Série de fin d'année : les plus grands noms de l'économie se livrent sur WanSquare (3)
Les deux questions sont les suivantes :
1/Quel est l'événement qui vous a le plus surpris en 2015 ? (hors attentats)
2/Comment voyez-vous 2016 ?
Christophe Bavière, managing director d’Idinvest
1/Ce qui m’a surpris en 2015 c’est le fort volume d’activité, à la fois sur les sorties et sur les investissements. Mais aussi la diversification du marché : progressivement, doucement, il y a plus d’opérations growth, sponsorless, venture, etc. On sort du tout LBO.
2/En 2016, le contexte général sera celui de la faible croissance, mais la sélectivité paye car il y a des « PME pépites » qui créent de la croissance. En ce qui nous concerne chez Idinvest, nous allons conforter un rôle de leader européen dans nos lignes de métier et poursuivre l’internationalisation. A noter qu’il est, enfin, possible d’attirer des investisseurs supranationaux en Europe, alors qu’ils y ont été sous-pondérés pendant longtemps.
David Blumer, responsable de la zone EMEA de BlackRock
1/La plus grosse surprise a été l’absence de recovery du pétrole. Le marché attendait que le baril revienne autour de 65 dollars d’ici à la fin de l’année 2015. Mais les inquiétudes sur la demande mondiale et l’excédent d’offre ont conduit à un déséquilibre massif.
2/En se projetant en 2016, nous pensons que les actions européennes sont la classe d’actifs qui offre le plus de valeur. Les valorisations attractives ainsi que les vents favorables liés à la baisse de l’euro, de faibles hausses de salaires et une extension de la demande de crédit seront favorables. Enfin, le dividend yield des actions européennes est à 3,3%, plus de deux fois le rendement offert par l’investment grade.
Philippe Brassac, directeur général de Crédit Agricole SA
1/La chute du prix du pétrole à un niveau historiquement bas, alors qu'il y a peu, professionnels, spécialistes et économistes s'accordaient pour prédire un baril tendant irrémédiablement et irréversiblement vers les 200 dollars. Moralité : il n'y a aucune fatalité dans les prévisions.
2/Et c'est la raison pour laquelle je préfère répondre, s'agissant de 2016, qu'il ne s'agit ni de "prévoir", ni de "sentir" ... mais de Faire. Rien de ce qui se passera en 2016 n'est à ce jour prédéterminé. L'année qui s'ouvre nous renvoie toujours à nos responsabilités individuelles et collectives.
William Dale, CEO de Datacore Innovations
1/L’an passé, la surprise a été la vitesse à laquelle les investisseurs professionnels et conseils ont adopté l’indice smart beta, basé sur des stratégies d’investissement passives et globalement le remplacement des investisseurs actifs dans leur approche de la gestion d’actifs.
2/En 2016, j’attends de voir l’utilisation de ce smart beta au-delà de certains modèles spécifiques, mais dans des produits plus sophistiqués, qui résolvent des problèmes plus complexes, comme la création de produits pour la banque d’investissement de demain, moins coûteux en actifs pondérés du risque et qui améliorent les ratios de capitaux des banques sous Bâle 3.
Pierre Gattaz, président du Medef
1/Ce qui m’a le plus surpris en 2015, c’est le consensus trans-partisan autour de la nécessité de réformer le Code du travail. Le fait que tout le monde, experts, hommes politiques de droite comme de gauche, s’accordent sur la nécessité de réformer impérativement le code du travail est déjà en soi une révolution. Mais que la solution, à savoir permettre aux chefs d’entreprise de s’organiser plus directement par le dialogue social au sein de chaque entreprise, fasse également l’unanimité est un événement historique. Il serait dramatique que le gouvernement ne capitalise pas sur ce double consensus et n’aille pas au bout d’une réforme indispensable et bénéfique pour tous.
2/2016 doit être l’année de l’emploi. Toute l’énergie des responsables politiques, des acteurs économiques, des responsables syndicaux doit être mise au service de cet unique objectif. Les chefs d’entreprise sont des professionnels de l’emploi, ce sont eux qui le créent. Mais la volonté politique est indispensable pour mettre en place les conditions d’y parvenir avec une réforme assumée et sans tabou du Code du travail qui doit être plus souple, mieux adapté aux exigences de l’économie contemporaine. Il en va de l’avenir économique mais aussi politique de notre pays.
Sylvie Goulard, eurodéputée Groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe, membre de la Commission des affaires économiques et monétaires (Econ)
1/La concomitance de l’entrée de la monnaie chinoise dans la composition des Droits de Tirage spéciaux du Fonds Monétaire International (FMI) d’un côté, qui montre bien l’ampleur des changements du monde, et de l’autre le repli des souverainistes français qui les nient. Le décalage devient vertigineux.
2/Nos dirigeants ont-ils le sens de l’Histoire ? Ceux qui croient que tout tourne autour des élections nationales de 2017, en France, en Allemagne, se trompent : la question des réfugiés, les enjeux de sécurité aux abords de l’UE et dans l'UE appellent une action immédiate. Les forces économiques et sociales doivent être libérées sans attendre. Si des initiatives courageuses sont prises, à contre-courant des sondages, nous en sortirons par le « haut ».
