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Jean Messiha : un Enarque eurosceptique au service de Marine Le Pen

Le coordinateur du projet du Front national et porte-parole du collectif les Horaces a travaillé pour le ministère de la Défense et le Trésor. Il défend publiquement une sortie de l’euro et un retour à la souveraineté budgétaire.
Jean Messiha
Jean Messiha

Jean Messiha, 46 ans, fait partie des rares hauts fonctionnaires à avoir rendu public son implication au sein du Front national. D’origine Egyptienne, celui qui est arrivé en France à l’âge de huit ans sans parler un mot de la langue de Molière aime à citer l’un des plus grands auteurs hexagonaux et pourtant d’origine polonaise : Romain Gary. « Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines. » Le romancier en question a d’ailleurs été choisi comme nom pour la promotion de l’ENA dont Jean Messiha est sorti en 2005. Ce dernier, qui a rejoint Marine Le Pen en 2014, après avoir passé trois ans à observer le travail de la présidente FN, a coordonné le projet présidentiel de la fille de Jean-Marie Le Pen. Jean Messiha a notamment apporté sa pierre au pan financier puisqu’il est également docteur ès sciences économiques.

Ce sont notamment les travaux de thèse de Jean Messiha qui l’ont fait basculer dans l’euroscepticisme. « J’avais voté ‘oui’ au traité de Maastricht en 1992 mais la découverte de tous les mécanismes européens qui sous-tendent l’Union européenne m’ont fondamentalement convaincu que le projet européen se faisait de plus en plus dans le dos des peuples, et même depuis les années 90, contre eux », explique celui dont la thèse s’est intitulée : Le statut économique des politiques budgétaires face aux traités de Maastricht et d’Amsterdam. A la suite de sa soutenance en 1999 et un diplôme de Sciences Po obtenu parallèlement, Jean Messiha constate les barrières à l’entrée que lui a valu le courant de pensée dans lequel il s’inscrit. L’homme deviendra néanmoins enseignant-chercheur en sciences économiques et opérera dans des universités comme Nanterre ou Robert Schuman.

La Défense et Bercy

Faute, donc, de pouvoir gravir les échelons comme il l’aurait souhaité, Jean Messiha décide de passer l’ENA. A sa sortie, il choisit de rejoindre le ministère de la Défense au détriment de Bercy. Il débutera en tant que conseiller financier du major général des armées et travaillera sur des dossiers tels que la mise en place d’une branche de Saint-Cyr au Qatar. Jean Messiha rallie ensuite le Trésor en qualité de conseiller économique et financier régional, d’abord pour le Moyen-Orient puis pour le Proche-Orient. Il a alors à charge de faire les constats qui s’imposent sur les Etats en portefeuille et sur les problématiques transverses qui leur sont liées, comme les hydrocarbures et les fonds souverains pour les pays du Golf et le Yémen ou encore l’endettement public pour des territoires comme la Palestine ou le Liban.

En 2011 et après quatre années passées à l’étranger, Jean Messiha a le mal du pays. « J’ai une idée très charnelle de la France. Je la considère comme une femme dont je suis amoureux depuis très longtemps et que j’ai besoin d’étreindre souvent (…). Quand j’étais à l’étranger, je réagissais mal quand un Français prenait la parole contre la France », explique la mariniste. Toujours en 2011, il est appelé par Michel Miraillet, directeur des affaires stratégiques au ministère de la Défense et aujourd’hui ambassadeur, pour préparer le nouveau livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Le tout dans le contexte du printemps arabe et de la crise financière. « Vous arrimez 19 pays ensemble. Quand l’océan est calme, tout va bien, mais dès que la houle commence à être un peu haute, les 19 embarcations deviennent difficiles à manœuvrer et l'arrimage est de plus en plus fragile », estime Jean Messiha.

Rétablissement de la souveraineté

Ce dernier souhaite donc une sortie de la France de l’UE mais également le retour au franc. « Le danger est aujourd’hui de rester dans la zone euro. On nous parle du coût de sortie mais jamais du coût de son maintien. Pourtant, en ce qui concerne le coût de l'euro, nous avons des ordres de grandeur », constate Jean Messiha, qui cite les documents envoyés par la France à Bruxelles en 2013. Pour 2014-2015, 69 milliards d’euros ont été budgétés au titre du soutien de la zone euro, selon l’exemple donné par l’économiste, qui estime que l’argent dépensé n’a rien réglé au problème de la Grèce notamment. Si Jean Messiha reconnaît que le franc pourrait être dévalué par rapport à l’euro à hauteur de 10 à 15% d’après ses chiffres et ceux du FMI, il estime également que la monnaie unique est actuellement surévaluée et que les marchés financiers ne devraient pas être trop bousculés. Ces derniers « ne raisonnent pas à échéance 2-3 mois. Aucun agent financier ne vend au plus bas. Il attend que les cours s’ajustent », argue Jean Messiha, qui notait néanmoins dans sa thèse que « la monnaie unique est globalement un bon projet ».

Le coordinateur de la campagne de Marine Le Pen souhaite par ailleurs rétablir les pouvoirs de la Banque de France. Si Jean Messiha fustige le fait que Mario Draghi, président de la BCE, ait outrepassé les traités pour sauver l’euro, il reconnaît l’efficacité de cette démarche. Il souhaite que la BdF puisse également racheter des titres de dette française sur le marché secondaire en cas de victoire de sa candidate. « Cela permettra une renationalisation progressive de la dette. Moins détenue par les étrangers, nous ne serons plus à la merci du chantage à l’élection et nous rétablirons la souveraineté budgétaire », explique-t-il. Et d’ajouter que la menace de l’utilisation d’un bazooka monétaire permet également de calmer les turbulences sur les spreads, comme l’a fait la Banque d’Angleterre lors du référendum sur le Brexit.

Jean Messiha, qui est déjà allé à Londres défendre le projet du FN, vante également le pragmatisme anglo-saxon. « Ceux qui ont le plus de barrières idéologiques, ce sont les traders français alors même qu’ils évoluent dans le monde des Anglo-Saxons. Les marchés ont assisté aux événements politiques récents comme l’élection de Donald Trump ou le Brexit mais au lieu de les déplorer, ils les ont juste intégrés dans leurs modèles et ont constaté que cela créé aussi parfois des opportunités. »

Enfin, Jean Messiha s’inquiète de voir la solidarité mise en place, via l’union bancaire, entre les banques de la zone euro, à l’heure où des établissements dans des pays comme l’Italie posent un risque systémique. Pourtant cette solidarité a été votée par la France elle-même. « On ne peut pas dire que l’on a consenti librement à refréner sa liberté. Il s'agit d'une véritable aporie. Ça n’a aucun sens de décider librement d'attenter à sa liberté ! », explique Jean Messiha prenant pour illustrer son propos l'exemple (hasardeux) du choix des femmes de porter le voile. L’économiste est également porte-parole des Horaces. Un collectif chargé de conseiller Marine Le Pen depuis l’an passé et qui regroupe aujourd’hui près de 150 hauts fonctionnaires et cadres du privé, tels que des personnes œuvrant à Bercy, mais qui souhaitent, pour leur part, rester anonyme.

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