éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Valls et ses troupes continuent de marquer des points
par Yves de Kerdrel
La cohabitation qui s’est installée de fait entre Matignon et l’Elysée est un peu plus dure chaque semaine. Non seulement Manuel Valls tient bon, mais ses troupes se montrent très solidaires de lui. Quant à François Hollande il est de nouveau affaibli par les révélations sur sa vie privée et par la démission de Kader Arif, l’un de ses très proches. dans des conditions sujettes à caution.
Ca va mal finir… c’est le titre de l’article que Serge Raffy, le biographe attitré de François Hollande consacre cette semaine, dans le Nouvel Observateur, à la nouvelle cohabitation qui s’est instaurée de fait entre le Chef de l’Etat et celui du gouvernement. A Matignon c’est exactement l’état d’esprit des hommes et des femmes qui entourent Manuel Valls. Ils sont tous prévenus que leur mentor peut quitter Matignon à tout instant. De préférence quand les députés voteront contre un texte qu’il aura ouvertement souhaité et supporté. Mais ce peut être aussi à la suite d’une forte dissension à l’intérieur du couple exécutif.
Comme l’explique une de ses proches : "Manuel Valls encaisse les coups de l’Elysée quand il juge que cela ne vaut pas le coup d’entretenir des guerres intestines. Mais il sait aussi répondre au coup par coup, s’il le faut." Par exemple, la semaine passée, Thierry Mandon qu’il a fait rentrer au gouvernement il y a peu de temps s’est exprimé en faveur de primaires à l’intérieur du Parti Socialiste, pour la présidentielle de 2017. Une pierre dans le jardin de François Hollande qui a aussitôt recadrer ce secrétaire d’état au cours du conseil des ministres. Du coup le lendemain, Manuel Valls, pour montrer sa solidarité avec ses troupes a demandé à Thierry Mandon de l’accompagner de manière visible lors d’un de ses déplacements.
BEAUCOUP DE DEGATS MEDIATIQUES
Du coté de François Hollande, la riposte a aussi été vite organisée avec des contrefeux allumés par Claude Bartolone qui a prêché pour une candidature naturelle de François Hollande en formant même le vœu d’une candidature commune des socialistes et des écologistes lors de l'élection présidentielle. Une position qui n'est pas nouvelle, puisque, en octobre, il avait déjà plaidé pour une candidature commune incluant également les Radicaux de gauche. Il faut dire que le Président de l’Assemblée Nationale se rêve en futur Premier Ministre une fois consommé le divorce entre François Hollande et Manuel Valls.
En attendant, c’est une nouvelle semaine désastreuse pour l’image du Président de la République qui a passé huit jours à l’autre bout de la planète et qui revient voir le secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, Kader Arif, lui présenter sa démission au chef. Deux mois après la démission forcée de Thomas Thévenoud pour non paiement de l’impôt sur le revenu pendant trois années de suite, cette démission qui fait suite à plusieurs perquisitions au ministère et au domicile de Kader Arif fait beaucoup de dégâts médiatiques. L’enquête qui vise l’ancien ministre a pour but de vérifier si deux sociétés successives d'organisation de spectacles, dirigées notamment par son frère puis par ses neveux, ont pu bénéficier de favoritisme pour remporter deux marchés pluriannuels d'un montant de plusieurs millions d'euros avec la région Midi Pyrénées. Le problème, c’est que chacun connaît très bien la proximité qui lie Kader Arif au Chef de l’Etat.
LES PINAULT SOUTIENNENT JUPPE CONTRE SARKOZY
C’est au moment même où François Hollande devait remettre les prix de Fondation Chirac, vendredi matin au Musée du Quai Branly, qu’il a du gérer ce nouvel accroc. L’actuel président et son prédécesseur ont fait leur entrée de conserve sous des applaudissements nourris. Jacques Chirac, qui va fêter son anniversaire (82 ans) le 29 novembre, jour de la probable élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP, est apparu amaigri et très affaibli, s’appuyant en permanence sur l’épaule du président du musée.
Bernadette Chirac a profité de cette cérémonie pour se distinguer. Venue avec son mari, elle a ostensiblement omis de serrer la main d’Alain Juppé, candidat officiel à la présidentielle. Soutien inconditionnel de l’ancien président Nicolas Sarkozy dans la course à 2017, l’ex-première dame avait déjà étrillé Alain Juppé en septembre dernier, le jugeant « très froid » et incapable de réunir autant de personnes que Nicolas Sarkozy lors d’un meeting politique. A l’inverse, son mari, uniquement par l’intermédiaire de Claude Chirac et du clan Pinault soutient Alain Juppé dans la course à la présidentielle. Uniquement par détestation de Nicolas Sarkozy.
