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Grandes manœuvres à gauche pour l’après-Hollande
par Yves de Kerdrel

Après l’échec du projet de loi sur la déchéance de nationalité et la marche arrière sur le texte de Myriam El Khomri, tant Manuel Valls que François Hollande sont décrédibilisés aux yeux de l’opinion. Ce qui relance les spéculations sur les candidatures à gauche pour 2017. Même si tout laisse à penser que François Hollande sera naturellement candidat à sa succession.

20/03/2016 - 07:55 Temps Lecture 11 mn.

C’est une rumeur qui court dans tous les ministères et traverse la gauche de bout en bout : Certains affirment de manière très assurée que François Hollande pourrait ne pas être candidat en 2017. Il y a quelques semaines encore, cette hypothèse aurait fait sourire n’importe qui à gauche comme à droite. Selon certains, François Hollande sera sensible aux sondages, qui le donnent absent, systématiquement du second tour, quel que soit son adversaire à droite. Pour d’autres de ses plus proches conseillers, le Chef de l’État n’est pas du genre à se déclarer vaincu par la pression des sondages. Il se situe donc plutôt dans l’hypothèse de concourir à nouveau. Quitte à prendre le risque d’être le premier des présidents sortants éliminé dés le premier tour.

En fait l’un des sujets majeurs à l’Élysée est de trouver le moyen de redonner au Chef de l’État une partie de la légitimité qu’il a perdue au cours des dernières semaines. L’hypothèse d’un référendum a été évoquée, mais vite abandonnée. En revanche, de plus en plus de voix plaident auprès de François Hollande pour qu’il fasse de la primaire un exercice de re-légitimation qui le remette en selle. Le Président de la République qui était très réticent à se soumettre à cet exercice pourrait finalement y trouver son compte, surtout si la primaire de droite se termine par un bain de sang. Pour cela il faudrait que le Chef de l’État prenne sa décision fin novembre, de manière à ce que la primaire ait lieu en janvier. Sans quoi cela serait trop tard.

SONDAGES EN DEMI-TEINTE POUR MACRON

En attendant la tension est toujours vive entre Manuel Valls et François Hollande. Le premier a mangé une nouvelle fois son chapeau avec la marche arrière opérée sur la loi El Khomri et le coup de pouce salarial aux fonctionnaires. D’autant qu’il n’est pas certain que ces gestes suffisent à calmer la tension des étudiants. Avec une nouvelle journée d’action d’ores et déjà prévue ce jeudi. Emmanuel Macron a beaucoup déçu les milieux patronaux en prenant part à la présentation du nouveau texte épuré de ses propres propositions, notamment sur les indemnités prudhommales. C’est ce qui l’a amené à faire, le lendemain, une déclaration souhaitant que les amendements viennent enrichir le texte.

Les premiers sondages effectués sur une candidature Macron ne sont pas aussi favorables que les couvertures de Magazine le laissent croire. Le ministre de l'Économie ne serait pas un candidat à même de passer le premier tour, d'après les résultats de l'enquête Ifop-Fiducial pour Sud Radio. Si Nicolas Sarkozy est le candidat de la droite à l'issue des primaires, l'ancien président de la République est crédité de 19 % des suffrages, contre 17 % à Emmanuel Macron, et 28 % à Marine Le Pen, largement en tête. Avec 15 % des intentions de vote dans cette hypothèse, Jean-Luc Mélenchon profite du profil d'Emmanuel Macron pour réaliser une percée importante, puisqu'il n'atteint que 11,5 % si c'est François Hollande qui représente le Parti socialiste. Si le maire de Bordeaux est le candidat de la droite et du centre lors de la présidentielle de 2017, Emmanuel Macron ne récolterait que 14 % des suffrages, soit 4 points de moins que François Hollande dans la même configuration. Il terminerait même en 4e position, derrière Alain Juppé (32 %), Marine Le Pen (29,5 %) et Jean-Luc Mélenchon (15 %).

