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Infrastructure : les besoins explosent, la collecte cale / Les fonds affrontent un marché plus sélectif
Début août, Nvidia scellait avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR une série de protocoles d'accord destinés à créer des plateformes capables de mobiliser plus de 500 milliards de dollars en faveur des infrastructures de l'intelligence artificielle. Au même moment, les fonds d'infrastructure non cotés achevaient l'un de leurs plus mauvais semestres de collecte depuis cinq ans : 40,8 milliards de dollars levés au premier semestre 2026 selon Infrastructure Investor, contre 126,3 milliards un an plus tôt, soit « le deuxième plus mauvais premier semestre depuis de nombreuses années, ne dépassant que le plancher record du premier semestre 2023 ». Avec 7,6 milliards de dollars, le deuxième trimestre passe même sous les 12,4 milliards du deuxième trimestre 2023, jusqu'ici point bas de la période récente.
Ce décrochage ne signifie pourtant pas que les investisseurs se détournent de la classe d'actifs. Dans son dernier Private Equity Pulse, consacré au deuxième trimestre 2026, EY relevait que 44 % des gérants plaçaient les infrastructures numériques parmi leurs trois principales priorités d'augmentation d'exposition d'ici à vingt-quatre mois, et 28 % l'électricité et les infrastructures énergétiques. « Nous voyons les sponsors donner la priorité à la résilience autant qu'à la croissance », expliquait Ivan Lehon, responsable mondial du private equity d'EY.
Des besoins d’investissement toujours massifs
La demande se lit aussi dans les transactions, qui n'ont pas connu le même trou d'air. De son côté, CBRE Investment Management relève dans son rapport Infrastructure Quarterly: Q2 2026 qu'environ 330 milliards de dollars d'opérations avaient été bouclées au premier trimestre, un record. Le centre de gravité s'est en outre déplacé. « Les segments de l'électricité, de la production conventionnelle au stockage par batteries et aux réseaux, s'imposent comme des forces dominantes en matière de rendements, de flux de transactions et de stratégies sectorielles », observe le gestionnaire. Les dépenses d'investissement des géants technologiques, attendues autour de 730 milliards de dollars en 2026 et relevées de 10 % en moins de six mois, nourrissent les deux besoins à la fois.
La collecte ne suit pas
Mais cette demande soutenue ne se traduit donc pas dans les levées de fonds. Preqin ne dénombre que huit fonds parvenus à un closing final au deuxième trimestre, pour 4,4 milliards de dollars, contre 27 véhicules et 25 milliards au premier. Ce chiffre ne prend toutefois en compte que les clôtures finales. En intégrant également les clôtures intermédiaires, qui correspondent à des capitaux déjà sécurisés par des fonds n’ayant pas encore atteint leur closing final, le tableau est moins sombre. « Les données d'interim closes suggèrent que les capitaux ont continué à affluer vers la classe d'actifs », relève Alex Oppong, spécialiste des infrastructures chez Preqin, qui chiffre ainsi à 57 milliards de dollars les capitaux sécurisés au premier semestre, contre 69 milliards un an auparavant.
La proportion de véhicules sous-souscrits est passée de 38 % en 2025 à 43 % au premier semestre, tandis que celle des fonds dépassant leur objectif a reculé de 51 % à 33 %. La collecte s'est également concentrée : à lui seul, InfraVia European Fund VI, clos à 9,44 milliards de dollars, représente près du quart des montants levés sur le semestre.
Le temps de la sélection
Dans ce contexte de collecte plus difficile, les investisseurs semblent aussi se montrer beaucoup plus sélectifs entre les fonds. Une prudence nourrie notamment par des écarts de performance importants d’un véhicule à l’autre. Derrière les moyennes, Preqin décrit « un large éventail de résultats sous les chiffres affichés ». Pour le millésime 2022, le TRI net atteint 21,1 % à la borne du quartile supérieur, contre 11,8 % à la médiane et 5,3 % à celle du quartile inférieur, un écart encore plus marqué pour 2023. « La performance passée est une considération importante, mais la question plus large est de savoir si les gérants peuvent montrer que cette performance est reproductible », ajoute Alex Oppong.
La sélection ne porte pas seulement sur les gérants, mais aussi sur les stratégies et les secteurs privilégiés. Les stratégies value-add ont capté 52 % des capitaux au premier semestre, contre 20 % pour le core-plus et 9 % pour le core.
Parmi les fonds d’infrastructure spécialisés par secteur bouclés au premier semestre, 58 % ciblent les renouvelables et la transition énergétique et 23 % l’électricité et la transmission, quand les data centers et l’infrastructure numérique n’en représentent ensemble que 7 %, en recul de trois points depuis le premier trimestre, selon Infrastructure Investor. Ce que les gérants disent vouloir acheter et ce que les véhicules récemment clos sont parvenus à lever ne se superposent donc pas. Dans le même temps, la concurrence pour les capitaux reste forte : Preqin recensait en juillet 731 fonds en marché à la recherche de 463 milliards de dollars.
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