LE MAIRE CONTESTE DEJA LES ELECTIONS A L'UMP
Justement le hasard faisait que l’ancien président, aujourd’hui candidat à la présidence de l’UMP, tenait hier un meeting à Bordeaux en présence d’Alain Juppé, le Maire de la ville, candidat aux primaires à droite pour 2017. Tout cela à un moment où la campagne de Nicolas Sarkozy semble ne tourner très rond, surtout après ses déclarations sur la loi Taubira, et alors qu’Alain Juppé est encensé par tous les médias (surtout de gauche) et où sa cote de popularité ne cesse de grimper. A moins d’une semaine de l’élection réservée aux adhérents UMP, les pronostics sont difficiles à faire. Les grognards du parti gaulliste pensent que Nicolas Sarkozy peut l’emporter avec 70 % des voix. Mais Rue de Miromesnil on est plus prudent.
L’important est déjà que l’élection se passe bien sur le plan logistique et ne laisse place à aucune contestation comme cela a été le cas il y a deux ans. C’est avec cet impératif à l’esprit que la direction transitoire a décidé, le 24 juin, que l’élection du nouveau président se déroulerait par un vote électronique. Ce mode de scrutin qui départagera Nicolas Sarkozy, Hervé Mariton et Bruno Le Maire ne fait pourtant pas l’unanimité au sein des candidats. Bruno Le Maire a notamment fait part, ces derniers jours, de ses réserves sur la façon dont va se dérouler le scrutin. Une manière pour lui de légitimer, avant l’heure, l’éventuelle élection de son compétiteur.
BRUXELLES SE DONNE UN DELAI POUR SEVIR
Sur le strict plan économique, la négociation entre Paris et Bruxelles sur le budget entre dans sa dernière ligne droite. Demain ou mercredi 26 novembre, la Commission européenne rendra public son avis pour 16 pays de l’Eurozone, sur leurs projets de budget pour 2015, comme les traités européens lui en donnent le droit. Ses fonctionnaires sont en réunion tout ce week-end et un collège des commissaires donnera leur feu vert final, en tout début de semaine prochaine. Six pays sont dans une situation délicate, c’est-à-dire que, selon toute vraisemblance, ils ne rempliront pas, au titre de 2015, leurs engagements pris dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance. Il s’agit de la Belgique, l’Autriche, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, et la France.
Mais le cas de l’Hexagone est le plus problématique. C’est la deuxième économie de la zone euro, et ce n’est pas la première fois qu’elle n’est pas dans les clous du pacte de stabilité et de croissance. De fait selon les informations de WanSquare, la Commission devrait émettre un avis validant le budget français avec néanmoins un « risque de non-conformité » pour 2015. Cela est dû à une pure argutie juridique. D’abord parce que d’un point de vue juridique, le budget 2014 n’est pas encore totalement exécuté, et que de cette exécution va dépendre le profil du budget 2015. Et ensuite parce que la Commission a des doutes sur les chiffres – de croissance, de réduction des dépenses – avancés par la France pour 2015.
TOUT DEPEND DES FONDS EUROPEENS
Cela ne veut pas dire pour autant que Bruxelles renonce à tordre le bras de notre Pays. D’abord parce que des états comme le Portugal ou la Grèce se sont imposés d’énormes sacrifices pour corriger leurs déséquilibres et ne comprendraient pas qu’on ménage la France, au seul motif que c’est un grand pays. Ensuite parce que l’Allemagne ne cherche plus à faire preuve de mansuétude. Voilà pourquoi, la Commission devrait travailler à une « recommandation » pour la France dès le début de 2015, quand le budget 2014 aura été exécuté. Recommandation dans laquelle il s’agira de réaligner, grâce à des chiffres plus tangibles, le budget 2015 avec des objectifs négociés avec Bruxelles.
Il faudra donc trancher sur le nombre d’années de « répit » qui seront à nouveau accordées à la France pour revenir sous les 3 % (un ou deux ans ?), et redéfinir une trajectoire budgétaire pour 2015. Dans ce cadre, Paris ne devrait pas échapper à un collectif budgétaire révisé pour 2015. Si la Commission se donne du temps, c’est aussi qu’il y a la volonté, notamment de son président Jean-Claude Juncker, de trouver une articulation entre les politiques budgétaires des pays de l’Union, et son plan de relance de l’économie européenne, à 300 milliards d’euros, dont il devrait annoncer les grandes lignes en même temps que la publication des avis sur les pays, ou quelques heures après.
