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Une dégradation de la France redoutée pour les jours à venir
par Yves de Kerdrel

Parti au Mali pour faire prospérer sa popularité, François Hollande en oublie les questions économiques. La réduction annoncée des dépenses publiques attend toujours. A tel point que "le plan pauvreté", annoncé la semaine passée, n'est toujours pas financé. Surtout l'envolée de l'euro face au dollar et au yen fait craindre une détérioration plus forte que prévue de la croissance attendue en 2013.
03/02/2013 - 07:42 Temps Lecture 7 mn.
La rumeur s'est répandue cette semaine comme une trainée de poudre : la France devrait voir sa note, à nouveau dégradée dans les jours qui viennent. C'est probablement Standard & Poor's qui tirerait le premier. Avec pour déclencheur la révision à la baisse des perspectives de croissance pour 2013. Mais surtout le fait que le gouvernement ne s'est attaqué à aucune réforme de structures et à aucune sérieuse remise en cause de la dépense publique. Bien qu'à l'occasion du colloque Franco-Britannique qui s'est tenu il y a une quinzaine de jours Pierre Moscovici a fait l'éloge du modèle suédois. D'où les propos de Michel Sapin sur le thème de la faillite, destinés à préparer le terrain. C'est la raison pour laquelle, alors que le Dow Jones retrouvait ses meilleurs niveaux depuis des années, le CAC 40 a réussi l'exploit de perdre du terrain sur l'ensemble de la semaine écoulée. Tout cela en dépit de la publication de très bons résultats, comme ceux émanant de LVMH ou d'Unibail-Rodamco. L'inquiétude sur le risque français commence donc à être visible dans l'attitude des gérants de grands fonds internationaux. Même si pour le moment, la France continue de se refinancer, à court et à long terme, dans des conditions très favorables. PRINGUET CHEZ AYRAULT Ces problèmes économiques semblent bizarrement très éloignées des préoccupations du Président de la République et même de son agenda. Même s'il se prépare à assister cette semaine à long conseil européen. Pour l'heure il semble attacher plus d'importance aux succès rencontrés par l'armée française au Mali, qui a réussi à chasser les islamistes sans tirer une balle. Tout en restant très isolée. Seuls les américains ont apporté une aide précieuse, en termes de renseignements, grâce à leurs satellites. Le plus dur va commencer maintenant, dés lors que les troupes françaises vont se rapprocher de la frontière algérienne. Selon les informations collectées par WanSquare, une centaine de parachutistes français ont déjà rejoints cette zone depuis 48 heures de manière à prendre en tenaille les islamistes. De surcroit, c'est sans doute là que sont cachés les otages retenus par Aqmi depuis plusieurs mois. Un sondage paru aujourd'hui dans Dimanche Ouest France, et réalisé par l'Ifop montre que si 53 % des français souhaitent encore que le gouvernement taxe à 75 % les gros salaires, cette proportion est de 7 points inférieure à ce qu'elle était au mois de septembre. C'est dans cette perspective que Pierre Pringuet, le président de l'Afep, qui a été vu à Bercy la semaine passée, sera reçu jeudi prochain en fin de matinée par Jean-Marc Ayrault. Les organisations patronales ne ménagent pas leur peine pour tenter de faire en sorte que la nouvelle taxe sur les gros salaires n'ait pas l'aspect punitif qu'avait la précédente. C'est pourquoi la solution d'une nouvelle tranche à 50 %, comportant toujours la surtaxe Fillon,et les prélèvements sociaux serait la moins mauvaise des solutions. LAUVERGEON SORTIE DU JEU CHEZ EADS Il reste que François Hollande comme l'ensemble de son gouvernement semble bien plus mobilisé par les questions sociétales (mariage homosexuel ou droit de vote des étrangers) que par la guerre des monnaies dont il a été largement question à Davos. Il faut dire que les patrons français présents dans la station suisse ont été impressionnés