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Michel Barnier revient à la charge sur la question irlandaise
Michel Barnier n'a pas mâché ses mots ce matin, lors d'une conférence de presse à Dundalk, ville à la frontière entre les deux Irlande, entamant ainsi un voyage de deux jours dans le pays, pour en convaincre les représentants de trouver une solution concernant la frontière irlandaise dans le contexte du Brexit. "Le cadre de l'accord doit contenir une solution claire et opérationnelle concernant l'Irlande", a déclaré le négociateur en chef du Brexit. "Tant que nous n'aurons pas atteint cet accord, il y a un risque que ces négociations n'aboutissent pas". Pour l'instant, l'accord temporaire décrivant la période de transition, sur laquelle l'UE et britanniques se sont entendus fin 2017, précise qu'en attendant une meilleure solution, un espace réglementaire commun incluant l'Irlande et l'Irlande du Nord serait mis en place.
Une solution que le parti unioniste d'Irlande du Nord refuse totalement, comme l'a rappelé ce matin la leader du DUP Arlene Foster. "Michel Barnier se présente souvent comme quelqu'un de très attaché à la question nord irlandaise mais si cela est vraiment le cas, il doit entendre notre point de vue. A savoir que l'Irlande du Nord fait partie du Royaume-Uni d'un point de vue constitutionnel, économique et politique", a martelé la chef du parti unioniste. Qui a reproché au représentant de l'UE de ne pas comprendre la position nord irlandaise. Notamment en raison de sa proposition de réinstaurer une frontière en mer irlandaise, avec les deux régions dans le même espace économique post-Brexit.
Le gouvernement de Theresa May a bien présenté il y a dix jours deux alternatives à celle décrite dans le compromis de décembre (un partenariat douanier avec l'UE ou un accord douanier simplifié). Mais la Commission les a toutes les deux rejetées, arguant qu'elles étaient trop onéreuses et n'empêcheraient pas le rétablissement d'une frontière physique entre les deux parties de l'île. Barrière que toutes les parties veulent éviter, après des décennies de guerre civile sur le sujet. Michel Barnier doit justement se rendre demain, en compagnie du ministre des affaires étrangères irlandais, et de membres du parti Sinn Fein (principal parti d'Irlande), à Derry en Irlande du Nord, qui représentera l'unique poste frontière physique entre le Royaume-Uni et l'UE post-Brexit, et qui constitue donc l'un des points chauds de la bataille sur le sujet. Les membres du DUP ont d'ailleurs déjà accusé Michel Barnier de ne s'entretenir demain qu'avec des représentants de la République d'Irlande...
En termes de calendrier, Michel Barnier a rappelé ce matin que le Royaume-Uni devrait avoir trouvé une solution d'ici au sommet de juin, où les dirigeants européens devront se prononcer sur le sujet. Sans solution sur la question irlandaise, la suite des négociations sur l'avenir des relations commerciales entre l'UE et le Royaume-Uni sera bloquée, a prévenu le négociateur en chef.
Theresa May a d'autant plus besoin de trouver une solution qui convienne au Nord et au Sud que sa majorité au Parlement dépend du DUP, avec qui elle s'est alliée après avoir perdu la majorité aux législatives en juin 2017. Mais la Première Ministre est de plus en plus fragilisée au sein de son gouvernement et de son propre parti, alors que sa première ministre Amber Rudd a été contrainte de démissionner hier soir. C'est le quatrième départ forcé d'un ministre du gouvernement en six mois, soulignent les médias britanniques. Sachant que la démission d'Amber Rudd est directement liée au Brexit, puisque la ministre est accusée d'avoir menti sur les quotas d'immigrés reconduits à la frontière. Un document officiel publié par le Guardian a ainsi d'abord montré que la ministre avait menti en affirmant qu’il n’existait pas d’objectifs chiffrés en matière de reconduites à la frontière avant de publier hier une lettre adressée en janvier 2017 par Mme Rudd à la Première ministre, lui promettant une augmentation de 10 % du nombre des éloignements forcés «dans les prochaines années ».
Assez symboliquement, la Première Ministre a nommé ce matin un nouveau ministre de l'Intérieur, issu de l'immigration pakistanaise, Sajid Javid, clairement pro-Brexit et anti européen. Dans un tweet publié sur son compte la semaine dernière, cet ancien banquier d'affaire a ainsi déclaré : "les citoyens britanniques ont donné des instructions claires lors du référendum, et notamment de quitter l'union douanière, qui fait intrinsèquement partie de l'UE. Le Royaume-Uni doit quitter l'union douanière et être capable de négocier ses propres accords commerciaux". Sa nomination, un jour après la démission de la pro-Brexit Amber Rudd, ne devrait donc qu'accentuer la ligne "dure" adoptée par Theresa May concernant l'union douanière. Ce qui ne devrait pas aider le gouvernement à trouver une solution pour l'Irlande...
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