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Yves de Kerdrel

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La France va un peu mieux, mais pas la gauche
par Yves de Kerdrel

En dehors du chômage dont la courbe ne s’inverse toujours pas, la conjoncture économique s’améliore doucement avec notamment un redémarrage de l’investissement privé et enfin une stabilisation de la dette publique. Mais tout cela ne profite en rien à François Hollande et à Manuel Valls qui crèvent des records d’impopularité et qui se montrent dépassés par le défi de la terreur islamiste.

27/03/2016 - 07:51 Temps Lecture 12 mn.

Les attentas de Bruxelles n’y ont rien fait. Le Sénat a bien adopté mardi dernier une version de l’article 2 de la révision constitutionnelle, portant sur la déchéance de nationalité, si différente de celle votée par les députés qu’elle en compromet ladite révision. Mais la droite sénatoriale avait prévenu qu’elle s’en tiendrait à ce qui a été annoncé à Versailles en novembre dernier. Le problème, c’est que les députés ont fait dévier l’intention originelle de François Hollande. Désormais ce dernier ne sait plus très bien quoi faire. Soit il laisse les choses en l’état ce qui s’assimile à une retraite bien peu glorieuse. Soit il convoque un congrès pour tenter d’obtenir ne majorité des trois cinquièmes. Selon les informations de WanSquare, le Chef de l’état semble actuellement bien peu pressé de trancher.

A gauche, il est de toute façon hors de question de voter le texte qui a été adopté par les sénateurs. Celui-ci a corrigé sensiblement la version approuvée par l’Assemblée nationale en limitant la déchéance de nationalité pour faits de terrorisme aux seuls binationaux, afin de ne pas créer d’apatrides. Alors que les députés, eux, l’avaient élargie à tous les Français pour ne pas susciter de discrimination entre citoyens. L’interpellation du logisticien présumé des attentats de Paris, qui est Français mais pas binational, a opportunément plaqué un cas concret sur un débat qui jusqu’ici demeurait essentiellement théorique et symbolique.

L’OMBRE DE MONTEBOURG

François Hollande peut également choisir des solutions intermédiaires. Par exemple un Congrès sans le fameux article 2 qui fait tant débat. Mais la Droite ne serait pas d’accord pour participer à une simple opération de communication présidentielle. Dans ce contexte les proches de François Hollande préparent déjà la bataille d’interprétation des résultats, et notamment un possible renoncement. D’abord en pointant la responsabilité de la droite sénatoriale. Mais aussi, plus largement, l’incapacité de la représentation nationale, dans son ensemble, à s’accorder. Il est fort possible que le début de la semaine qui commence apporte des éléments nouveaux sur ce front.

Invité vendredi du Club de l’économie du journal Le Monde, Arnaud Montebourg est sorti de sa cure d’abstinence médiatique. En privé, l’ancien ministre de François Hollande, entrée en dissidence depuis août 2014, pointe le risque d’une montée continue du Front national qui pourrait créer un séisme en 2017. En public, il dénonce un système politique tombé dans le formol et qui mériterait d’être ubérisé. Pour le reste, il se garde de dévoiler ses intentions politiques. Sans doute parce qu’il estime que le processus de décomposition n’est pas arrivé à son terme. Tout cela ne fait pas encore un discours, mais Arnaud Montebourg observe et amasse des briques, en vue d’un livre qui sera peut-être le point de départ d’une nouvelle aventure politique.

LE MAIRE DEVIENT LE TROISIEME HOMME

A droite la semaine a été marquée par la validation des écoutes de Nicolas Sarkozy et donc son renvoi en correctionnelle. Une décision assez absurde sur le pur plan du droit et qui a beaucoup désarçonné l’ancien président. D’où son intervention musclée et maladroite devant la Fondation Concorde mercredi dernier. Et pourtant, la plupart des enquêtes d’opinion confirment des frémissements favorables de son côté parallèlement à une érosion du score d’Alain Juppé. Mais si le Maire de Bordeaux surclasse toujours ses rivaux dans les intentions de vote pour le scrutin des 20 et 27 novembre, avec 38 % contre 27 % à Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire progresse de 5 points à 16 %, selon un sondage IFOP-Fiducial pour i-Télé, Paris Match et Sud Radio publié mercredi 0dernier.