par la si faible présence de représentants de l'administration Hollande. Ce qui a permis à Angela Merkel d'occuper le terrain sans difficulté. Seuls Pierre Moscovici et Fleur Pellerin ont fait un aller-retour rapide dans ce prestigieux forum économique, qui est aussi un lieu d'influence, surtout en termes d'attractivité et de pédagogie de la politique économique nationale. Le Président de la République a tout de même été très sollicité, pendant une grande partie de la semaine, à la fois par les dirigeants d'EADS et par des représentants de la communauté des affaires française et allemande, afin qu'Anne Lauvergeon ne devienne pas la présidente non exécutive du constructeur européen. François Hollande pensait avoir trouvé là, l'opportunité de se débarrasser de celle qu'il surnomme le "chewing-gum". Devant une telle avalanche de coups de fil, le Chef de l'Etat aurait décidé, selon nos informations, de revenir sur cette décision. A tel point qu'elle pourrait ne pas rejoindre le conseil d'EADS, où elle serait remplacée par un très grand industriel français à la fois incontestable et grand connaisseur de l'aéronautique. Son nom pourrait être dévoilé d'ici demain soir. DES INTERETS EN CONFLITS SUR TIGF L'autre affaire qui monopolise l'attention du Tout-Paris des affaires concerne le projet de cession de TIGF, la filiale de transport et de stockage de gaz de Total, dont le groupe pétrolier a prévu de se séparer, et qui est valorisée pour 2 à 3 milliards d'euros. Les offres devraient être remises demain auprès de Lazard, la banque conseil du vendeur. D'un côté il y a un consortium mené par EDF (20 % des parts) qui associe le fonds singapourien GIC et surtout l'italien SNAM. Avec une expertise en matière d'énergie. Même si EDF intervient pour le compte de ses fonds dédiés. De l'autre il y a un consortium plus hétéroclite, conseillé par HSBC, mené par la partie infrastructures de la Caisse des Dépôts (que dirige Jean Bensaid) avec l'appui d'Axa Private Equity, de Predica (groupe Crédit Agricole) du fonds néerlandais PGGM et d'Abu Dhabi (Adia). La caution industrielle de cet ensemble étant assurée par le belge Fluxys. Beaucoup s'étonnent que la Caisse des Dépôts cherche à bloquer une offre où l'italien SNAM est si présent. Ce qui très mal vécu en Italie après plusieurs affaires de francophobie, auxquelles Henri Proglio est parvenu à mettre fin, grâce à la résolution du dossier Edison. De surcroit les deux principaux protagonistes de ce consortium CDC Infrastructures et Axa Private Equity (partie infrastructures) n'ont qu'à leur actif - et encore le mot est mal choisi ! - l'investissement raté dans le dossier Saur, aux côtés de Séché Environnement. Cela explique la prudence de sioux de Jean-Pierre Jouyet dans ce dossier. D'autant que le Directeur général de la Caisse des Dépôts, qui est attaché plus que tout, à l'éthique des affaires, ne veut pas être mis en porte-à-faux dans une affaire où le bénéficiaire de ces enchères serait le groupe Total que dirige Christophe de Margerie, avec lequel il partage des liens de parenté. C'est la raison pour laquelle, Rue de Lille, on explique clairement qu'il n'est pas question de faire grimper les prix sur cet achat. Autre dossier chaud à surveiller : Alcatel-Lucent, dont le conseil d'administration se réunit en milieu de semaine. Beaucoup s'attendent à un remue-ménages important du côté du management. Le directeur général Ben Verwaaijen est clairement sur un siège éjectable, depuis la dernière opération de refinancement gagée sur les brevets du groupe. Ces rumeurs de remplacement ont donné lieu depuis jeudi à une forte activité sur le titre (avec 110 millions de titres échangés en deux jours) et un gain de 7 %. Parmi les autres publications de résultats particulièrement attendues la semaine prochaine on notera Vinci, Meetic, Sanofi, Dassault Systèmes et Nexans.
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