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Yves de Kerdrel
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Emmanuel Macron asphyxie encore plus son opposition
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’État a remanié son gouvernement a minima tout en poursuivant son entreprise de démolition de l’opposition. Ce qui va lui permettre de consolider le travail parlementaire au moment où arrivent de nouveaux gros chantiers. Y compris celui des retraites.
Comme nous l’avions laissé entendre la semaine passée, c’est donc un remaniement a minima qu’a effectué Emmanuel Macron en cette fin de semaine. Un remaniement a minima d’abord car s’il enlève à Christophe Castaner, nouveau président de La République En Marche le porte-parolat, il le maintien au gouvernement en tant que ministre chargé des relations avec le parlement. Ce qui fait naturellement grincer des dents à droite comme à gauche. Le Porte-parolat est récupéré par Benjamin Griveaux, qui s’est battu toute la semaine pour l’obtenir, alors qu’Emmanuel Macron, en froid avec ce Strauss-Kahnien pur sucre qu’il accuse de trop bavarder auprès du Canard Enchainé, allait confier cette tâche importante au jeune et impeccable Julien Denormandie.
Pour remplacer Benjamin Griveaux, Emmanuel Macron, qui a géré ce mini-remaniement seul, et sans y associer Édouard Philippe, a fait appel à une représentante de la société civile. Il s’agit de Delphine Gény-Stephann qui devient donc secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie Bruno Le Maire. Âgée de 49 ans, elle est diplômée de l'École polytechnique, de l'École des Ponts, et du Collège des ingénieurs, et est ancienne ingénieure en chef du corps des ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts. Elle a été choisie par l'Élysée pour son expertise après une carrière passée dans le public puis dans le privée. Elle est ainsi une des dirigeantes de Saint-Gobain, où elle a été notamment directrice de la Stratégie et du plan (poste essentiel jadis occupé par Alain Minc, Pierre Blayau ou Philippe Crouzet), après plus d'une décennie passée à Bercy. Elle est aussi administratrice du groupe Thalès, fonction qu’elle va naturellement devoir abandonner.
L’OPPOSITION DES MAIRES RESTE CONTENUE
L’autre nomination surprise de ce mini-remaniement, c’est Olivier Dussopt qui devient secrétaire d'État auprès du ministre des Comptes publics et sera chargé de la Fonction publique. Ce député PS, qui avait soutenu Manuel Valls lors de la primaire de la gauche, a pourtant récemment voté contre le budget 2018 présenté par le gouvernement. Son arrivée au gouvernement constitue donc une prise de choix à gauche pour Emmanuel Macron. Agé de 39 ans, Olivier Dussopt est député de l'Ardèche et à la tête de l'Association des petites villes de France depuis 2014. Cette domination divise un peu plus le parti socialiste et donne au président de la République l'occasion de se rapprocher des élus locaux, alors que ceux-ci sont souvent critiques face à la politique du gouvernement.
Car le moment difficile de cette semaine a été la rencontre du chef de l’État avec les maires de France. Cela a eu lieu en deux temps. D’abord un buffet pour plus de mille maires à l’Élysée afin de les amadouer. Ensuite un discours-fleuve lors de l’assemblée de l’Association des Maires de France à la Porte de Versailles. Arrivé sous les sifflets, Emmanuel Macron est reparti sous les applaudissements après avoir assuré que la quasi-suppression de la taxe d’habitation serait compensée à l’euro près. La grosse surprise c’est qu’il n’est plus question de supprimer cette taxe pour les 80 % des français les plus modestes, mais pour tous. Selon des modalités qui restent à définir. Le chef de l’état a pris cette décision de peur que sa méthode soit retoquée par le Conseil Constitutionnel pour rupture de l’égalité devant l’impôt. Marc Guillaume, qui est l’ancien rouage du Conseil et qui assiste chaque semaine au conseil des ministres es qualités de secrétaire général du gouvernement avait tiré l’alerte dans ce sens.
VERS UN REPORT DE LA REFORME DES RETRAITES ?
Le coup dur pour Emmanuel Macron aujourd’hui réside dans ce qui se passe en Allemagne où la coalition CDU-CSU – libéraux et verts a finalement explosé du fait des libéraux qui n’arrivent pas à s’accorder sur la question des migrants avec Angela Merkel et sur celle de l’Europe. Tout cela fait peser une hypothèque très lourde sur l’avenir du duo franco-allemand. Il est fort possible aujourd’hui que la Chancelière soit obligée de convoquer de nouvelles élections, avec à la clé une nouvelle montée de l’extrême-droite et des libéraux. Ce serait pour elle un désaveu et l’obligation de passer la main. La situation outre-Rhin est naturellement observée comme le lait sur le feu par l’Élysée.
