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Shutdown américain: le casse-tête des républicains

Les républicains sont échaudés par le texte de loi d'Obama sur l'immigration et veulent faire entendre leur voix à travers le vote sur le budget. Mais sauf à provoquer un nouveau shutdown et une crise politique, leurs options sont limitées.
Congrès US - Washington
Congrès US - Washington

John Boehner, chef de file républicain à la Chambre des Représentants, l'a reconnu lui-même: "nous sommes sans aucun doute enfermés dans une boîte, dans une position difficile". Ce dernier a ainsi avoué à demi-mot que Barack Obama avait gagné le premier round de la bataille sur l'immigration. Celle-ci a commencé au lendemain des élections de midterm de novembre, qui se sont révélées calamiteuses pour le parti démocrate et se sont soldées par le basculement du Sénat coté républicain. Dans la dernière ligne droite de son deuxième mandat, le Président a alors annoncé un "order", une forme d'ordonnance, pour geler toute procédure envers les immigrés illégaux vivant depuis au moins cinq ans aux Etats-Unis, et permettre à ceux qui n'ont pas de casier judiciaire de travailler dans le pays.

Une provocation qui a provoqué l'ire du camp républicain, partisan de politiques plus strictes en matière d'immigration. Mais le timing joue en leur défaveur: le Sénat reste à coloration démocrate jusqu'à la fin de l'année, ce qui signifie qu'ils ne peuvent faire voter une loi visant à réfuter le texte du Président pour le moment. A côté de cela, le temps presse pour boucler les négociations sur le budget, avant la date butoir du 11 décembre qui provoquerait un nouveau "shutdown", c'est-à-dire l'arrêt de l'ensemble des administrations publiques. Or, une telle paralysie a déjà coûté 24 milliards de dollars et un point de croissance aux Etats-Unis l'an passé selon Standard & Poor's, et est bien entendu très mal perçue de l'opinion publique. Les républicains ne peuvent donc se permettre de se placer dans une position de blocage forcené, d'autant qu'ils auront les mains libres dès l'année prochaine.

Conscient de cette problématique, John Boehner a proposé à ses collègues républicains un plan en deux temps: tout d'abord, voter en Chambre des Représentants un projet de loi symbolique visant à démanteler le texte d'Obama sur l'immigration, puisqu'il ne passera pas au Sénat encore à majorité démocrate. Ensuite, approuver le budget des administrations pour la prochaine année fiscale se terminant fin septembre 2015, sauf celles qui mettront en oeuvre la loi sur l'immigration, comme le Department of Homeland Security, qui ne serait financée qu'à court terme. Les Républicains attendraient alors d'avoir pris le contrôle des deux chambres, en début d'année prochaine, pour prendre de nouvelles décisions sur les politiques de ces agences sur l'immigration.

La position est stratégique: éviter un climat de crise, notamment sur les marchés financiers, donner une image de bonne volonté et arriver au pouvoir dans les meilleures conditions. "Nous allons avoir la majorité dans les deux chambres dans trois semaines, ce sera la majorité républicaine la plus forte depuis 90 ans. Nous devons nous en servir de manière constructive", a ainsi déclaré Dennis A. Ross, républicain élu de Floride.

Mais cela ne contente pas tout le camp républicain, loin s'en faut. Les plus conservateurs prônent un vote de censure sur le budget d'ici la fin de l'année ou un gel total du financement pour l'immigration. Ils veulent en tout cas une réponse plus agressive à la mesure décidée par Obama, considérée comme anticonstitutionnelle. Une autre voie serait celle du recours en justice, que les républicains étudient encore. En attendant, le porte-drapeau des républicains doit absolument convaincre la majorité de ses membres de l'intérêt de ce projet de loi, qui pourrait être voté dès jeudi, et recourir aussi peu que possible aux voix des démocrates. La meilleure manière d'affirmer son autorité sur un camp soudé avant de prendre définitivement les clés du Congrès.


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