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En Europe comme aux US, les activistes sont aux aguets

Plusieurs activistes ont obtenu gain de cause ces derniers mois : en France, TCI a réussi à amender la fusion Zodiac-Safran, tandis que l’intervention de Jana Partners a facilité la vente de Whole Foods à Amazon. En entrant chez Nestlé, Third Point démontre qu’ils voient désormais très grand.
Dan Loeb, Third Point
Dan Loeb, Third Point

 Il fut un temps où la seule activiste française s’appelait Colette Neuville. La présidente de l’Adam, qui vient de fêter ses 80 printemps, n’a pas ménagé ses batailles depuis trente ans. Mais elle est aujourd’hui concurrencée par l’arrivée de investisseurs activistes, une espèce anglo-saxonne habituée à prendre position dans une entreprise cotée, et à faire du remue-ménage pour améliorer leur rendement, via des cessions d’actifs, des plans de réductions de coûts ou de rachats d’actions.

En France, l’exemple récent le plus frappant est celui de SoLocal, qui a vécu de multiples rebondissements sur fond de restructuration financière difficile. Les actionnaires minoritaires, parmi lesquels l’activiste Amber Capital, ont obtenu la démission du président le 13 juin dernier, juste après celle du directeur général.

Comme Amber Capital, les activistes européens n’hésitent plus à se lancer à l’assaut de grands groupes français, y compris dans le cadre de leurs projets de fusion. Ainsi le fonds TCI a ferraillé pendant quatre mois pour s’opposer au deal franco-français de l’année : le projet de rachat de Safran par Zodiac pour 8,6 milliards d’euros. Il a obtenu de l’acquéreur qu’il révise à la baisse de 15% son offre, après un énième retard de livraison de la part de la cible. Mais cela n’a pas été jugé suffisant pour l’actionnaire jusqu’au-boutiste, qui est néanmoins resté opposé à cette opération jusqu’à la fin, réclamant un geste sur la rémunération des dirigeants.

En France, outre les augmentations de capital dilutives pour l’actionnaire, c’est la question de la rémunération, avec le fameux « say on pay », qui fait beaucoup de remous lors des assemblées générales, notamment chez Renault et Alstom cette année. Et CIAM, une société de gestion alternative emmenée par deux femmes, a pris la main sur plusieurs dossiers d’envergure dans les derniers mois, comme Club Med, SFR ou encore Canal Plus. Pionnière de l’activisme actionnarial dans l’Hexagone, elle prend le relais des sociétés de conseil en vote passives, comme ISS ou PhiTrust.

Si l’activisme se veut davantage moralisateur dans le Vieux Continent, il peut être beaucoup plus direct et brutal aux Etats-Unis. Les activistes n’hésitent pas à rappeler les corporates à leur mission première : optimiser le retour aux actionnaires, quitte à favoriser une vision court-termiste. L’affrontement avec le dirigeant peut être violent : ainsi, John Mackey, le patron fondateur de Whole Foods, n’a pas hésité à qualifier Jana Partners, qui était entré au capital de sa société, de « connards avides ». Mais la tactique est efficace, et le dirigeant a fini par étudier une alliance inédite avec Amazon pour transformer la distribution agroalimentaire. Et si le numéro un de la cible rechigne à opérer des changements, il peut être rapidement poussé vers la sortie, quelle que soit son ancienneté. Jeff Immelt, le président de General Electric pendant 16 ans, en a fait les frais ce mois-ci, poussé vers la sortie par Trian Fund.

Aucune proie n’est trop imposante ou complexe pour les activistes, comme en témoigne le dernier pari très osé de Dan Loeb chez Nestlé. Outre les habituelles cessions de marques et emprunts pour financer du dividende, ce dernier a formulé une requête de très grande ampleur : vendre le bloc de 23% dans l’Oréal, un reliquat des années 70, lorsque Liliane Bettencourt était allée chercher le suisse pour contrer des intérêts étrangers. Cette participation vaut déjà 24 milliards d’euros en Bourse, grâce à une hausse de 50% depuis trois ans, et ce prix pourrait encore grimper si les spéculations perdurent. Si elle devait se concrétiser, cette cession constituerait sans aucun doute une très belle opération financière pour Nestlé. Mais plus encore que cela, le nouveau CEO devra démontrer sa capacité à utiliser ce trésor de guerre pour, lui aussi, inventer son métier de demain.


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