Le second sujet de flottement concerne la réforme des retraites qui était initialement prévue au premier semestre 2018, et dont il se murmure qu’elle pourrait être décalée à 2019. Invitée de LCI, vendredi 24 novembre, la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, chargée du dossier, l’a laissé entendre, déclarant ne pas vouloir se laisser enfermer dans des calendriers. Ce sujet a été au cœur d’une réunion présidée par Emmanuel Macron vendredi à l’Élysée. Le chef de l’État avait convié le premier ministre, Édouard Philippe, le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, Agnès Buzyn et le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye. Pendant sa campagne, il avait pourtant fait de ce sujet l’une des mesures phares de son programme.
L’OPPOSITION EN LAMBEAUX
Cette semaine ce dernier a commencé à recevoir les partenaires sociaux. La CFE-CGC a ouvert le bal mardi, suivie par l’Union des entreprises de proximité mercredi et le Medef jeudi. Ces rencontres se poursuivront à partir de demain, notamment avec la CFDT et FO. Une prise de contact pour faire un premier tour de table. Selon certains participants à ces premiers échanges que WanSquare a pu joindre, ils ont eu le sentiment que la façon dont Jean-Paul Delevevoye entend mener le procédé n’était pas compatible avec le calendrier initial. Le Haut-commissaire envisage, en fait, sa mission dans le cadre le plus large possible, sans précipitation. Il aurait donc évoqué au conditionnel l’idée de desserrer le calendrier et de se donner plus de temps. A l’Élysée on explique juste qu’il veut écouter tous les partenaires sociaux et auditionner également l’ensemble des gestionnaires de régimes de retraite.
Du côté de l’opposition rien de neuf, si ce n’est la publication du livre de Patrick Stefanini, l’ancien directeur de campagne de François Fillon qui accable de long en large son mentor et révèle les arrangements financiers – à hauteur de 300.000 euros, entre François Fillon et Nicolas Sarkozy. Ce qui pourrait expliquer pourquoi l’ancien Président n’a jamais complètement lâché François Fillon à un moment où la droite pouvait encore gagner l’élection. A l’autre bout de la droite, les Constructifs ont fait un pas de plus vers la constitution d’un parti. Mais il est encore trop tôt pour savoir si ce dernier pourra faire venir des personnalités comme Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand, une fois Laurent Wauquiez élu à la tête des Républicains.
TRES BONNES VENTES DE THANKSGIVING
Au chapitre économique il est intéressant de noter, qu’en dépit du chaos politique qui vient de se produire outre-Rhin, la confiance des entreprises allemandes s'est améliorée contre toute attente en novembre, atteignant même un niveau sans précédent, augurant d'une solide performance de l'économie allemande au quatrième trimestre. L'indice Ifo du climat des affaires, calculé à partir d'un échantillon de quelque 7.000 entreprises interrogées du 6 au 23 novembre, a été de 117,5 en novembre contre 116,8 en octobre. Les économistes interrogés par Reuters l'anticipaient à 116,6. D'autres indicateurs publiés cette semaine sont venus souligner la vigueur de la première économie européenne. Le produit intérieur brut a augmenté de 0,8% en données ajustées au troisième trimestre par rapport aux trois mois précédents, soutenu par l'export et l'investissement en biens d'équipement. A noter que l'Ifo anticipe une croissance économique de 0,7% au quatrième trimestre et de 2,3% pour l'ensemble de 2017.
De l’autre-côté de l’Atlantique où l’actualité était en sommeil du fait de Thanksgiving, l’activité commerciale a en revanche été florissante. Le consommateur américain a dépensé plus de 1,5 milliard de dollars en ligne durant Thanksgiving et les magasins ont également enregistré un regain d'affluence, ayant ouvert leurs portes plus tôt à la veille du Black Friday. Les dépenses de consommation ont bondi de 16,8% en ce début de la période commerciale des fêtes de fin d'année aux Etats-Unis, pourcentage calculé jeudi à 22h00 GMT par le consultant Adobe Analytics et par comparaison avec la période comparable de 2016. Le consultant recense 80% des transactions en ligne effectuées auprès des 100 premiers distributeurs américains.
