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Casino remet son sort entre les mains de ses banques / Le plan Kretinsky retenu, sans l'aval des créanciers TLB
« La proposition de l'actionnaire, faute d'accord consensuel, est celle qui sert le mieux l'intérêt social du groupe Casino. » Le conseil d'administration du distributeur a acté vendredi 10 juillet ce que plus de sept mois de négociations laissaient présager. Casino ne mise désormais plus sur un compromis entre Daniel Kretinsky et les créanciers du groupe. Sur recommandation du comité ad hoc, le conseil, « dont seuls les membres n'étant pas en situation de conflit d'intérêts ont pris part aux délibérations et au vote », a retenu le plan de France Retail Holdings, FRH, la holding de contrôle de l'homme d'affaires tchèque, au détriment de celui du SteerCo TLB, qui fédère environ 90 % des porteurs du prêt à terme de 1,4 milliard d'euros.
Cet arbitrage clôt la séquence ouverte le 24 novembre 2025 avec la présentation du plan Renouveau 2030, au fil de laquelle propositions et contre-propositions se sont succédé sans jamais converger. Le 30 juin, Casino avait reçu deux offres fermes et inconciliables. Celle de FRH prévoit la conversion en fonds propres de 610 millions d'euros du nominal du TLB, montant porté à 685 millions si moins de 30 % des prêteurs consentent à la modification des plans, ainsi que 550 millions d'euros d'augmentations de capital, dont 495 millions en numéraire.
Selon les hypothèses retenues par Casino, elle laisserait à l'actionnaire de référence environ 66,8 % du capital, contre 24,5 % aux prêteurs TLB. Celle du SteerCo reposait au contraire sur une conversion quasi intégrale du prêt, soit 1,36 milliard d'euros, complétée par une injection de 400 millions en numéraire, et aurait remis environ 99,9 % du capital aux créanciers, dans l'hypothèse où les actionnaires existants ne participeraient pas à l'augmentation de capital.
Casino prépare une adoption sans l’accord des TLB
En choisissant le plan de son actionnaire contre celui soutenu par le SteerCo, Casino se prépare à avancer sans disposer de l'accord des deux tiers des créanciers TLB, jusqu'ici exigé par les banques. Le groupe prépare donc une adoption non consensuelle de la restructuration, autrement dit un passage en force par la procédure de modification du plan de sauvegarde. Le projet sera soumis au vote des classes de parties affectées, dont celle des prêteurs TLB, largement regroupés derrière une proposition concurrente, puis au tribunal des activités économiques de Paris, qui devra se prononcer sur la modification du plan malgré l'absence possible d'accord de toutes les classes.
Le verrou bancaire reste à lever
Encore faut-il que ce scénario soit finançable. Les banques partenaires du groupe, qui portent un nouveau crédit renouvelable (RCF) de 601 millions d'euros, environ 740 millions de financements opérationnels et une garantie à première demande de 175 millions, avaient obtenu l'accord de principe de leurs comités de crédit sur la base, notamment, d'une condition suspensive prévoyant l'adhésion des deux tiers des créanciers TLB. Autrement dit, le choix du conseil se heurte directement à l'une des conditions du financement bancaire censé accompagner le plan retenu.
Le soutien du conseil est donc assorti de deux réserves. La première consiste à « améliorer les termes du package de sûretés des créanciers TLB en leur permettant d'avoir accès au package de sûretés des banques », une concession aux prêteurs dont la proposition n'a pas été retenue, destinée à renforcer leur protection. La seconde exige « que les banques lèvent la condition suspensive de leurs financements relative à l'accord de la majorité des deux tiers des créanciers TLB pour la modification du plan de sauvegarde ». C'est de cette renonciation que dépend désormais la poursuite du scénario retenu avec le soutien des banques.
Le groupe rappelle au passage que la modification du plan de sauvegarde « serait massivement dilutive pour les actionnaires actuels ». Dans le schéma de FRH, les actionnaires existants hors l'actionnaire de référence ne conserveraient qu'environ 0,1 % du capital.
Le calendrier visé pour les prochaines semaines est désormais précisé, mais reste suspendu à la réponse des banques. « À la demande du Groupe, les banques ont indiqué saisir leurs comités de crédit respectifs afin de statuer sur ces demandes d'ici le 20 juillet 2026 », indique le communiqué. En cas de feu vert, Casino entend lancer d'ici fin juillet, sous réserve de l'approbation de son conseil d'administration, la procédure de modification du plan de sauvegarde, en vue d'une mise en œuvre des opérations « d'ici la fin du second semestre 2026 ». Les consentements accordés par les créanciers expirent quant à eux le 26 juillet, tandis que la maturité des financements opérationnels a été reportée au 29 juillet.
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