ALAIN JUPPE EN AVANCE, MAIS FRAGILE

A droite, la tension commence à monter, notamment à cause du débat sur les investitures des candidats aux législatives de 2017 qui seraient faites dés juin prochain selon le vœu de Nicolas Sarkozy. Par ailleurs l’organisation des primaires commence à créer des crispations. Les dirigeants de l’opposition viennent de s’apercevoir que les candidats pourraient être parrainés par des élus de tous les partis et pas seulement par ceux des Républicains. La charte de la primaire précise que les prétendants doivent réunir les signatures de deux cent cinquante élus, dont vingt parlementaires. Cette possibilité est apparue dans le débat la semaine dernière. Car Nathalie Kosciusko-Morizet prospecterait du côté des élus centristes et même des écologistes. De fait, les proches de Nicolas Sarkozy se demandent s’il ne faut pas changer ce point de la charte. Mais ce débat alimente la peur inhérente à la primaire ouverte de voir les opposants se mêler au scrutin.

A huit mois de cette primaire Alain Juppé conserve une avance confortable sur Nicolas Sarkozy, selon un sondage Elabe diffusé mercredi dernier. Le maire de Bordeaux est crédité de 41 % d’intentions de vote au premier tour, contre 23 % à l’ancien chef de l’État. Bruno Le Maire arriverait troisième (13 % d’intentions de vote), devant François Fillon (11 %). Les autres candidats à la primaire arrivent loin derrière, avec 4 % d’intentions de vote pour Nathalie Kosciusko-Morizet et 3 % pour Nadine Morano et Jean-François Copé. Dans l’hypothèse d’un second tour qui les opposerait, Alain Juppé l’emporterait largement avec 64 % des voix des personnes qui se disent « certaines » de participer à cette consultation, contre 36 % à Nicolas Sarkozy.

L’INSEE TRES OPTIMISTE

Tout cela explique pourquoi Alain Juppé fait si peu campagne. Pour l’instant, la méthode Juppé porte ses fruits. Dans les sondages, le maire de Bordeaux s’est imposé comme le favori de la primaire et ces dernières semaines, il a engrangé plusieurs ralliements chez les élus LR (Jean-Pierre Raffarin, Jean Leonetti, Axel Poniatowski). Mais le fait d’être en pole position peut aussi se révéler un piège. Car la crainte de décrocher dans les sondages pousse le maire de Bordeaux à prendre le moins de risques possible. D’où son style consensuel et sa campagne sans coups d’éclat. Les sarkozystes, eux, font le pari que la frilosité d’Alain Juppé le fera inévitablement dévisser dans les sondages.

Sur le chapitre purement économique, la semaine a été marquée par la tonalité optimiste des dernières prévisions de l’Institut national de la statistique et des études économiques publiées soir. Pour la première fois, l’objectif de croissance économique du gouvernement, qui table sur une hausse de 1,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2016, semble à portée de main. Comme indiqué en décembre 2015, l’Insee prévoit une hausse de 0,4 % du PIB tricolore aux premier et au deuxième trimestres 2016. Ces prévisions tranchent avec les projections plus pessimistes de plusieurs autres institutions. La Banque de France a abaissé, mercredi 9 mars, sa prévision de croissance pour le premier trimestre, le ramenant de 0,4 % à 0,3 %. Sur l’ensemble de l’année, elle prévoit une croissance d’à peine 1,4 %. La Commission européenne et le FMI tablent, eux, sur 1,3 %.

VERS UNE INVERSION DU CHOMAGE

Le principal carburant du moteur tricolore reste la consommation, qui avait calé fin 2015 sous l’effet d’un automne doux et des attentats du 13 novembre à Paris. Surtout, la forte baisse du cours du pétrole, qui réduit à zéro l’inflation, ainsi que la bonne tenue des salaires, vont doper le pouvoir d’achat des Français. Celui-ci avait déjà progressé de 1,7 % en 2015 en moyenne annuelle, son rythme le plus rapide depuis 2007. Au premier semestre 2016, il devrait encore croître de 0,8 %. Seul bémol, selon l’Insee : l’investissement en logement des ménages va continuer à reculer, même si cela se fait à un rythme moindre que par le passé.