ALTICE CHERCHE À CEDER DES ACTIFS
La Fédération nationale de la distribution estime que les ventes de novembre et de décembre augmenteront de 3,6% à 4% cette année, après une hausse de 4% l'an passé. Les ventes réalisées en dehors des magasins, en ligne notamment, augmenteraient de 11% à 15%, à 140 milliards de dollars. Les deux derniers mois de l'année sont vitaux pour les distributeurs américains car ils peuvent y réaliser jusqu'à 40% de leur chiffre d'affaires annuel et ils rivalisent d'offres promotionnelles et de ristournes - variant de 10% à 16% - pour attirer le chaland. Le nombre de consommateurs qui font leurs achats via leur smartphone a explosé et représente 46% du trafic sur les sites internet des magasins, alors que le trafic à partir des ordinateurs de bureau ou portables a diminué de 11% et de près de 6% respectivement.
En termes de business, l’actualité est restée marquée par la dégringolade continue du titre Altice qui a encore perdu plus de 12 % au cours de la semaine. Le titre ne se situe plus qu’à un euro au dessus du seuil des 6,50, dont certains banquiers assurent qu’il pourrait entrainer la désintégration du groupe en raison du déclenchement de certains covenants. D’ores et déjà certains parient sur la cession inéluctable de SFR, d’autant que Patrick Drahi a évoqué lui-même d’éventuelles cessions d’actifs de manière à faire remonter sa capitalisation boursière qui ne représente plus que 0,5 fois le chiffre d'affaires estimé cette année alors qu’il est de 2,4 fois pour Iliad. Vivendi pourrait regarder le dossier, de même que Bouygues.
RENDEZ-VOUS CRUCIAL POUR OUDEA
Mais la principale actualité business des jours à venir va être concentrée par le plan stratégique que Frédéric Oudéa va présenter ce mardi afin de donner une nouvelle dynamique à la Société Générale, dont l’action est devenue la lanterne rouge des principales valeurs bancaires de la zone euro. Depuis le début de l'année, le titre a perdu plus de 6% de sa valeur alors que l'indice bancaire européen a gagné près de 7% depuis janvier. Ses concurrents français, BNP Paribas et Crédit agricole SA, ont quant à eux progressé de respectivement 5% et 20% cette année. Ailleurs en Europe, l'allemand Deutsche Bank a gagné près de 5% tandis que l'italien UniCredit et l'espagnol Santander affichent des gains de respectivement 25% et près de 15%.
La banque de La Défense mène actuellement des discussions avec les autorités américaines en vue du règlement de deux litiges. Le premier a trait au volet pénal aux Etats-Unis d'un différend commercial avec la Libyan Investment Authority, qui a fait l'objet en mai d'un règlement amiable se traduisant par le versement par la banque de 963 millions d'euros au fonds souverain. Le deuxième contentieux porte sur l'affaire du Libor où plusieurs banques, dont la Société générale, sont soupçonnées de manipulation des taux interbancaires. Un troisième contentieux, dont l'issue paraît plus lointaine, concerne des soupçons de violation d'embargo. Pour y faire face, la SocGen a d'ores et déjà inscrit dans ses comptes 2,2 milliards d'euros de provisions pour litiges.
LA RENTABILITE DES FONDS PROPRES EN QUESTION
Mais c'est aussi la stratégie de la Société générale en Europe centrale et de l'Est qui interpelle. Certains jugent que les activités de la banque dans la région ne sont pas suffisamment rentables. Mais pour la direction de la banque, cette zone géographique, où la SocGen est présente dans des pays comme la Roumanie ou la République tchèque, recèle pourtant un fort potentiel de croissance. Pourtant avec un rendement de fonds propres de 7% et un coût du capital de 13%, il semble n'y avoir aucune création de valeur. La banque a eu l'occasion ces derniers mois de réitérer son souhait de se renforcer en Europe centrale et de l'Est dans les pays où elle est le plus susceptible d'atteindre la taille critique. Fin 2016, lors de l'annonce de la vente de sa filiale croate Splitska Banka, elle avait d'ailleurs expliqué qu'elle saisirait les opportunités de consolidation en Europe centrale et orientale.
Plus globalement, les analystes financiers veulent s'assurer que la banque est en mesure d'atteindre son objectif d'un rendement des fonds propres de 10%. Cette interrogation sur le ROE pèse, selon eux, sur la valorisation de la banque. En 2016, son ROE est ressorti à 7,8% contre 7% en 2015. Les investisseurs auront aussi à coeur d'entendre le discours, qu'ils espèrent plus optimiste, des dirigeants de la SocGen sur les activités dans la banque de détail en France, qui a pâti ces dernières années, comme cela a été le cas pour les autres établissements bancaires européens, du contexte de taux historiquement bas et des renégociations de crédit. Ce marché doit aussi composer avec l'arrivée de nouveaux concurrents comme Orange Bank qui a poussé le Crédit agricole à lancer une offre bancaire à bas prix.
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12/11/2017 - 08:19

