éditorial / Laurent Bigorgne
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Laurent Bigorgne
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Ce n’est déjà plus 2027 qui se joue
par Laurent Bigorgne
Cette rentrée constitue une véritable veillée d’armes pour l’élection présidentielle, de sorte que lorsque le gouvernement s’exprime sur le projet de loi de finances, il a trois publics. Il s’adresse aux Français, du moins à ceux qui l’écoutent encore… Il parle aux oppositions, dont il a besoin de l’abstention ou du vote. Et, last but not least, il est désormais scruté par les marchés. Ces derniers n’ont plus aucune indulgence.
La sanction des marchés
Les détenteurs d’obligations souveraines françaises commencent à marquer une forme d’inquiétude, comme l’a manifesté cette semaine Thomas Buberl, le directeur général d’AXA, en rappelant que « la campagne présidentielle ne doit pas affaiblir la crédibilité de la France ».
La perception des détenteurs de dette française n’a besoin ni d’enquête d’opinion ni du travail des médias pour s’exprimer. Les taux d’intérêt exigés par nos créanciers évoluent en direct. Après le dévoilement par Sébastien Lecornu des premiers éléments concernant le PLF, le taux d’intérêt sur nos obligations est monté hier à 4,57 %, son plus haut niveau depuis 18 ans.
L’emballement de ces derniers jours est inévitablement lié aux mauvaises nouvelles concernant l’exécution du budget 2026 et le PLF 2027. Cette année, pour la quatrième fois de rang, nous afficherons un déficit budgétaire supérieur à 5 % de notre PIB et tout porte à croire qu’il en sera de même en 2027. Conséquence de notre dérive budgétaire, le spread avec le Bund allemand a dépassé la barre symbolique des 100 points de base et celui avec l’Italie est désormais de 13 points de base, du jamais vu depuis la création de l’euro.
On savait que la parole publique française a cessé depuis bien longtemps d’être performative. Elle n’est désormais plus crédible. Plus personne, en effet, ne croit un instant à notre « sérieux budgétaire ». Les efforts qui avaient permis notre qualification dans l’euro appartiennent à l’histoire. Depuis que la zone euro existe, notre déficit public moyen est de 4,17 % contre 2,88 % pour son panier de pays. Tout est dit.
Un bilan désastreux
L’argument de la gestion des crises successives ne suffira pas à masquer le bilan désastreux des deux quinquennats d’Emmanuel Macron en matière de finances publiques. On se rappelle qu’après la crise de 2008, le déficit public était monté à 7,2 %. Les efforts qui ont suivi, notamment ceux de François Fillon, ont permis de le ramener à 5 % du PIB en 2012, puis 2,8 % à la fin du quinquennat suivant.
Si un même effort avait été mené depuis 2020 (8,9 %), on peut calculer que le déficit public de 2027 serait de 4,5 %. C’est certes loin de la zone des 3 % dans laquelle nous devons impérativement revenir… mais très loin aussi des 6,6 % que prédit Bercy pour 2027 si rien n’est fait pour enrayer la dérive naturelle de nos comptes publics et sociaux.
On ne le dit pas aux Français, mais ce qui se joue en ce moment, ce n’est plus le PLF 2027, mais d’ores et déjà tout le prochain quinquennat. Selon Denis Ferrand, le directeur général de Rexecode, chaque fois que les taux de nos obligations prennent 10 points de base, la charge des intérêts de la dette augmente de 3 milliards à l’horizon 2032. Or, ces six derniers mois, ils ont pris 100 points de base, ce qui signifie une charge correspondante de 30 milliards d’euros… À ce rythme, l’équation du prochain PLF et des suivants va rapidement devenir intenable.
À gauche comme à droite, pourtant, on ne cesse de mentir aux Français et de leur faire croire que « tout est possible ». Inexpérience ou inconséquence, la députée européenne Céline Imart, porte-parole de Bruno Retailleau, a ainsi critiqué le gouvernement qui prévoit 6 milliards d’économies sur les pensions par le biais d’une désindexation ou en supprimant un abattement. Un économiste très en vue soulignait cette semaine qu’on regretterait bientôt le temps où se posait seulement la question de sous-indexer la pension moyenne de quelques dizaines d’euros…
Conseil d’État 1, Zucman 0
Mercredi, le parti socialiste a dévoilé ses propositions pour le budget 2027… totalement centrées sur le pouvoir d’achat. Le ressort de ce document tient en un mot : fiscalité ! C’est en effet le retour de la taxe Zucman, pour 15 milliards d’euros, l’instauration d’une CSG sur les héritages élevés, pour 10 milliards d’euros, d’une taxe sur les géants du numérique, pour 10 milliards d’euros, d’une baisse d’exonération des cotisations sociales, pour 4 milliards d’euros, ainsi que du Crédit impôt recherche et des crédits impôts à la personne, pour 4 milliards d’euros… Au total, les mesures fiscales supplémentaires représentent près de 60 milliards d’euros, soit près de deux points de PIB.
Ils viendraient évidemment s’ajouter à une fiscalité qui représente déjà 45,4 % du PIB dans notre pays contre 41 % dans la zone euro. Le Parti socialiste a perdu toute crédibilité gouvernementale, mais il va un cran plus loin. En effet, il n’hésite plus à flirter désormais avec le volontarisme politique des partis illibéraux en promouvant des mesures qui vont contre l’État de droit et les libertés garanties par les traités européens.
C’est ce qui ressort des extraits de l’avis du Conseil d’État, saisi à l’automne dernier par Matignon, publiés par Challenges cette semaine. Ils concernent justement le projet de taxe Zucman tel que revu par le Parti socialiste. Ce que de nombreux juristes et fiscalistes avançaient se trouve confirmé : ce dispositif est « contraire au principe constitutionnel d’égalité devant les charges publiques », « confiscatoire » et contraire à la plupart des conventions fiscales signées par la France comme à la liberté de circulation dans l’Union européenne.
L’Union, à laquelle nous appartenons encore, même si nous y pesons de moins en moins… C’est pourtant de chez nos voisins que vient la lumière cette semaine : mardi, à La Haye, le roi Willem-Alexander, à l’occasion du Prinsjesdag, a ouvert l’année parlementaire en soulignant que « le gouvernement s’est fixé un mandat d’une remarquable clarté : réduire la taille de l’État, le rendre plus efficace et moins coûteux ; produire moins de normes ; et être davantage attentif au bien-être des citoyens comme au développement des entreprises ». Pour mémoire, en 2025, la dette publique néerlandaise était de 44,4 % du PIB, le déficit de 1,6 %, la croissance de 1,8 %, le chômage de 3,9 % et l’indice de Gini de 24,6 (ce dernier indiquant que les inégalités de revenus après impôts et prestations y sont sensiblement plus faibles qu’en France).
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