Contes de campagne / Yves de Kerdrel
Contes de campagne
Yves de Kerdrel
Contes de campagne
Le joker à 40 milliards d'Attal
Distancé dans les sondages, Gabriel Attal promet un salaire médian à 3 300 euros en dix ans. Une addition faite en brut, dont le net reste à trouver.
Quand un candidat décroche dans les sondages, il lui reste le chiffre. Le chiffre magique si possible ! Gabriel Attal vient d’en lâcher un dans La Dépêche du Midi. Avec lui, le salaire médian passerait de 2 200 à 3 300 euros nets en dix ans. Ce qui représente une hausse de 50 %. C’est le quitte ou double d’un homme qui cherche à continuer d’exister dans cette course de petits chevaux, parsemée de haies, qu’est la campagne présidentielle.
Rendons-lui justice, la cible est la bonne. Les classes moyennes qui travaillent, et qu’il voulait déjà « désmicardiser » du temps de Matignon, sont les grandes oubliées du macronisme. Seulement, l’auteur de la promesse fut Premier ministre huit mois, le temps d’assister, bras ballants, à une dissolution qu’il n’avait pas voulue.
Vient ensuite l’arithmétique. 20 % viendraient des gains de productivité, 15 % du « droit au brut » et 15 % d’un doublement de la croissance. L’addition tombe juste, à ceci près que croissance et productivité sont une seule et même chose comptée deux fois. En dix ans, le salaire médian n’a gagné qu’un quart environ, inflation comprise, et il faudrait doubler la cadence avec une productivité qui fait du surplace depuis 2019.
Les 3 300 euros auxquels Gabriel Attal fait référence sortent d’ailleurs d’un calcul du candidat sur ce que gagnerait un salarié si la France avait suivi depuis vingt ans la productivité américaine. Rattraper vingt ans en dix, voilà le programme.
Reste le « droit au brut », 250 euros nets dès 2027 par suppression de cotisations sociales. Soit un coût de 40 milliards selon La Dépêche du Midi, « financé à l’euro près » par des économies sur l’assurance chômage et les indemnités journalières.
Ambitieux tout de même… Car 40 milliards d’euros c’est peu ou prou le budget annuel de l’Unédic. Pour la suite, ce sont les gains de productivité « et d’abord l’intelligence artificielle » qui paieront les salaires. On ne sait plus si l’on lit un programme ou une requête à ChatGPT.
Les informaticiens appellent hallucination la réponse plausible qu’une machine invente quand les données lui manquent. Gabriel Attal appelle cela un programme !
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