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Crédit Mutuel Arkéa
Crédit Mutuel Arkéa combine effet taux et accélération de Fortuneo / La marge financière bondit de 30 %, avec 180 000 clients gagnés en ligne
« Satisfaction, vraie dynamique commerciale et de croissance rentable, mais vraie vigilance aussi pour les mois qui viennent et surtout l'année prochaine », déclare à WanSquare Julien Carmona, président du Crédit Mutuel Arkéa, dont le groupe a publié le 7 septembre ses comptes semestriels. Les chiffres penchent nettement du côté de la satisfaction : un résultat net part du groupe de 230 millions d’euros, en progression de 17,1 %, porté par des revenus de 1 338 millions d’euros en hausse de 16,5 %. La vigilance tient surtout à son fort ancrage domestique, dans une France à croissance nulle. Le groupe brestois est, selon son président, « finalement la banque la plus française des banques françaises dans son activité », avec un centre de gravité sur l'arc atlantique, en Bretagne et en Nouvelle-Aquitaine.
Un stock de crédits plus rémunérateur
Le premier moteur de la performance est la marge financière, en hausse de 29,7 % à 533 millions d’euros, portée par une marge nette d'intérêt qui bondit de 39 %, une progression dont Julien Carmona rappelle qu’elle tient notamment au renouvellement du stock de crédits. « Les crédits habitat qui arrivent aujourd’hui à échéance ont souvent été accordés en 2016, autour de 1 %, et nous les remplaçons par des crédits à 4 % », explique-t-il. Chaque nouvelle génération de prêts améliore ainsi la marge, tandis que le coût des ressources clientèle recule. Dans le même temps, la production de crédits baisse de 5 % à 6,7 milliards d’euros, surtout du fait du recul sur les collectivités locales pendant les élections municipales, alors que les encours progressent à 94,9 milliards d’euros. « La baisse des remboursements anticipés permet à nos encours de continuer à croître », souligne le président. Avec la remontée des taux, les refinancements de prêts existants se raréfient.
Reste à savoir combien de temps cette configuration restera favorable. « Après plusieurs années de courbe des taux inversée, défavorables à l’activité bancaire, nous sommes désormais dans une phase de normalisation », estime Julien Carmona, qui voit encore « quelques bons trimestres » devant les banques françaises. Arkéa anticipe notamment un nouveau relèvement des taux directeurs de la Banque centrale européenne fin septembre, de 2,25 % à 2,50 %.
L’épargne constitue l’autre moteur du semestre. La collecte nette atteint 4,7 milliards d’euros, contre environ 1 milliard d’euros un an plus tôt, portant les encours à un record de 203,8 milliards d’euros. Cette collecte soutient aussi les commissions, en hausse de 14,1 % à 412 millions d’euros, grâce notamment à la progression des actifs sous gestion et des ordres de Bourse, en hausse de 13,8 % à 8,9 millions.
La banque en ligne, moteur de conquête
Le relais de croissance le plus visible est toutefois la banque en ligne. Arkéa Direct Bank, qui rassemble Fortuneo en France et Keytrade Bank en Belgique, a gagné 180 000 clients nets au premier semestre, sur près de 200 000 nouveaux clients pour l'ensemble du groupe. « Nous sommes passés de 20 000 à 30 000 nouveaux clients nets par mois en un an », souligne Julien Carmona. Cette accélération a un coût : les frais de gestion progressent de 11,8 %, alors que les frais structurels n’augmentent que d’environ 2 %. Le groupe accepte ainsi de mettre temporairement la banque en ligne dans le rouge pour accélérer la conquête, le résultat de 230 millions d’euros intégrant déjà cette contribution négative. Le coefficient d'exploitation s'améliore malgré tout de 2,8 points, à 65,6 %. Un niveau encore élevé, mais qu'Arkéa assume aussi au regard de son modèle mutualiste. « Nous n'avons pas l'obsession d'avoir les coûts les plus bas possibles », rappelle Julien Carmona. À rebours de la tendance de fond dans le secteur bancaire, le groupe continue d’ailleurs d’embaucher, avec 200 collaborateurs supplémentaires depuis fin décembre.
Autre relais, plus atypique, le B2B, où Arkéa fournit à d'autres établissements leurs infrastructures informatiques et certaines opérations bancaires. « Nous sommes la seule banque française à avoir fait de cette activité un métier stratégique », rappelle Julien Carmona. Ces volumes supplémentaires permettent notamment « d'abaisser le point mort de notre informatique » et d'en faire un centre de profit. Ce métier doit encore changer d'échelle avec la reprise de l'activité de tenue de compte conservation de Société Générale en France, notamment pour le réseau SG et BoursoBank, attendue à l'horizon 2028.
La prudence monte d’un cran
Le coût du risque remonte, mais reste contenu, à 137 millions d’euros, soit 29 points de base contre 19 un an plus tôt. La hausse provient surtout des encours sains, sur lesquels il progresse de 53 millions d’euros, tandis qu'il recule légèrement sur les encours déclassés. « Nous provisionnons en amont pour tenir compte de la dégradation du contexte géopolitique, politique et économique », explique Julien Carmona. Une prudence assumée : « Nous profitons aussi de ces bons résultats pour renforcer nos provisions. L'avenir dira si nous avons été trop prudents ou pas assez. »
La solidité du bilan laisse néanmoins une marge de manœuvre confortable. Le ratio CET1 progresse à 18,1 %, tandis que le retour sur fonds propres prudentiels atteint 6 %, se rapprochant de l'objectif de 7 % fixé pour 2027. « Il n'y a pas pour autant de raison de faire cocorico : l'environnement reste très incertain et la croissance française est à l'arrêt », tempère le président. Le plan stratégique Faire 2030 prévoit toujours un résultat net d'au moins 550 millions d’euros en 2027. Sur 2026, Julien Carmona s’en tient à la prudence : « Il est trop tôt pour faire des projections sur l'année, et nous ne donnons pas de guidance ». La remontée des taux longs et le risque souverain français alimentent aussi cette prudence : « Les marchés n'attendent pas 2027 pour manifester leur inquiétude. »
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