Christophe Kullmann, président de Foncière des Régions
1/Ce qui m'a le plus surpris et enthousiasmé en 2015, c'est l'appel à projets innovants "Réinventer Paris" lancé par Anne Hidalgo. Ce sont 23 sites dans Paris, pour lesquels, des acteurs de la fabrication de Ville, comme Foncière des Régions, proposent des projets immobiliers ambitieux du point de vue du développement durable, de la technologie, de l'architecture et de l'urbanisme. Résultats premier trimestre 2016. 2/2016 devrait confirmer un scénario économique atone avec, comme c'est le cas depuis plusieurs années, des risques d'événements inattendus (macro-économique, financiers, sociaux.). Pour réaliser de bonnes performances, les entreprises devront avant tout compter sur leurs propres compétences et leurs capacités à faire face aux changements. C'est pour cela que je fais de l'excellence et de l'adaptation, deux qualités prioritaires chez Foncière des Régions.
Alain Lamassoure, eurodéputé membre du Parti Populaire Européen, membre de la commission des Affaires économiques et monétaires (Econ), Président de la commission spéciale sur les rescrits fiscaux
1/La faiblesse de la croissance européenne, malgré tous les clignotants revenus au vert de manière inespérée : effondrement du prix du baril, quasi-effondrement de l'euro, politique monétaire massive de la BCE, relance des investissements d'avenir avec le plan Juncker. Voilà maintenant une bonne quinzaine d'années que la sous-croissance est la vraie maladie commune européenne, même dans les pays les plus compétitifs comme l'Allemagne. Pourquoi ?
2/Le redémarrage spontané de la natalité en Europe, face au flux de malheureux qu'attire l'eldorado européen et dont nos économies ne pourront pas se passer si nous n'avons plus d'enfants.
Pascal Lebard, PDG du groupe Sequana
1/La COP21 à Paris. L’accord historique, qui vient d’être signé, est un signal fort pour l’avenir de notre planète et les futures générations, mais aussi pour toutes les entreprises mondiales, et en particulier pour la filière papetière dont la priorité depuis de nombreuses années est de promouvoir les énergies renouvelables, une gestion durable des forêts, le développement du recyclage des déchets, et la promotion du papier recyclé.
2/Une année encore pleine d’incertitudes géopolitiquement mais également au plan économique mondial avec une Europe dans une situation toujours fragile, des pays émergents affaiblis, et de nouveaux défis à relever en France pour moderniser notre droit du travail.
Phil Poole, directeur de la recherche et managing director chez Deutsche AWM
1/Ce qui m’a le plus surpris en 2015 est l’absence de reprise du cycle d’investissement. Nous pensions que l’investissement repartirait dès cette année car il était déjà en retard en 2014, et cela n’a finalement pas été le cas. Les entreprises ont sans doute préféré attendre que la Fed entame sa hausse des taux pour voir quel en serait impact et éliminer ainsi les incertitudes liées à cette décision.
2/La divergence de politique monétaire entre la Fed et la BCE sera le principal élément moteur des marchés l’an prochain. La politique de la Fed devrait entraîner une appréciation du dollar qui pourrait mener à la parité contre l’euro.
Anthony Requin, directeur général de l'AFT (Agence France Trésor)
1/L’épisode tendu de négociation tout au long du premier semestre sur le programme grec, ou encore la volatilité des marchés au cours des deux brusques épisodes de remontée des taux en mai et juin avec une hausse de près de 100 points de base au total pour le 10 ans. Mais surtout, je ne m’attendais pas à la nouvelle rechute qui s’est produite sur les marchés du pétrole et des matières premières, sur fond de ralentissement des économies asiatiques au tournant de l’été, qui, affectant les anticipations de croissance et d’inflation, a conduit à un ajustement des politiques monétaires de part et d’autre de l’Atlantique, dans le calendrier des décisions ou dans le contenu même de celles-ci s’agissant de la BCE en particulier.
2/Le projet de loi de finances déposé en octobre retient une hypothèse prudente : une remontée dynamique des taux à court et long termes (avec un taux à 10 ans en moyenne à 1,9% au cours de l’année 2016), qui impacte lentement la charge de la dette compte tenu de la maturité élevée (plus de 7 ans) de cette dernière. Cette remontée des taux est cohérente avec l’accélération attendue de la croissance en France et un rebond de l’inflation, générant une croissance plus dynamique du PIB nominal. Depuis, nous avons enregistré des évolutions plus faibles des taux français, notamment au vu de la décision prise par la BCE début décembre d’allonger la durée du programme d’achats de titres publics.
Nicolas Rousselet, président Directeur général du Groupe G7
1/Le succès de la conférence sur le climat COP 21 car il marque une étape inédite dans la prise de conscience internationale en faveur du développement durable. Avec cet accord, les pays du monde entier ont signé leur entrée dans une nouvelle ère, celle d'une croissance économique respectueuse de l'environnement, un sujet crucial sur lequel les taxis français et européens se sont récemment mobilisés via le programme Taxis4smartcities.
2/En 2016, le monde sera de plus en plus plat, les villes de plus en plus interconnectées et il faudra en profiter ! 1,6 milliard d'objets connectés alimenteront par exemple les villes intelligentes l'an prochain ce qui ne manquera pas d'offrir de formidables opportunités en matière de transport, d'habitat ou encore d'éducation.
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