Private Equity / Private equity
Private Equity
Private equity
Le retail, un pari quitte ou double pour le private equity en France
Deux jours seulement après l’annonce selon laquelle Vivarte allait supprimer 1600 emplois chez La Halle et André, les deals de retail continuent d'aller bon train dans le private equity. Aujourd’hui, c’est LBO France qui met la main sur IKKS, une marque de vêtements pour adolescents appartenant au groupe Zannier, spécialiste de la mode pour enfants. Le propriétaire familial, qui détient également Catimini, Kenzo Kids ou Levi’s Kidswear, avait déjà mis en vente cet actif l’an passé mais n’avait pas obtenu le prix de 600 millions d’euros espéré. Après un refinancement, la valorisation retenue serait comprise entre 500 et 600 millions d’euros, selon les Echos, soit environ 9 fois l’Ebitda de la cible.
Le prix semble raisonnable au regard des multiples atteints lors de récents LBO sur des marques prisées du retail. LBO France est déjà actionnaire de The Kooples, dont il a pris 20% en 2011 pour 250 millions d’euros, soit 10 fois son Ebitda. Un pari d’ores et déjà gagnant puisque la marque chic et branchée pour jeunes couples a multiplié les ouvertures de boutiques, notamment à l’international, et génère désormais 220 millions d’euros de revenus, contre 100 millions en 2011, pour 38 millions d’euros d’Ebitda.
L’expérience rappelle le succès sans conteste connu par le groupe SMCP qui regroupe Sandro, Maje et Claudie Pierlot, et a fait les affaires de L Capital et Florac, le fonds de Louis Dreyfus. Ces derniers avaient pris 51% de la société appartenant à ses deux fondatrices en 2010, alors que les trois marques ne représentaient ensemble que 180 millions d’euros de chiffre d’affaires. A peine deux ans et demi plus tard, ils l’ont revendu à KKR au terme d’un processus d’enchères très compétitif, où les dirigeants ont très bien réussi à tirer leur épingle du jeu. Le fonds avait ainsi repris 65% du capital, le reste appartenant aux créateurs, sur un prix de 650 millions d’euros, soit 11 fois son Ebitda. Il faut dire que dans un marché du LBO où les cessions n’étaient pas encore légion, l’actif était particulièrement attractif : le chiffre d’affaires avait plus que doublé à près de 400 millions d’euros en 2012, et devait atteindre 500 millions à fin 2014. Le fonds de Bernard Arnault en a ensuite profité pour réinvestir dans Ba&Sh en début d'année, afin de réitérer ce beau succès.
Eurazeo s’est lui aussi pris au jeu du retail. Après une expérience très réussie avec les doudounes de luxe Moncler, qui ont fait l’objet d’une IPO à la Bourse de Milan fin 2013, la holding d’investissement cotée a pris trois mois plus tard une participation de 10% au sein de la marque espagnole de vêtements Desigual pour 285 millions d’euros, soit plus de 11 fois son Ebitda. L’objectif est là encore d’accompagner son développement à l’international, multiplier les ouvertures de points de vente afin de booster les revenus, dans un métier où les sociétés bien positionnées n’ont aucun mal à les convertir en cash –Desigual dégage ainsi une marge d’Ebitda de 29%.
Or, d’autres actifs plus bas de gamme, ou pas assez diversifiés, ont de leur côté pâti de la crise et la chute de la consommation. Apax Partners, qui détenait 40% de la marque de vêtements Morgan depuis 1998, a été contraint de la placer en redressement judiciaire en 2008. Vivarte (Naf Naf, André, Minelli, La Halle) est bien sûr aussi un archétype du LBO raté, où l’endettement contracté par le groupe avant la crise s’est retourné contre lui lorsque les ventes ont commencé à faiblir, et Charterhouse a fini par perdre sa mise aux profits des fonds créanciers il y a quelques mois. Enfin, Gérard Darel, pourtant lui aussi positionné sur le luxe accessible et repris par Advent International en 2008, a payé cher sa trop forte exposition à la France, et va être vendu à des créanciers et/ou des investisseurs tiers. Preuve que dans le retail plus encore que partout ailleurs, la clé d’un deal réussi passe par une internationalisation à marche forcée pour le private equity.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