Dernière bonne nouvelle pour le gouvernement, et pas des moindres : l’embellie économique entamée en 2015 semble commencer à porter ses fruits en termes d’emploi. D’ici à juin, les créations d’emploi devraient être légèrement supérieures à l’augmentation de la population active, de sorte que, prévoit l’Insee, le taux de chômage devrait baisser modérément sur la première partie de l’année pour atteindre 10,2 % mi-2016 (contre 10,3 % fin 2015). Il retrouverait ainsi son niveau de mi-2014.

L’ETAT AU SECOURS D’EDF

Du coté des entreprises, l’actualité reste toujours chaude sur EDF. Les discussions entre l’électricien et l’État sur son plan de financement se poursuivent. En déplacement à la centrale nucléaire de Civaux, le ministre de l’Économie a voulu rassurer sur la soutenabilité financière du projet à 23 milliards d’euros des deux EPR anglais sur les comptes d’EDF. Des décisions seront prises d’ici au début du mois de mai, à la fois en clarifiant cette stratégie industrielle et en explicitant toutes les mesures nécessaires pour y faire face. Une telle recapitalisation ne se fera qu’en vendant d’autres participations, a aussitôt précisé Michel Sapin.

Au titre de 2015, l’État a déjà accepté de recevoir son dividende d’EDF en actions plutôt qu’en numéraire, permettant au groupe de renforcer les fonds propres. L’État est donc prêt à renouveler son effort, mais le dividende des années à venir ne sera pas au même niveau que celui de 2015. Compte tenu de la baisse des prix de marché, le groupe revoit ses prévisions de moyen terme, ce qui conduira à réviser les perspectives d’Ebitda et de résultat net courant d’EDF, mais aussi sa capacité d’endettement. Car la baisse des prix de marché va entraîner une dégradation de la notation financière d’EDF, couplée à celle, probable, liée au dossier Hinkley Point.

DIX JOURS POUR BOUCLER LE DOSSIER BOUYGUES TELECOM

Quant au dossier Orange-Bouygues Telecom, il semble approcher de son terme, puisqu’une « deadline » a été fixée au 31 mars. Mercredi dernier le patron d’Orange, Stéphane Richard, a reconnu, qu’un accord de cession des actifs de Bouygues Telecom à SFR et Free était sur le point d’aboutir. Si le rapprochement Orange-Bouygues Telecom se fait, la vente de réseaux, boutiques, fréquences, clients... de Bouygues Telecom à SFR et Free est en effet essentielle pour obtenir le feu vert de l’Autorité de la concurrence. C’est SFR qui rachèterait la majeure partie des actifs de Bouygues Telecom et plus particulièrement les clients fixe et mobile de Bouygues Telecom. Pour cela, Patrick Drahi serait prêt, à faire un chèque de près de 4 milliards pour emporter le morceau.

De son côté Free pourrait débourser autour de 2 milliards d’euros pour récupérer des antennes et des fréquences, ainsi qu’une partie des 300 boutiques détenues en propre par Bouygues Telecom. Les cessions d’actifs devraient en effet représenter environ 6 milliards, sur un deal à 10 milliards. Reste désormais à trouver un accord avec l’État qui détient 23 % du capital d’Orange et qui souhaite rester l’actionnaire de référence. Et aussi avec Bouygues qui veut obtenir entre 10 % et 15 % du capital d’Orange. Les protagonistes se sont donnés jusqu’à la fin du mois pour trouver un accord. Selon nos informations, une annonce pourrait être faite le jour même du 31 mars.

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