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François Hollande rattrapé par la bataille contre le chômage
par Yves de Kerdrel

Le Président de la République, qui espérait voir sa popularité remonter, dans le sillage de l'intervention armée au Mali, se voit rattrapé par la bataille contre le chômage dont les chiffres sont dramatiquement historiques. L'annonce de nouveaux plans sociaux et une révision à la baisse de la croissance française rendent impossible l'inversion de la courbe du chômage.
27/01/2013 - 08:13 Temps Lecture 9 mn.
C'est à nouveau la panique à l'Elysée où l'on constate, de tous côtés, une nouvelle dégradation des indices de confiance de l'opinion envers le pouvoir. L'union nationale qui s'était faite autour de l'intervention militaire au nord du Mali commence à se fissurer. D'autant plus que pour 60 % des français cette opération n'a pas changé en bien l'image de François Hollande. Et tous les communiquants de l'Elysée, à commencer par Claude Sérillon, doivent être très déçus, eux qui s'employaient à diffuser à tous les journaux des photos du Président de la République au poste de commandement militaire, ou bien en chef de guerre dans le bureau réservé à cela au milieu de l'avion présidentiel. Puisque seulement 19 % des français pensent que cette décision d'intervenir au Mali a changé en bien l'image de François Hollande. Là dessus est venue se greffer le triste anniversaire du Traité de l'Elysée, dont les images ressemblaient à celles d'un enterrement. De la bouche même de parlementaires de tous bords conviés à cette célébration, les discours étaient lénifiants et sans aucun enthousiasme. Le repas, agrémenté de "paupiettes à l'allemande" a forcé l'ensemble des participants à faire une sieste lors des discours. Il ne manquait plus qu'une marche funèbre. Surtout au moment même où David Cameron annonçait son intention de faire un référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l'Europe d'ici à 2017, à condition qu'il soit réélu en 2015. UN AXE BERLIN-LONDRES Deux jours plus tard, à Davos, Angela Merkel a quasiment donné raison au Premier Ministre britannique sur le fait que l'Europe ne fait rien pour devenir plus compétitive, qu'elle reste enfermée dans un vieux modèle de protection sociale coûteuse, et qu'elle est incapable de se faire aimer des européens, en raison du poids de la technostructure bruxelloise qui donne le sentiment à chaque citoyen que son destin lui échappe complètement. Tout le monde a bien compris qu'un axe Berlin-Londres était en train de se dessiner aux dépens de Paris. Et cela d'autant plus que l'attitude arrogante de François Hollande, à l'égard tant de Angela Merkel, que de David Cameron, ne permet pas de redessiner les contours d'une Europe à partir de ses trois principales puissances économiques. Là dessus sont venus se rajouter les chiffres du chômage pour l'ensemble de l'année 2012 qui ont fait apparaître 284.600 demandeurs d'emploi de plus en l'espace d'un an. Et cela malgré un mois de décembre moins pire que les autres, puisque le nombre de chômeurs n'a augmenté que de 3.700 personnes. Il reste qu'il s'agit de la vingtième hausse consécutive. Si bien que sur le front de l'emploi cette année 2012 restera la pire, à statistiques constantes, de l'histoire économique française. Les principales victimes de cette année noire auront été les 50 ans et plus, dont le nombre a grimpé de 16,9 % en un an. Les hommes (+11,7 %) auront été touchés plus durement que les femmes (+8,2 %). Le chômage de longue durée a explosé de 12,5 %, et même de 18,6 % pour les demandeurs d'emploi inscrits depuis plus de trois ans. LE FAUX-PAS DE LA COFACE Curieusement les médias ont passé sous silence le fait que le ralentissement de la hausse en décembre est d'abord dû à un mystérieux bond des radiations administratives de 24,5 % en un mois, soit 9.200 personnes radiées en plus qu'en novembre. Les cessations d'inscription pour défaut d'actualisation progressent aussi fortement (+5,9 %). Tout cela rend de plus en plus difficile le pari de François Hollande d'inverser la courbe du chômage dans le courant de l'année. D'abord parce que pour arrêter - simplement - de détruire des emplois, il faudrait une croissance économique de 1,7 %. Du moins c'est ce qu'estiment la plupart des économistes. Même si en petit comité, Pierre Moscovici a estimé récemment qu'il suffisait d'une croissance de 1,2 %...! Il reste que cette semaine le FMI a revu à la baisse sa prévision de croissance pour la zone Euro et pour la France en ne comptant plus que sur une hausse de 0,3 % du PIB. Alors que le gouvernement campe sur son estimation de 0,8 %. Mais le comble - faut-il en rire ou en pleurer ? - est venu cette semaine de la Coface, cet assureur-crédit à l'export, filiale de BPCE, qui bénéficie toutefois