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Face aux populismes, Mario Draghi adopte un ton grave

Optimiste sur la croissance et l’inflation, le président de la BCE rejette pourtant l’idée de ralentir le "tapering". Il a martelé les bienfaits de la politique monétaire européenne, dans une Europe confrontée à des échéances électorales majeures.
Mario Draghi
Mario Draghi

Comme nombre de citoyens français, Mario Draghi doit lui aussi avoir les yeux rivés sur les sondages des présidentielles françaises – même si ces derniers ont démontré leurs limites lors des dernières élections, aux Etats-Unis comme lors des primaires de la droite. C’est aussi la raison pour laquelle il s’est attaché à avoir à la fois un discours optimiste sur la situation économique, estimant que les risques de déflation s’étaient éloignés - sans que la pression à la hausse ne se soit encore matérialisée. Ainsi, si elle a atteint l’objectif de la BCE à 2% en février, les experts s’accordent à penser que cela ne durera pas, d’autant que le pétrole a chuté sous la barre des 50 dollars ce jeudi, pour la première fois depuis fin novembre. L’institution basée à Francfort a ainsi révisé ses prévisions d’inflation nettement à la hausse, à 1,7% cette année et 1,8% en 2018 (contre 1,3% et 1,5%).

S’il a indiqué que la balance des risques sur la croissance était désormais plus équilibrée, il a nié toute discussion sur une sortie plus rapide du QE. Le calendrier est donc respecté pour le moment, la BCE devrait ramener ses achats d’actifs mensuels de 80 à 60 millions d’euros mensuels. « Le ton du Q&A était plus ’hawkish’ que le discours d’introduction et que le consensus du marché. Ainsi, la probabilité d’un nouvel assouplissement monétaire s’est matériellement réduite », commente Marilyn Watson, responsable monde de la stratégie fixed income fondamentale chez BlackRock.

Si le contexte pourrait inciter la BCE à accélérer le calendrier de la normalisation monétaire, il lui est difficile d’ignorer les élections à venir en France, et le risque systémique qu’elles représentent pour l’Europe en cas de victoire de Marine Le Pen. Mario Draghi a montré qu’il était conscient des enjeux en cours avec les élections à venir en Europe (législatives aux Pays-Bas, présidentielles en France) et s’est attaché à défendre sa mission. Il a également estimé qu’il serait beaucoup plus difficile de mener une Union Européenne dont certains pays ne garderaient pas la monnaie commune (allusion au programme du FN), et a martelé : « l’euro est ici pour durer ».

Par ailleurs, Super Mario est confronté à une différence de timing avec la Fed, qui veut accompagner la reprise et relever à nouveau ses taux dès le mois de mars, ce qui pourrait renchérir les taux en Europe par symétrie. Sans parler des risques géopolitiques que pose une stratégie protectionniste qui remettrait en cause les grands traités de libre-échange, par l’administration Trump. Le président de la BCE est ainsi contraint de jongler avec un partenaire américain plus incertain que jamais, et un décalage entre les économies des pays membres, où l’Allemagne caracole en tête avec une inflation à un rythme annuel de 2,1% en janvier.

« Lors des prochaines réunions (…) l’inflation sera clairement à l’ordre du jour dans la mesure où la BCE s’est montrée prête à ignorer les récents pics d’inflation. L’amélioration de l’inflation fondamentale viendra-t-elle en fin de compte d’une plus forte croissance et d’une baisse du chômage ? Ce sera la surprise du second semestre », analyse Antoine Lesné, directeur de la stratégie SPDR ETF de State Street Global Advisors. En attendant, les taux s’ajustent en Europe, mais les tensions restent bien plus importantes en France, où les OAT à 10 ans français ont gagné 58 points de base depuis début novembre, à 1,08%, contre 29 pb pour les Bunds allemands, à 0,42% jeudi.

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