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JPMorgan signe un trimestre d’exception / La banque d’investissement prend le relais

Jamais JPMorgan n’avait généré autant de revenus dans chacun de ses métiers. Mais derrière l’euphorie du trading actions, Jamie Dimon distingue déjà ce qui relève du pic de marché et ce qui pourrait annoncer une reprise plus durable de la banque d’investissement.
Jamie Dimon, le président-directeur général de JPMorgan (FABRICE COFFRINI / AFP)
Jamie Dimon, le président-directeur général de JPMorgan (FABRICE COFFRINI / AFP)

« Nous évoluons dans un marché très sain, actif et exubérant, avec des prix et des volumes très élevés. Nous en bénéficions. Nous ignorons simplement combien de temps cela durera », reconnaît Jamie Dimon. Au deuxième trimestre, JPMorgan a pleinement capté l’effervescence des marchés, au prix d’une performance qui sera difficile à reproduire.

La première banque américaine a dégagé un bénéfice net de 21,2 milliards de dollars, en hausse de 41 % sur un an, gonflé par une plus-value avant impôt de 4,6 milliards liée à l'échange de ses titres Visa et par 1 milliard de gains sur des participations, soit 4,2 milliards après impôt. Hors ces éléments exceptionnels, le résultat atteint 16,9 milliards de dollars, en progression de 13 %, pour une rentabilité des fonds propres tangibles de 23 %. Les revenus grimpent de 27 % à 58 milliards de dollars.

 

Le trading actions au sommet

 

Chaque ligne de métier a signé un record mais le moteur du trimestre se trouve sans ambiguïté dans la banque de financement et d'investissement, dont les revenus ont bondi de 27% à 24,9 milliards de dollars et le bénéfice de 46%. Le trading a engrangé 12,1 milliards de dollars (+35%), porté par une performance hors norme des actions, en hausse de 86% à 6 milliards. Lors de la conférence avec les analystes, le directeur financier Jeremy Barnum a toutefois invité à ne pas extrapoler ce record, alimenté par de grandes introductions en Bourse, d’importants rééquilibrages d’indices, une forte activité en Asie et des dynamiques particulièrement complexes sur le marché actions coréen : « Il paraît statistiquement improbable que cette combinaison particulière de facteurs se reproduise. »

La reprise de la banque d'investissement pourrait s'avérer plus durable. Les commissions ont progressé de 30% à 3,3 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis 2021, et JPMorgan conserve le premier rang mondial avec 9,3% de part de marché. Le groupe reconnaît qu’une partie de l’activité a pu être avancée au détriment des trimestres suivants, mais « le pipeline est en réalité tout à fait solide », selon Jeremy Barnum, qui observe même un cercle vertueux : « On a un peu le sentiment que le caractère très en vue de l'activité de ce trimestre et l'environnement globalement solide génèrent eux-mêmes davantage d'activité. »

 

Des dépenses qui paient

 

Une surperformance au coût assumé. JPMorgan a relevé de 2,5 milliards de dollars sa prévision de dépenses ajustées pour 2026, à environ 107,5 milliards. Sur le premier semestre, les activités de marchés au sens large ont dépassé de 6,5 milliards de dollars les attentes internes, générant 1,5 milliard de charges supplémentaires, principalement liées au niveau d’activité et aux revenus. Un ratio qui illustre la rentabilité marginale très élevée de ces revenus additionnels. « Une hausse rapide des revenus entraîne une forte augmentation du levier opérationnel », a martelé Jamie Dimon face aux analystes qui s'inquiétaient d'un levier négatif en pourcentage. La banque relève dans le même mouvement son objectif de revenus nets d'intérêts hors marchés à 96,5 milliards de dollars pour l'année.

La banque de détail conforte de son côté la résistance de l'économie américaine. Les revenus de la division grand public ont augmenté de 8% à 20,3 milliards de dollars, avec plus de 500 000 ouvertures nettes de comptes courants sur le trimestre et des dépôts moyens en hausse de 3%. Le crédit à la consommation a surpris favorablement : le groupe a abaissé à environ 3,2 % sa prévision de taux de pertes sur les cartes pour 2026, les défauts restant inférieurs aux attentes sur l’ensemble des segments de clientèle, tant que le marché de l’emploi tient.

 

Déployer le capital sans relâcher la prudence

 

Forte d'un ratio CET1 de 14,1%, la banque portera son dividende trimestriel à 1,65 dollar au quatrième trimestre, après 6,2 milliards de rachats d'actions sur la période.Interrogé sur l'intérêt de racheter des titres à trois fois la valeur comptable tangible, Jamie Dimon a redit sa préférence pour l'investissement, citant les infrastructures, la remilitarisation ou la restructuration du commerce mondial : « L'objectif est de déployer notre capital avec un rendement de 17%. » Le patron de JPMorgan n'en oublie pas sa prudence rituelle, alertant sur « plusieurs risques » qui « se déplacent sous la surface comme des plaques tectoniques, notamment les tensions géopolitiques et les guerres, une inflation persistante, d'importants déficits budgétaires mondiaux et des prix d'actifs élevés ».

 

La succession reste ouverte

 

Un trimestre record ne suffit pas à éteindre l'autre question qui obsède les investisseurs : l'après-Dimon. Les analystes y sont revenus à plusieurs reprises, relancés par la promotion de Doug Petno et Troy Rohrbaugh au rang de coprésidents et par le départ de Marianne Lake, longtemps considérée comme favorite, qui, une fois informée du projet, « a préféré prendre sa retraite plutôt que de rester ». Le dirigeant a expliqué que cette réorganisation, décidée par le conseil, « les préparera à faire beaucoup plus au sein de l'entreprise », sans rien changer à l'échéance de son propre départ : « Le calendrier est essentiellement le même. Plusieurs années, vous pouvez dire quelques années, plus ou moins. Évidemment, c'est entièrement du ressort du conseil, pas du mien. » Et de vanter la profondeur du banc de dirigeants : « Si j'étais renversé par un camion, ce qui n'est pas ma préférence, tout irait bien. »

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