Le député de l’Eure s’installe donc à la troisième place en creusant l’écart avec François Fillon, relégué loin derrière avec seulement 8 %. Surtout, il talonne désormais Nicolas Sarkozy. Jamais l’écart n’a été aussi réduit entre eux : 11 points séparent désormais l’ex-chef de l’Etat de son ex-ministre, alors qu’il était encore de 21 le mois dernier. Au-delà de ce seul sondage, plusieurs autres enquêtes d’opinion confirment cette tendance : Bruno Le Maire est porté par une dynamique positive depuis son entrée en campagne, fin février. L’ex-ministre de l’agriculture marque des points car le ressort de sa popularité s’appuie sur un sentiment puissant dans l’opinion : le rejet de la classe politique en place. Son but vise à ringardiser Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon qu’il dépeint en hommes du passé.

LE CHOMAGE TOUJOURS A UN RECORD

Alain Juppé, continue à croire à sa bonne étoile. À l'occasion de la présentation d'un appel de soutien à son Q.G. de campagne parisien jeudi, le Maire de Bordeaux a déclaré sa flamme aux élus locaux. Et pour joindre le geste à la parole, Alain Juppé a pris soin de s'entourer d'une dizaine d'édiles déjà signataires d'une promesse de soutien pour la primaire de la droite attendue pour les 20 et 27 novembre prochains. Mais il ne compte pas en rester là. Son but est de tenir une réunion le 1er juin, dans la foulée du Congrès des maires à Paris avec 1.000 maires pour présenter son projet de refondation du Pays. Une manière pour lui de prendre ses distances avec l'appareil d'un parti aux mains de son principal adversaire Nicolas Sarkozy, et sa connotation parisienne, mais aussi d'ancrer sa campagne localement.

Au chapitre économique la semaine a été riche en indicateurs de toutes sortes. A commencer par le chômage qui est vivement reparti à la hausse. Le nombre de sans-emploi s’élève désormais à 3,591 millions de personnes en métropole. Un nouveau record. En un mois, les chiffres ont progressé de 38 400 (+ 1,1 %), soit le quatrième plus mauvais résultat depuis le début du quinquennat de François Hollande. Il faut remonter à septembre 2013 pour retrouver une progression plus soutenue (+ 53 200). Des données dévoilées jeudi, quelques heures après la présentation en conseil des ministres du projet de « loi travail », dont l’un des objectifs est précisément de s’attaquer aux causes structurelles du chômage.

BONNE SURPRISE DES COMPTES PUBLICS

L’exécutif reste malgré tout convaincu que le repli du chômage va prochainement s’amorcer. Depuis la fin du printemps 2015, les données de Pôle emploi évoluent en dents de scie : un mois, elles baissent, le mois d’après, elles s’accroissent. D’après un proche du Chef de l’état, la fameuse inversion de la courbe, promise en septembre 2012 par M. Hollande pour la fin 2013, devrait se dessiner avant l’été grâce, en particulier, aux effets conjugués de la reprise économique et du plan pour l’emploi dévoilé le 18 janvier par le président de la République (500 000 formations supplémentaires en faveur des chômeurs, primes à l’embauche).

Du côté des bonnes nouvelles, il y a celles concernant le déficit public. Les chiffres publiés vendredi par l’Insee le confirment : le déficit public s’est élevé à 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2015, alors que la loi de finances et le programme de stabilité transmis à la Commission européenne prévoyaient 3,8 %. L’amélioration du déficit de l’Etat, qui diminue de 4 milliards d’euros par rapport à l’année précédente, ainsi que la réduction de celui des administrations de Sécurité sociale, en recul de 2,2 milliards d’euros, laissaient présager cette embellie des comptes nationaux. Par ailleurs les collectivités territoriales font beaucoup mieux qu’anticipé : elles affichent un léger excédent de 700 millions d’euros, après un déficit de 4,6 milliards en 2014.

