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Jacques Généreux : l’économiste « hétérodoxe » de Jean-Luc Mélenchon

Ce professeur d’économie à Sciences Po fait partie des inspirateurs du Front de Gauche. Jamais dogmatique mais néanmoins pétri de convictions, Jacques Généreux souhaite une refondation anthropologique du discours économique.
Jacques Généreux
Jacques Généreux

Jacques Généreux a eu le temps de réfléchir au programme économique du Front de Gauche, porté par Jean-Luc Mélenchon. Cet économiste et professeur à Sciences Po depuis 35 ans a quitté le parti socialiste en 2002 aux côtés de l’actuel candidat à la présidentielle. « Une vraie politique de gauche n’était pas possible au PS, nous avons donc décidé de recréer une offre alternative », explique Jacques Généreux. Les deux hommes ont ainsi eu tout le loisir de discuter sur ce que leur parti pouvait proposer à la France. « Nous n’avons plus aucune divergence. Nous sommes arrivés à une synthèse de nos projets », estime aujourd’hui le bras économique du Front de Gauche.

Bien que pétri de convictions et enclin à argumenter sur ses sujets de prédilection, Jacques Généreux n’a pourtant rien d’un dogmatique, fermé au dialogue. Membre des Economistes atterrés et co-animateur du programme de la France insoumise, notre homme se définit avant tout comme un « économiste hétérodoxe ». S’il s’inscrit plutôt dans la tradition de Karl Marx ou des post-Keynésiens, cet expert n’est rattaché à aucune école. « Je déteste l’esprit de chapelle. Dans les écoles, il y a forcément de la compétition et la compétition, ça rend bête. C’est ce que nous enseigne les sciences cognitives », explique Jacques Généreux. L'auteur de l’ouvrage La Déconnomie (Seuil) œuvre ainsi pour le pluralisme dans sa matière, ne serait-ce qu’au niveau des chercheurs.

D’ailleurs, Jacques Généreux ne fait plus seulement de l’économie pure depuis 20 ans. Il s’intéresse à d’autres disciplines comme l’anthropologie, la neurobiologie ou la sociologie. Pour lui, ces différents volets -rattachés à l’humain- nous apprennent que les théories sur lesquelles nous avons fondé notre économie ne fonctionnent pas, parce qu’elles ne prennent pas en compte nos comportements. « Toutes les hypothèses sont fausses. Nos modèles sont extraterrestres car ils partent du principe que l’on peut tout régler avec du rationnel, que la spéculation ne joue aucun rôle et que les variations conjoncturelles peuvent être absorbées rapidement par le marché (…). Il faut avoir une refondation anthropologique du discours économique », ajoute cet enseignant, très attaché à la pédagogie.

Un pragmatique

Les sujets sur lesquels il a planché sont nombreux. Sur les questions financières, Jacques Généreux est un pragmatique. « C’est une ânerie économique de dire que l’on est contre la finance de manière globale. Nous avons besoin des établissements financiers pour les entreprises, les particuliers, pour couvrir les risques etc. Nous sommes contre la finance qui veut faire plus d’argent avec de l’argent », martèle Jacques Généreux, faisant ainsi référence au discours du Bourget de François Hollande. L'économiste de 60 ans plaide, par exemple, pour une séparation claire des activités bancaires, si possible au niveau européen. Il s’agit de mettre à l’abri de la finance toxique tout ce qui participe à l’économie réelle. De la même manière, sur le volet dette, Jacques Généreux préconise de s’endetter pour investir mais de surtout arrêter les dépenses à crédit liées aux coûts de fonctionnement.

En ce qui concerne les instruments financiers, Jacques Généreux souhaite faire un inventaire de tout ce qui est utile et de tout ce qui ne l’est pas. Pour lui, la plupart des produits dérivés ne servent qu’à la spéculation. Parmi ceux qu’il cite : la titrisation, un outil complexe et opaque. « Même Warren Buffet a toujours expliqué que ce type de pratiques était une arme de destruction massive ! », commente-t-il. Comment séparer le bon grain de l’ivraie ? « Il faut questionner les entreprises sur leurs besoins, pas les banquiers et les gestionnaires de fonds. Vous pensez vraiment que les entreprises ont besoin de LBO, qui les mettent à la merci de prédateurs ? » A l’inverse, Jacques Généreux n’est pas contre les investissements étrangers dans les grandes entreprises de l’Hexagone, lesquels montrent l’attractivité de notre pays.

Plus globalement, l’expert veut conserver ce qui touche aux producteurs et mettre de côté tout ce qui a trait au capitalisme de rente. Afin d’éviter que l’instauration des mesures du Front de Gauche ne provoquent un raz-de-marée en cas d’élection de Jean-Luc Mélenchon, Jacques Généreux explique qu’il faudrait implanter des mesures exceptionnelles d’urgence et à durée limitée, le temps de tout mettre à plat dans l’intérêt général. « Les capitaux qui s’en iraient vraiment, ne servent de toute façon à rien pour l’économie réelle », estime Jacques Généreux.

Un discours européen

Les salaires des patrons seraient en outre plafonnés et ne pourraient dépasser un ratio de 1 à 20 par rapport au salaire le plus bas. L’un des buts poursuivis étant notamment de voir les personnes les moins bien loties mieux rémunérées. « Je ne crois pas à la fuite des talents. Dans les années 50, les grands patrons étaient beaucoup moins payés et ils étaient tout aussi compétents. Le vrai entrepreneur ne fait fondamentalement pas les choses pour avoir 500 000 ou un million d’euros en plus. Et puis ces gens-là ont une vie en France… » En cas d’évasion fiscale, les fraudeurs seraient rattrapés plus tard, paieraient leurs impôts même de l’étranger à la manière du système américain, et/ou seraient incités à revenir d’eux-mêmes.

Autre grand sujet : l’Europe dont il faut repenser les institutions. « Le statu quo est mortel », résume Jacques Généreux. Pour sauver l’Union européenne, ce dernier préconise d’arrêter unilatéralement d’appliquer les traités, de s’affranchir de la norme budgétaire et d’imposer des mesures d’urgence le temps que les Européens se mettent autour de la table. Cette pression devrait créer « un électrochoc » chez nos partenaires, qui n’auraient aucun intérêt à refuser le dialogue avec l’Hexagone. « Il faut identifier ce qui ne va pas et voir ce sur quoi nous pouvons nous entendre. » Si un accord était trouvé, quitte à faire des exceptions dans certains domaines et pour certains pays, le texte serait soumis au vote des Français « Le vrai danger, c’est en réalité la montée des souverainistes et l’éclatement dans le désordre de l’Union européenne. » Pour sauver, l’euro, la méthode serait la même. L’idée étant d’introduire plus de souplesse. En cas d’impossibilité de trouver un terrain d’entente, la monnaie unique pourrait servir pour les échanges internationaux, et les Etats pourraient avoir chacun leur euro-pays. Rien n’a en tout cas été laissé au hasard par la gauche de la gauche.

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