d'un statut spécial, ce qui lui vaut d'avoir un commissaire du gouvernement à son conseil. Bien qu'étant très proche des pouvoirs publics, cette maison a estimé que la France allait enregistrer en 2013 une récession de 0,2 %... Inutile de dire que cette maladresse a fait grincer quelques dents à Bercy, même si le mal est fait. LA DROITE INEXISTANTE La seule chance de François Hollande, c'est de bénéficier toujours d'une opposition lénifiante voire inexistante. Et cela pour deux raisons : d'abord l'intervention au Mali qui a été largement saluée à droite - où l'on sait pratiquer, mieux qu'à gauche l'unité nationale lorsque les enjeux le méritent - qui a privé de parole forte les grandes voix de la Droite. La seconde raison est liée à la confusion qui règne toujours au sein de l'UMP, où rien n'est mis en place pour remettre à plat les statuts, pour décider des futures investitures et encore plus pour bâtir un nouveau corps doctrinal. L'INCONNUE DU CICE Du côté des chefs d'entreprises, l'heure est toujours à la recherche des économies de structure. Ce qui devrait apparaître à l'occasion de la publication des premiers comptes annuels. Interrogés par WanSquare la plupart des industriels estiment que l'avantage lié au crédit d'impôt compétitivité emploi ne compensera même pas les surcharges fiscales mises en place en 2012 : notamment la taxe de 3 % sur les dividendes, la hausse de la taxation de l'épargne salariale, et la moindre déduction des intérêts d'emprunts. PROGLIO CONFORTE Dans ce décor toujours sinistré, les rumeurs continuent de s'amplifier concernant les mouvements à la tête des entreprises publiques. La dernière tentative de déstabilisation d'Henri Proglio - lancée le 24 décembre dernier...- semble tourner court. Puisque la syndicaliste d'Areva qui s'était plainte d'avoir été agressée à son domicile, parce qu'elle avait soulevé la question d'éventuels transferts de technologie entre EDF et la Chine à propos de la série de réacteurs de moyenne puissance que l'électricien français doit concevoir, a été mise en garde à vue la semaine passée. Elle est maintenant suspectée d'un faux témoignage. Si bien que cette affaire, montée en graine par Libération, quotidien don Anne Lauvergeon est la présidente du Conseil de Surveillance, se dégonfle. Toute cette agitation est probablement liée à l'approche de la fin du mandat de Guillaume Pépy à la tête de la SNCF. Celui-ci devrait savoir avant le 28 février s'il est reconduit ou bien promu à la tête d'une autre grande entreprise. Lui rêve d'être nommé à la tête d'EDF, et fait preuve d'un activisme débordant pour remplacer Henri Proglio, qui n'est qu'à mi-mandat. Au cours des derniers mois, il est même parvenu à faire nommer dans différents cabinets ministériels stratégiques pas moins d'une dizaine de ses proches. Sans compter son ex-directeur de la stratégie, David Azéma, nommé à la tête de l'Agence des Participations de l'Etat. Mais Jean-Marc Ayrault, François Hollande et même Delphine Batho défendent ardemment Henri Proglio. Sans compter la CGT qui ne veut pas que l'on touche à un seul de ses cheveux. LA MALADRESSE DE TRICOIRE L'autre rumeur de ces derniers jours a tourné court de la même manière. Elle évoquait un remplacement de Stéphane Richard, à la tête de France Télécom, par Anne Lauvergeon, qui est toujours inoccupée vingt mois après la fin de son mandat chez Areva. D'aucuns voyaient même Stéphane Richard arriver chez Veolia. Tout cela relève d'une grosse désinformation provenant sans doute des mêmes officines qui travaillent pour des ex-patrons en déshérence, et d'ingénieurs de France Telecom qui ont toujours du mal à admettre que le premier opérateur français ne soit pas dirigé par un ingénieur, mais par un inspecteur des finances. La semaine à venir va être marquée par la publication des premiers résultats annuels de groupe du CAC 40. C'est Unibail-Rodamco que dirige magistralement Guillaume Poitrinal, qui va ouvrir le bal, suivi par LVMH et Klépierre. Tout cela sur fond d'un marché actions toujours bien orienté, qui incite bon nombre de patrons à exercer leurs stock-options. Ainsi en est-il de Jean-Pascal Tricoire qui a cédé, il y a quelques jours, pour pas moins de 22,6 millions d'euros d'actions Schneider...! De quoi relancer le débat sur la taxation des gros salaires. Ce type de geste maladroit donne des arguments au gouvernement pour présenter une nouvelle version de l'imposition à 75 %. Selon nos informations, il s'agirait tout simplement de la création d'une nouvelle tranche d'imposition à 50 %, à laquelle il faut rajouter la contribution Fillon sur les très hauts revenus et les prélèvements sociaux. Ce qui approche du seuil de 68 % jugé, implicitement, comme une limite par le Conseil Constitutionnel.
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