UN TRES MAUVAIS INDICE MARKIT
Pour l’heure l’économie française reste à l’arrêt comme l’a montré la publication, cette semaine de l’indice PMI. Concernant la France, l'activité a enregistré une baisse pour le septième mois consécutif en novembre. En effet, l’indice PMI français est ressorti à 48,4 points, soit légèrement mieux qu’en octobre (48,2) mais encore sous la barre de 50 points, frontière entre contraction et expansion. Dans le détail, l’indice de l’activité manufacturière a reculé (47,6 points après 48,5 en octobre) tandis que l’indice des services s’est redressé à 48,8 (48,3 en octobre). Ces données pourraient se traduire par une contraction de 0,1% du PIB de la France au quatrième trimestre. Pour mémoire, c'est uniquement la hausse des dépenses publiques qui avait permis de maintenir une croissance de 0,3% du PIB au troisième trimestre. Surtout, les entreprises françaises interrogées par Markit font état de nouvelles suppressions de postes en novembre, rendant fort peu probable une inversion prochaine de la courbe du chômage.
Du coté des entreprises, les actionnaires d'EDF ont approuvé, vendredi, la nomination comme administrateur du groupe de Jean-Bernard Lévy, actuel PDG de Thales, qui doit succéder à la tête de l'électricien public à Henri Proglio. L'assemblée générale des actionnaires d'EDF, dont l'Etat français détient 84,5 % du capital, a aussi approuvé à environ 95 % l'entrée au conseil de Philippe Varin, l'ex-président de PSA Peugeot Citroën, ainsi que de l'ancienne présidente du Medef Laurence Parisot. Le mandat d’Henri Proglio à la tête de l’électricien français s’est achevé hier. Quant à Jean Bernard Lévy, il sera nommé officiellement aujourd’hui au poste de PDG du groupe d’électricité.
DU NOUVEAU DEMAIN SUR THALES ?
Sa succession chez Thalès reste un sujet prioritaire pour le gouvernement. A l’intérieur de l’entreprise, comme au sein de l’Agence des Participations de l’État, elle est envisagée à travers la nomination de Patrice Caine, le numéro deux que s’était choisi Jean-Bernard Lévy, une personnalité incontestée qui pourrait n’être que directeur général. Le groupe Dassault préfèrerait Pierre-Éric Pommellet, responsable des systèmes de mission de défense de Thales, qui a beaucoup moins de charisme et d'entregent. L'équipementier doit réunir son conseil demain soir pour avaliser les modalités de la succession de Jean-Bernard Lévy. A priori l’État devrait nommer le président, et les Dassault le Directeur Général. Pour le poste de président du conseil, le nom de Jean-François Cirelli continue de circuler.
Plus rien ne semble arrêter la boulimie d’Altice, la maison mère de Numericable. Présent à une convention organisée par la banque Morgan Stanley à Barcelone, Dexter Goei, le directeur général de la holding de Patrick Drahi, s’est déclaré intéressé par Bouygues Telecom. Cette déclaration intervient alors que le rachat de SFR par Numericable devrait être finalisé le 27 novembre et que le processus d’intégration de l’entreprise et de ses salariés commence à peine.
Enfin, jeudi dernier, le PDG intérimaire de Sanofi, Serge Weinberg a fait le déplacement à Boston afin de rassurer les actionnaires américains du groupe. Il a confirmé que le conseil prendrait son temps afin de trouver un nouveau directeur général. Le candidat recherché devra avoir une solide connaissance de la pharmacie, une bonne connaissance du marché américain ainsi qu'une forte capacité à communiquer avec les investisseurs, les journalistes. Par ailleurs Serge Weinberg a validé la stratégie mise en place par Chris Viehbacher en assurant que les priorités stratégiques du groupe seront renforcées. Le PDG a rendu hommage au remarquable retournement réalisé par la recherche et développement sous la conduite du directeur de la recherche, Elias Zerhouni que Sanofi ne veut surtout pas voir partir. Le but de la présentation était aussi de convaincre de la richesse du pipeline de Sanofi. Pour preuve, dix-huit nouveaux médicaments seront lancés de 2014 à 2020 qui pourraient générer un chiffre d'affaires supérieur à 30 milliards d'euros en cinq ans.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Manuel Valls veut tirer la corde du réformisme jusqu’à être mis en minorité
16/11/2014 - 07:49
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Hollande a perdu une occasion de se taire
09/11/2014 - 08:18

