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Fed : des marchés rassurés, mais pas tout à fait
Jerome Powell a repris le subtil jeu d’équilibriste opéré en son temps par Janet Yellen, comme en témoigne le compte-rendu de la réunion de politique monétaire de la Fed. Mercredi, la banque centrale américaine a ainsi laissé ses taux directeurs inchangés comme prévu, entre 1,5% et 1,75% et a acté la reprise de l’inflation, tout en se laissant des gages de flexibilité. « Sur 12 mois, l'inflation globale et l'inflation des biens hors alimentation et énergie se sont toutes deux rapprochées des 2%, a finalement indiqué la Fed. A moyen terme, l'inflation devrait évoluer autour de l'objectif symétrique du comité de 2% », a-t-elle constaté. Cette phrase pourrait paraître anodine, car elle rend compte des dernières statistiques, où l’indice des prix à la consommation a grimpé de 2% en rythme annuel, en mars, et l’inflation core de 1,9%. Mais un mot a retenu l’attention des économistes : « le fait que la Fed qualifie maintenant l’inflation cible de 2% comme ‘symétrique’ pourrait indiquer que la banque centrale pourrait laisser les prix dépasser légèrement », selon Thomas Julien, économiste chez Natixis.
De fait, les signes pointant une accélération de l’économie ne peuvent être ignorés, et devraient se confirmer. « Le rapport sur l’emploi devrait montrer un taux de chômage tombant à 4% - un plus bas de 18 ans – et les études économiques soulignant de plus en plus un goulet d’étranglement de l’offre, nous voyons des risques haussiers sur l’inflation », rapportent les économistes ING, qui ajoute que « l’indice des prix à la consommation la semaine prochaine devrait pencher à la hausse et nous voyons une réelle possibilité d’une inflation orientée vers les 3% d’ici cet été, et la core inflation dépasser 2,5% », anticipe la banque néerlandaise.
Ce communiqué a sans surprise pesé sur la Bourse, le Dow Jones ayant clôturé en baisse de 0,6% mercredi, mais les Treasuries américains ne se sont pas renforcés pour autant, le 10 ans restant sous la barre des 3% (à 2,97%). « Cela peut illustrer une pointe de déception que la Fed n’ait pas été plus optimiste sur l’économie et la menace de l’inflation », propose ING, qui estime pourtant que la Réserve Fédérale ne pouvait pas vraiment se montrer confiante, car il peut se passer encore beaucoup de choses d’ici à la réunion de juin, date probable de la prochaine hausse des taux.
Quoi qu’il en soit, la tendance reste celle d’une Fed de plus en plus agressive, qui devrait remonter ses taux au moins trois fois cette année, voire quatre si la majorité des membres s’inverse – une option évaluée à 49% par le marché aujourd’hui, notamment avec l’impact de la réforme fiscale sur la croissance et l’inflation. A cet égard, les minutes de cette réunion seront intéressantes à examiner, même si les membres semblent ne pas avoir changé drastiquement d’avis.
Ce sont donc les anticipations qui tirent la hausse du taux à 10 ans : « plus de la moitié des 80 points de base de hausse des Treasuries depuis septembre dernier, peut être attribuée à la hausse des rémunérations. Le reste a été tiré par la croyance que la Fed allait resserrer sa politique de façon plus agressive (…) Nous anticipons que le rendement va encore augmenter lorsque la banque centrale va appuyer plus fort sur les freins pour empêcher la hausse continue de l’inflation », analyse Capital Economics. Sous réserve d’un événement exogène qui perturbe le calendrier de la Fed, comme un brusque revirement des marchés ou encore l’escalade des tensions commerciales, qui n’est pas à exclure.
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