible de rentabilité 2026 à environ 11 %. BNP Paribas vise de son côté un coefficient inférieur à 56 % en 2028, « un niveau rarement atteint par les banques françaises ».


Crédit et souverain sous surveillance


La principale zone de vigilance se situe désormais du côté du coût du risque. Les défaillances d’entreprises ont atteint environ 69 000 en 2025, un plus haut depuis vingt-cinq ans, et Fitch les attend encore entre 70 000 et 75 000 cette année, tandis que le chômage remontait à 8,1 % fin mars. Le taux de créances douteuses dépasse légèrement 3 % dans tous les grands groupes, à l’exception de Crédit Agricole et de La Banque Postale, plaçant désormais les banques françaises dans une position moins favorable que la plupart de leurs homologues européennes. Le seuil de vigilance fixé par Fitch est clair : « La plupart des grandes banques françaises pourraient voir leur note abaissée si leur taux de créances douteuses augmentait sensiblement et durablement au-delà de 3 %. » Le crédit à la consommation constitue l’un des principaux foyers de risque. Il représentait ainsi 58 % des charges de risque de Crédit Mutuel Alliance Fédérale en 2025. Seul groupe assorti d’une perspective négative, le mutualiste alsacien fait l’objet d’une attention particulière de l’agence, qui juge plus incertaine sa capacité à ramener son résultat d’exploitation à 2 % des actifs pondérés d’ici 2027. Au premier semestre, son coût du risque progressait de 34,3 %, à 1,2 milliard d’euros.

À ces tensions sur le risque de crédit s’ajoute désormais une contrainte plus directement liée à la situation de l’État français. Depuis l’abaissement de la note souveraine en septembre 2025, l’évaluation de l’environnement opérationnel des banques est elle-même plafonnée par la note de la France. « La marge de manœuvre de notation des grandes banques françaises a sensiblement diminué après l’abaissement de la note souveraine et elle est particulièrement étroite pour les banques dont la note de viabilité est "a + " », écrit Fitch, qui cite BNP Paribas, Crédit Agricole et Crédit Mutuel Alliance Fédérale. Leurs notes « sont désormais contraintes par le souverain et seraient très probablement abaissées si le souverain l’était de nouveau ». La dégradation de la perception du risque français se transmet également à leur financement : l’élargissement des spreads souverains a renchéri leur coût de marché, sans toutefois entamer jusqu’ici de manière significative l’amélioration du produit net d’intérêt.

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