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Moody's dresse un tableau mitigé de la France

Dans son étude annuelle sur la France, l'agence de notation souligne les faiblesses structurelles du pays et notamment la rigidité de son marché du travail et un système de retraites parmi les plus coûteux d'Europe. L'agence reconnait cependant les efforts réalisés pour remédier à certains de ces challenges, et maintenu la note du pays à Aa2 assortie d'une perspective stable.
Arc de Triomphe -Paris - France
Arc de Triomphe -Paris - France

C'est un tableau de la France en demi-teinte que Moody's a rendu cet après-midi, lors de la publication de son étude annuelle sur le pays. L'agence a ainsi analysé la qualité de crédit de l'Hexagone à la lumière de quatre paramètres différents, la force économique du pays, sa force à l'international, son équilibre fiscal et sa sensibilité aux risques extérieurs. Si les analystes de Moody's ont maintenu la note de la France à Aa2 assortie d'un outlook stable, ils ont cependant souligné les faiblesses structurelles propres au pays et qui devraient continuer de peser sur ses perspectives de croissance à long terme.

Le PIB de long terme ne devrait en effet pas dépasser les 1,5%, à moins que la France ne mette en place les réformes nécessaires à un redémarrage réel de son économie. "La reprise a été beaucoup plus lente que dans les autres pays", soulignent ainsi les économistes de Moody's, en raison de la perte de compétitivité de la France et d'une perte de vitesse latente depuis 2008. Et les analystes de rappeler que la croissance a atteint 0,5% seulement sur la période 2012-2014, notamment en raison de la faible confiance des acteurs économiques du pays. Si l'économie s'est reprise en 2015, c'est en grande partie grâce au soutien de la consommation, estime l'agence, qui prévoit 1,3% de croissance pour cette année, et 1,2% seulement l'an prochain.

"La compétitivité du pays est minée de longue date par des rigidités structurelles sur le marché du travail et des biens et services, bien que le gouvernement fasse des efforts pour affronter ces défis", expliquent les analystes. La France est ainsi située à la 22eme place sur 140 dans le classement de compétitivité établi par le Forum de Davos.  Principal facteur de ce classement médiocre, la dualité de son marché du travail, estime l'agence. Et Moody's de déplorer des CDI surprotégés qui empêchent la fluidité du marché et découragent les entreprises d'embaucher, et des CDD beaucoup moins protégés. L'agence souligne également une durée du temps de travail "beaucoup plus courte qu'ailleurs". Mais reconnait tout de même les différentes réformes mises en place par les autorités depuis deux ans et demi pour tenter de remédier aux faiblesses structurelles françaises : l'agence cite notamment le pacte de responsabilité, le pacte de croissance et de compétitivité, la loi Macron..." Nous reconnaissons la volonté grandissante des dirigeants et des citoyens français pour régler certains des challenges structurels qui remettent en cause la croissance et l'équilibre fiscal du pays", expliquent les analystes.

Du point de vue budgétaire justement, l'agence rappelle que la France a été en procédure de déficit excessif de 2003 à 2007, puis de nouveau depuis 2009. La France n'en est toujours pas sortie, après avoir obtenu deux fois de suite un délai supplémentaire. Certes, le pays bénéficie sur ce sujet, d'une charge des intérêts de la dette relativement peu élevée, représentant 3,8% des revenus de l'Etat, contre 6% pour le Royaume-Uni ou 7,4% pour les Etats-Unis. Mais la France jouit par ailleurs d'un niveau de revenus plus élevé que dans le reste de l'Europe par exemple, puisqu'ils représentent 53,4% de son PIB contre 38,8% pour l'Allemagne. "La consolidation fiscale est lente et le poids de la dette pourrait s'alourdir en cas de crise de défiance des investisseurs dans le pays", prévient Moody's.

Au chapitre des dépenses de l'Etat, l'agence met aussi en exergue la douloureuse question des retraites, qui représentaient près de 15% des dépenses publiques en 2013. Si la durée de cotisation devrait progressivement être allongée et passer de 41,75 années en 2020 à 43 ans en 2035, le gap de financement représentera tout de même 0,2% du PIB en 2020, qui devra être compensé par des cotisations complémentaires.

L'agence note en revanche une sensibilité moindre de la France aux risques extérieurs, à la fois en raison de sa faible dépendance aux exportations, comparé à certains autres grands pays d'Europe, et grâce à un accès facile à son marché de la dette, détenue à 56% par des non résidents. "La France reste la sixième plus grande économie au monde, elle possède de très belles entreprises à forte valeur ajoutée, ses ménages sont peu endettés et son secteur bancaire est sain", concluent les analystes de l'agence, qui justifient ainsi la note honorable du pays. Mais malgré cette économie riche et diversifiée, les modestes perspectives de croissance du pays à long terme et son taux d'endettement public élevé représenteront des challenges que le pays devra affronter s'il ne veut pas se faire dépasser par d'autres Etats européens qui ont mis en place les réformes structurelles nécessaires.

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