EMBELLIE AUSSI POUR LES ENTREPRISES

Dans ces premiers résultats fournis par l’Insee, ce n’est pas le seul indicateur témoignant d’un redressement des finances publiques de la France. La dette publique s’est en effet quasiment stabilisée, passant de 95,3 % à 95,7 % du PIB. Entre 2012 et 2014, elle avait progressé de près de 6 points. Le taux de prélèvements obligatoires, quant à lui, est en recul pour la première fois depuis 2009 : il passe de 44,8 % à 44,5 %. Enfin, la progression des dépenses publiques en pourcentage du PIB est stoppée : elles passent à 56,8 %, contre 57,3 % en 2014. En dépit des dépenses nouvelles auxquelles il a eu à faire face en cours d’année, notamment dans la lutte contre le terrorisme, le gouvernement a réussi à contenir la dépense publique, en pourcentage du PIB. Cela est dû en grande partie à la baisse de la charge des intérêts de la dette, qui a diminué de 4,5 % en 2015, après avoir reculé de 1,4 % en 2014, sous l’effet de la chute des taux d’intérêt.

En matière de micro-économie, il faut noter que l’activité dans le secteur privé français a renoué avec la croissance en mars à la faveur d'un rebond des services qui a plus que compensé un recul dans le secteur manufacturier, selon la version préliminaire des indices Markit publiée mardi. Le secteur des services a vu son indice repasser sensiblement au-dessus du seuil de 50, à 51,2 contre 49,2 en février pour retrouver quasiment sa marque de novembre (51,3), avant l'impact des attentats de Saint-Denis et de Paris. L'indice du secteur manufacturier a de son côté reculé à un plus bas de sept mois, à 49,6 contre 50,2 en février, bien que sa composante production ait progressé à un plus haut d'un trimestre, à 50,8 contre 49,5 le mois dernier. De fait, l'indice composite Markit, qui combine des données concernant le secteur manufacturier et celui des services, a rebondi également à 51,1 contre 49,3 en février, un plus haut de cinq mois.

DERNIERE LIGNE DROITE POUR BOUYGUES TELECOM

Enfin selon le détail des comptes nationaux publiés vendredi, le taux de marge des entreprises a grimpé à 31,4 % au quatrième trimestre 2015, soit leur plus haut niveau depuis début 2011. Sur l’ensemble de l’année, il ressort à 31 %, contre 29,5 % en 2014. Cela est la conséquence de la baisse des cours du pétrole et de l’euro. Mais aussi de mesures gouvernementales, comme le pacte de responsabilité et le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Le corollaire de cette embellie, c’est la reprise de l’investissement. En moyenne, il a augmenté de 0,8 % par trimestre en 2015, contre 1,2 % lors des précédentes reprises, entre 1993 et 2000 et entre 2003 et 2007.

Du côté des entreprises, c’est la dernière ligne droite pour Orange et Bouygues Telecom, qui discutent mariage depuis plusieurs mois. Tous deux ont fait savoir qu’ils se donnaient jusqu’au 31 mars pour trouver un accord, ou pas. Jeudi après-midi, Emmanuel Macron a reçu successivement Stéphane Richard, puis Martin Bouygues. Pour se marier, Orange et Bouygues Telecom vont devoir vendre des actifs à Free et SFR. Cette question est quasiment bouclée. Le problème, c’est que Martin Bouygues veut 10 à 15% du capital d’Orange. Il semble qu’un accord puisse se dessiner avec une participation de 12 %. Mais l’’Etat ne veut pas être trop dilué. Il reste toujours la question du prix global que l’Etat veut limiter, d’autant plus que dans les comptes de sa holding Bouygues Telecom n’est valorisé qu’à hauteur de 6 milliards d’euros.

Par ailleurs, selon les informations de WanSquare Safran aurait mandaté Lazard et la Société Générale pour envisager la cession de sa branche identité et sécurité. Leader mondial de l’identification biométrique, des documents officiels, des cartes à puce et de l’identification automatisée par les empreintes, l’iris et le visage, Morpho emploie 8.600 salariés pour un chiffre d’affaires de 1,9 milliard d’euros. Safran escompterait plus de 2 milliards d’euros de cette vente, soit environ dix fois l’excédent brut d’exploitation de l’entité. Plusieurs candidats sont déjà sur les rangs. Notamment de grands fonds américains comme KKR, Carlyle, Apollo, ou européens comme CVC, Permira ou Ardian ainsi que des industriels du secteur, comme Gemalto, Atos, ou Oberthur.

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