éditorial
Face à la crise, droite et gauche mettent la tête sous le sable !
par Yves de Kerdrel
Le plan de sauvetage de la Grèce est désormais sur le point d'être abandonné, le ralentissement économique est plus fort que prévu, et le marché interbancaire connaît d'ennuyeux grippages. Mais la droite préfère parler de la Libye et de la rigueur, et la gauche est engluée dans ses primaires.
04/09/2011 - 07:56

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"Le pire est à venir. La crise boursière de cet été n'a été hélas qu'un amuse-bouche". C'est ce que nous confiait il y a deux jours le responsable d'une grande institution financière, juste avant que les chiffres de l'emploi aux Etats-Unis ressortent pire que tout ce qui avait été imaginé, et juste avant que la Troïka rompe momentanément ses discussions avec les pouvoirs publics grecs.
A l'Elysée, c'est Xavier Musca, aidé d'Emmanuel Moulin, qui continue de suivre la crise de l'euro et des dettes souveraines. Mais l'intéressé ne cache plus son pessimisme, alors que Ramon Fernandez, le Directeur du Trésor, reste, pour sa part un peu plus confiant sur la mise en musique des accords du 21 juillet. Il reste que la proportion de créanciers privés prêts à participer au plan grec diminue de jour en jour. Ils ne seraient plus que 50 %, contre 70 % il y a un mois. Les discussions avec la Finlande et trois autres pays sur leurs demandes de garanties tournent au vinaigre. Une dernière tentative d'arrangement doit faire l'objet d'une discrète réunion, ce mardi, à Berlin. Et même si Angela Merkel semble assurée d'un vote des parlementaires (grâce à son opposition !) la ratification des accords de Bruxelles ne pourra avoir lieu que le 29 septembre. Or d'ici là, Athènes devrait fournir une nouvelle évaluation - très dégradée - de sa dette et de son déficit budgétaire.
LE FLOP DU COMPLOT
Le pire dans cette affaire grecque, c'est qu'elle n'a beau concerner que 2 % du produit intérieur brut européen, elle n'en agit pas moins comme un poison sur l'ensemble du système bancaire. Avant même que l'IASB souligne les différences de provisionnement adoptées par des établissements comme BNP Paribas ou la CNP, les investisseurs ont pris en compte dans leurs modèles les évaluations les plus prudentes des dettes souveraines détenues par les banques. C'est ce qui explique la dégringolade continue de ce secteur à la Bourse de Paris.
Dans ce contexte les déclarations de Laurence Parisot - inspirées par Michel Pébereau - d'un complot américain contre la zone Euro et les banques du continent ont fait flop. De même que la défense courageuse faite par Christian Noyer de la solidité des établissements financiers hexagonaux. Cela ne signifie pas que Christine Lagarde a eu raison de pointer du doigt la sous-capitalisation des banques européennes. La nouvelle directrice générale du FMI a seulement dit tout haut ce que le marché pense. Et Goldman Sachs a distribué en fin de semaine dernière, aux gros investisseurs de ses hedge funds, un rapport confidentiel mettant en exergue la faiblesse des banques européennes.
LA COLERE DES PATRONS
Trop occupé par le règlement de la question libyenne et le suivi du plan de rigueur, Nicolas Sarkozy n'a pas souhaité regarder en face ces problèmes. Pour l'heure, il attend l'issue des élections sénatoriales pour décider s'il convoque ou non le Congrès afin de faire voter la Règle d'Or. En espérant que la fin des primaires socialistes permette à la gauche de faire preuve de davantage de sens de l'intérêt général.
S'agissant du plan de rigueur dévoilé le 24 août dernier par le Premier Ministre, les initiatives se multiplient chez les parlementaires pour modifier certaines mesures. Les promoteurs immobiliers ont entamé un lobbying forcené. Jean-Pierre Raffarin a pris, avec succès, la défense des parcs d'attraction. Ce qui lui a valu de se faire traiter d'irresponsable par Nicolas Sarkozy. Quant à certains députés et sénateurs, ils veulent à tout prix que le produit de la contribution exceptionnelle demandée aux détenteurs d'un revenu supérieur à 500.000 euros soit doublée. Elle rapporterait de fait 400 millions d'euros. Certains grands patrons fulminent en soulignant que cela correspond exactement au montant qui a été versé à Bernard Tapie...
BRUNO LE MAIRE DECOIT
L'autre sujet de préoccupation de l'UMP, réunie ce week-end en université d'été, concerne le projet conçu par Bruno Le Maire pour l'élection présidentielle de 2012. WanSquare a pu consulter une des épreuves de ce texte qui circule Rue La Boétie. Et à le lire, comme à lire l'interview du Ministre de l'Agriculture dans l'Express, le moins que l'on puisse dire, c'est que ce projet manque de souffle. Il s'agit d'un inventaire à la Prévert de mesures technocratiques, sans innovation et sans vision globale de la société. Nicolas Sarkozy a déjà confié à ses proches, qu'il ne pourrait s'appuyer sur un tel document pour faire campagne. C'est pour cette raison qu'il sollicite de plus en plus Henri Guaino, non pas sur des discours, mais sur des fiches, et des mots fédérateurs, qui sont ensuite testés à travers des instituts de sondage.
Pour l'heure la droite semble évoluer sans effort, comme "un mobile sur un coussin d'air", en raison du vide du projet socialiste. Mais si François Hollande sort gagnant des primaires, il n'est pas exclu qu'il amende ce projet. Surtout dans la mesure où un récent sondage faisait apparaître qu'une large majorité d'électeurs de gauche placaient la dette publique en tête de leurs préoccupations. Ce qui constitue une première historique et ne ressort absolument pas des propos tenus ici et là par Martine Aubry et Ségolène Royal.
BOUYGUES VA FAIRE ECOLE
Le retour en France de Dominique Strauss-Kahn ne devrait pas avoir de conséquences sur les primaires, même si Laurent Fabius le supplie d'envoyer un signe en faveur de Martine Aubry, tant la haine de l'ancien Premier Ministre est forte à l'égard de François Hollande. Un moment, l'ex-patron du FMI avait pensé intervenir au journal télévisé de 20 heures dés ce dimanche. Mais Anne Sinclair, qui est partie en très mauvais termes de TF1, l'interdirait d'aller sur cette chaine. Quant à France 2, une intervention de Jean-François Copé y est déjà prévue de longue date.
Du côté des affaires, c'est le calme plat assurent tous les banquiers conseil. Les opérations de rachats d'actions, voire de "public to private" vont toutefois se multiplier compte tenu des valorisations ridicules affichées par de très nombreuses sociétés. L'offre de rachat annoncée par Bouygues devrait ainsi faire école. Les analystes ont calculé que le niveau actuel du CAC 40 tient compte des bénéfices des entreprises de cet échantillon il y a cinq ans, avec aucune perspective de croissance ! Mais tant que le secteur financier continuera d'alimenter tous les fantasmes, et tant que la liquidité de certaines banques restera très tendue, les acheteurs ne reviendront pas massivement. Au contraire, sans que cela ne participe d'un complot, les hedge funds vont accroître leurs positions baissières.
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