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Macro-économie
Les mauvaises nouvelles s'accumulent en Russie
Si le président Poutine a dressé un tableau plutôt flatteur de l'économie de son pays hier soir, à l'issue de la rencontre à Versailles avec Emmanuel Macron, la réalité est nettement moins reluisante, selon une étude de la Coface publiée hier. Certes, entre 1999 et 2008, la Russie a surclassé de nombreux pays industrialisés avec un taux de croissance annuel moyen de 7%, profitant de ses ressources pétrolières qui se vendaient alors à un bon prix sur le marché. Mais à partir de 2008, le pays s'est effondré, plombé par la chute du prix du baril et la forte dépendance de l’économie russe au secteur extractif, plongeant le pays dans une récession. Un schéma qui se répètera courant 2010. Conscientes de ces difficultés, les autorités russes prennent aujourd’hui la direction d’une diversification de l’économie et visent, grâce à ces mesures, un taux de croissance annuel minimum de 5% à l’horizon 2020-2025. Les choses semblent pourtant plutôt mal parties au regard des lacunes structurelles que le pays a accumulées et de facteurs plus conjoncturels qui viennent s’y greffer.
Premièrement, la population russe vieillit. Depuis près d’une décennie, la population en âge de travailler (15-64 ans) diminue de manière préoccupante et d’après les estimations de la Coface, l’immigration d’Asie centrale qui alimente déjà le marché du travail russe ne sera pas suffisante pour combler cette pénurie de main d’œuvre. D’autre part, les investisseurs étrangers mais aussi locaux semblent réticents à l’idée d’injecter des capitaux dans l’économie. Preuve de ce constat, une baisse drastique des IDE – de l’ordre de -70% par an en 2014 et 2015- et une fuite des capitaux privés russes - de près de 630 milliards de dollars entre 2008 et 2015- qui ont préféré aller se réfugier vers des valeurs plus sûres. Pour l’expliquer, la Coface pointe du doigt les lacunes de la Russie en matière de gouvernance et de législation qui limitent l’attrait des investisseurs. D’après les données de la Banque Mondiale, le pays a perdu 12 places dans le classement de Transparency International entre 2015 et 2016, un indicateur qui agrège des données sur la qualité de la réglementation, la liberté et la corruption.
A ces contraintes structurelles s’ajoutent des circonstances aggravantes qui rendent d’autant moins propice le regain d’activité tant espéré par le chef du Kremlin. D’abord, les sanctions de l’UE contre la Russie à la suite du conflit ukrainien bloquent les possibilités externes de financement public notamment pour l’exploitation de futurs gisements ou encore pour l’accès à des techniques étrangères d’extraction bien plus productives. Ces mesures frappent aussi le secteur privé, une dizaine d’entreprises des secteurs de l’énergie, de la défense et de la finance sont interdites d’accès au marché de l’UE. Ces sanctions, qui avaient été prises en 2014 ont été prolongées jusqu’à juillet 2017 et s’ajoutent à la série de mesures restrictives spécifiquement liée à la Crimée dont l’annexion en mars 2014 par la Russie a été jugée illégale par l’UE. Finalement, le manque de financements qui en découle ralentit la croissance de la production. D’après la Coface le taux d’utilisation du capital est aujourd’hui de l’ordre de 66% et ne parviendra pas au-delà de 70%. La productivité du travail n’est pas non plus très élevée : elle est près de sept fois inférieure à celle des Etats-Unis et cinq fois inférieure à celle de l’UE à 28. Un constat alarmant pour l’avenir.
S’ajoute à ceci, la mise en place d’un nouveau système de change flottant qui a accentué la volatilité du rouble. Selon une étude publiée par Deloitte en 2016, les risques de dépréciation du rouble, les lacunes en termes de réglementation et enfin les risques géopolitiques démotivent fortement la création de richesse. Tout n’est néanmoins pas perdu. En effet, la dépréciation du rouble a favorisé les exportations et a permis à quelques secteurs de tirer leur épingle du jeu via un système de substitution aux importations. C’est notamment le cas du secteur de l’agro-alimentaire, de la chimie et du textile mais aussi du secteur automobile puisque les ventes ont légèrement augmenté en 2017 et les estimations sont à la hausse pour le reste de l’année. Enfin, alors que l’activité s’est contractée de -2,8% en 2015 et -0,2% en 2016, la Coface prédit un taux de croissance de 1% pour 2017. Si le taux devrait redevenir positif, le pays est donc encore loin du regain d’activité espéré.
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