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Nvidia table déjà sur 70 % de croissance pour son exercice 2028 / Une prévision contrainte par l’offre, pas par la demande

Nvidia continue de pulvériser ses records, mais la prochaine étape de sa croissance se prépare plusieurs années à l’avance. Approvisionnements, mémoire, infrastructures et financement des clients deviennent désormais aussi déterminants que les performances de ses puces.
Le siège de Nvidia à Santa Clara, en Californie. © Nvidia
Le siège de Nvidia à Santa Clara, en Californie. © Nvidia

Nvidia n’avait encore jamais osé regarder aussi loin. Le géant des puces, dont le chiffre d’affaires vient de doubler en un an, prévoit déjà une nouvelle croissance d’environ 70 % sur son exercice 2028. Une indication d’autant plus remarquable qu’elle ne correspond pas, selon le groupe, au niveau de la demande qu’il anticipe. « Les prévisions de nos clients pointent vers un doublement de notre croissance l’an prochain », a indiqué Colette Kress, directrice financière de Nvidia. Mais le groupe ne promet pas de suivre ce rythme. « Nous tablons sur une croissance d’environ 70 %, car nous sommes contraints par l’offre. »

Le point de départ reste un nouveau trimestre record. Nvidia a réalisé 96,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre de son exercice décalé, clos fin juillet, soit 18 % de plus qu’au trimestre précédent et 106 % de plus sur un an. Sa croissance annuelle s’est même accélérée pour le quatrième trimestre consécutif. Le bénéfice opérationnel a progressé de 124 %, à 63,7 milliards de dollars, tandis que la marge brute s’est maintenue à 75 %.


Au-delà des hyperscalers


L’intelligence artificielle concentre toujours l’essentiel de cette expansion. Les centres de données ont généré 89 milliards de dollars de revenus, en hausse de 117 % sur un an. Mais la composition de cette croissance évolue. Les hyperscalers ont représenté 48,7 milliards de dollars, en hausse de 13 % en trois mois, tandis que les activités regroupant clouds spécialisés dans l’IA, clients industriels et entreprises ont progressé de 25 %, à 40,3 milliards. Sur un an, ces dernières ont bondi de 138 %. « Même à notre échelle, nous voyons la demande accélérer », a souligné Colette Kress. Les capacités installées des partenaires NeoCloud devraient ainsi atteindre 8 gigawatts à la fin de l’année, contre environ 3 gigawatts fin 2025.

Cette diversification donne à Nvidia davantage de visibilité au moment où une nouvelle génération puces et systèmes dédiés à l’intelligence artificielle commence à prendre le relais de Blackwell, son architecture actuelle. Les premières livraisons de Vera Rubin, la nouvelle plateforme de calcul pour centres de données du groupe, ont débuté en août et le groupe dit avoir déjà reçu des commandes de tous les grands hyperscalers, clouds spécialisés et fabricants de systèmes. Nvidia prévoit que Vera Rubin représentera environ 20 % de son chiffre d’affaires Data Center dès le troisième trimestre. Surtout, le groupe estime que l’élargissement progressif de sa plateforme lui permet de capter une part croissante de l’investissement consacré à chaque centre de données. La valeur des équipements Nvidia installables par gigawatt est ainsi passée, selon ses calculs, d’environ 18 milliards de dollars avec Hopper, une précédente génération, à 25 milliards avec Blackwell et devrait atteindre 40 milliards avec Vera Rubin.


279 milliards pour sécuriser la croissance


Cette visibilité sur 2028 suppose toutefois de sécuriser très en amont les capacités nécessaires. « Nous n’avons jamais établi de prévision ni donné de guidance un an à l’avance », a rappelé Jensen Huang, président et directeur général de Nvidia. « Même si notre demande est très supérieure à 70 %, notre offre nous permet de livrer 70 % avec confiance. » Pour rendre ces volumes possibles, Nvidia a fait passer ses engagements auprès de ses fournisseurs de 119 à 279 milliards de dollars en un trimestre, principalement en raison de ses besoins d’approvisionnement en mémoire. « Toute notre chaîne d’approvisionnement est sous tension. Tout le monde tourne vraiment à plein régime », a reconnu le dirigeant.


La mémoire pèse sur les marges


Cette course aux capacités a toutefois une contrepartie immédiate sur la rentabilité. « Nous voulons être directs sur ce sujet plutôt que de le laisser en suspens comme une question ouverte », a déclaré Colette Kress avant de réviser les repères de marge du groupe. La mémoire, qui concentre l’essentiel de ces nouveaux engagements d’approvisionnement, connaît des conditions de prix que la direction qualifie d’extrêmes : « L’ampleur de la hausse des prix a dépassé nos anticipations précédentes et elle va encore s’accentuer l’année prochaine. » Ce surcoût se répercute aussitôt dans le coût des ventes, alors que les hausses de tarifs décidées par Nvidia ne prendront effet qu’au premier trimestre de l’exercice 2028. De ce décalage de plusieurs mois découle la trajectoire annoncée : après 75 % au deuxième trimestre, la marge brute reviendrait à 74 % au troisième, toucherait un point bas de 71 % à 72 % au quatrième, puis se redresserait vers 72 % à 73 % sur l’exercice suivant.


Nvidia finance aussi sa demande


Les contraintes auxquelles Nvidia tente de répondre ne sont d’ailleurs pas seulement industrielles. Certains de ses nouveaux clients, notamment les laboratoires d’IA de pointe et les clouds spécialisés, croissent plus vite que ne le permettent leurs capacités de financement. Le groupe a déjà investi près de 50 milliards de dollars dans ces laboratoires et s’est associé à Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR pour mettre en place des plateformes susceptibles de mobiliser plus de 500 milliards de dollars de capitaux tiers destinés aux infrastructures d’IA. Nvidia assume que ce soutien nourrit directement une partie de sa propre demande. « Nous savons que certains parleront de financement circulaire. Nous voyons les choses autrement », a répondu Colette Kress. La demande provenant des laboratoires pour lesquels Nvidia prévoit de mobiliser son bilan pourrait représenter environ un quart de son activité l’an prochain.

D’ici là, le groupe vise 108 milliards de dollars de chiffre d’affaires au troisième trimestre, plus ou moins 2 %, avec Vera Rubin déjà appelé à prendre une place significative. Cette prévision n’intègre aucun revenu de puces de calcul pour centres de données en Chine. Les ventes de produits Hopper dans le pays ont représenté moins de 1 % du chiffre d’affaires Data Center au deuxième trimestre, Nvidia jugeant l’environnement géopolitique encore trop incertain pour intégrer un retour de ce marché dans ses perspectives.

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