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Presse US : Le Pen, la « populiste vitupérante » qui brasse large
La chaîne d’informations business américaine CNBC commence son article sur les élections françaises sous forme d’un QCM : « selon vous, les Français sont à un mois a) de la plus importante élection de 2017, b) leur plus importante élection présidentielle depuis 2002, c) la plus importante élection sur une à deux générations ou d) les trois autres réunis ». Une manière de rappeler le scénario principal, à savoir la possible élection de Marine Le Pen comme présidente de la France.
Le New York Times, qui sort ce jeudi un article intitulé « qu’est-il donc advenu de la fameuse ’liberté’ de la France ? » et s’émeut qu’aucun candidat n’ait évoqué le maintien de l’état d’urgence dans le pays depuis plus de 16 mois, considère que les Français ne sont pas conscients de l’enjeu. « La possibilité que Marine Le Pen, la populiste vitupérante, puisse bientôt utiliser les pouvoirs (de l’état d’urgence, ndlr) contre qui elle veut – les élites ‘mondialistes’, ou les musulmans dévots, ou les immigrés, ou les autres groupes qu’elle a identifiés comme menaçant l’intégrité de la nation – ne semble inquiéter personne ».
L’auteur explique cette passivité par une analyse culturelle : « l’humeur française est celle de la plainte. De façon justifiée, de nombreux Français se sentent victimes de la stagnation économique, du déclin culturel, et d’une classe dominante aveugle et auto-suffisante. Il est peut-être naïf d’espérer que ceux qui ont vécu leur propre adversité pourrait rassembler l’énergie morale pour envisager, encore moins protester, contre le malheur des autres ». Et de rappeler que le Premier ministre turc a pris l’exemple de la France lorsqu’il a déclaré l’état d’urgence, ce qui lui a depuis permis de prendre un contrôle de plus en plus autoritaire de son pays.
De son côté, le Wall Street Journal analyse la manière dont la fille du fondateur du FN a su démocratiser le parti, refuser les assimilations néonazies dont son père était coutumier, mais aussi utiliser le chômage élevé pour identifier les maux des Français, ce qui a permis son ascension comme premier parti de France. « Cela fait de l’élection française la plus difficile et conséquente dans la division idéologique du monde entre nationalisme et mondialisme », écrit le journaliste. Un autre article, titré « avec l’aide de l’élite de la France, Le Pen essaie de rendre l’extrême-droite grand public », relate les contributions des «Horaces », ces intellectuels clandestins qui contribuent à la campagne de Marine Le Pen, la rencontre et la collaboration avec Florian Philippot, et l’utilisation de son seul prénom pour la campagne présidentielle, de façon à attirer le plus grand nombre.
Mais les américains, qui ont déjà été abreuvés du « make America great again » de Donald Trump pendant la campagne, savent qu’il faut lire entre les lignes. Ainsi Trudy Rubin, pour le Philadelphia Inquirer, essaie d’imaginer ce que nombre de citoyens refusent d’envisager : « et si Marine Le Pen gagnait l’élection française ? ». « Si cette fan de Donald Trump et de Vladimir Poutine (qui l’aiment en retour) devient la nouvelle présidente française, cela va générer un tremblement de terre politique en Europe. Sa marque de populisme vindicatif aurait un effet toxique sur les institutions démocratiques françaises. Et elle semble vouloir détruire les institutions européennes qui ont maintenu la paix sur le continent depuis la Deuxième Guerre Mondiale ».
Pour elle, le personnage n’est pas sans rappeler le Président américain bien sûr : « Comme Trump, elle se construit sur une base qui se sent balayé par l’impact de la mondialisation culturelle et économique. Les immigrés musulmans, une catégorie bien plus importante de la vie française qu’aux Etats-Unis, deviennent les boucs émissaires à blâmer pour tous les maux, tout comme l’Union Européenne. Et comme Trump, Le Pen est passée maître dans la manipulation de la peur publique face à de nouvelles attaques terroristes ». Comparant la « tête de bébé » de Macron avec la pugnacité verbale de son adversaire lors du premier débat télévisé, l’auteur se rappelle de cette citation du livre des années 20, The Second Coming de WB Yeats : « Le meilleur manque de conviction, pendant que le pire est empli d’intensité passionnelle ».
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