AG : le cataclysme annoncé n'a pas eu lieu
« Cette année s’est ouverte dans un climat guerrier. On annonçait une guerre sur les rémunérations, une guerre des actionnaires activistes, et des OPA, et finalement il ne s’est rien passé de toute cela », note Bénédicte Hautefort, éditrice de l’Hebdo des AG, qui présentait ce matin son bilan annuel de la saison 2017. En effet, le bal des grands raouts du CAC 40 s’est achevé hier. En tout, 106 des sociétés du SBF 120 ont tenu leur réunion annuelle. L’Hebdo des AG note que 90% des résolutions ont été votées très largement, même sur des sujets délicats comme le say on pay. L’AG d’Elior -parmi les premières de la série- avait fait craindre un mouvement de contestation, puisque la rémunération du PDG a été rejetée à 63% par les actionnaires. In fine, même si des écarts sont à noter, les chiffres restent plutôt bons notamment grâce au dialogue avec les parties prenantes en amont.
Dans le détail, les parachutes ont été validés à hauteur de 88%, les stock options de 83% et les votes sur la politique de rémunération 2017 ainsi que les say on pay ont obtenu un score moyen de 88% au sein de l’indice phare parisien, selon les chiffres de l'Hebdo des AG. Des cas isolés ont néanmoins été enregistrés comme le say on pay de Carlos Ghosn, accepté à une courte majorité (53%). Si pour la plupart des entreprises, aucune fronde n’a été à déplorer, Caroline de La Marnierre, fondatrice de Capitalcom, note néanmoins que les scores sont un peu en deçà par rapport à l’année d’instauration du say on pay consultatif (2014), avec des scrutins qui sont passés en moyenne de 91,96% à 87,81% en 2017 (sans compter les quelques dernières AG du CAC 40). « Les premières années, il a fallu que le processus se rode. Maintenant, il y a une plus grande familiarité avec le sujet. Un certain nombre d’investisseurs ont pris des positions de place et n’hésitent pas à s’opposer à des résolutions. Le dialogue est en train de s’installer et aucune résolution concernant le say on pay au sein du CAC 40 n’a été retoquée en AG », commente-t-elle.
Parmi les autres points saillants, le CAC 40 a cassé la barre des 40% de femmes (44%, selon l’Hebdo des AG) dans les conseils d'administration voulu par le législateur à compter de cette année. « L’an dernier, il y a eu quelques commentaires désobligeants qui disaient que l’on n’aurait pas le quota de 40% de femmes ou que la taille des conseils serait réduite pour atteindre cet objectif. Ce n’est pas le cas », rapporte Bénédicte Hautefort. Caroline de La Marnierre a également remarqué que les entreprises s’attachaient à montrer que les membres des boards n’étaient pas coupés de la réalité : « Les sociétés ont expliqué en quoi leurs administrateurs sont en prise directe avec les parties prenantes, que ce soit avec le Comex ou les équipes opérationnelles par exemple. Elles ont montré comment la composition du Conseil se met en cohérence avec la stratégie de l’entreprise. Les Conseils sont de plus en plus diversifiés et ouverts à l’international ». Néanmoins, le montant moyen des jetons de présence (28.000 euros au sein du SBF, selon l'Hebdo des AG) pourrait être un frein à l’arrivée de certains administrateurs étrangers, comme l'a souligné le cabinet Heidrick & Struggles la semaine dernière lors d'une conférence de presse.
Par ailleurs, la présidente de Capitalcom a constaté que les groupes avaient mis en avant les différents changements qui les impactent. « Les entreprises ont beaucoup parlé de révolutions ; il y a 8-9 ans on parlait de crise, puis d’évolution, et il y a 1 an ou 2 de transformation. C’est un terme profond, qui traduit la prise de conscience par les dirigeants de la nécessité – urgente – de faire évoluer les business models en synchronicité avec l’évolution des aspérités des parties prenantes », raconte-t-elle. Ce qui a été le cas de sociétés comme Publicis, Danone, AccorHotels ou encore Engie. Bénédicte Hautefort s’est toutefois étonnée, pour sa part, que seulement cinq sociétés du SBF 120 aient présenté leur stratégie sur le digital. Pour elle, les entreprises avancent probablement plus vite sur ce sujet que leur public et ne communiquent pas assez dessus, estimant que cela n’intéresse peut-être pas suffisamment analystes et actionnaires.
En outre, sur le sujet de la RSE, Bénédicte Hautefort note qu’elle a été « le parent pauvre » des AG, avec seulement 3,24 minutes en moyenne consacrées dans le CAC 40 à ce volet. Ce qui correspond à la moitié du temps sur ce même sujet en 2016. Ce sont les ONG, comme chez EDF qui ont mis les pieds dans le plat. Pour sa part, Caroline de La Marnierre estime que le sujet est désormais bien entré dans les mœurs. Elle a ainsi pu constater un dialogue sur le climat notamment.
D’autres remarques, plus structurelles, font également partie des premiers bilans. Ainsi, le temps de ces réunions a diminué. « On a perdu environ une demi-heure en moyenne sur chaque AG depuis 2005. Les présentations se sont réduites et la généralisation des votes électroniques a permis de réduire le temps des AG. Dans le même temps, les entreprises favorisent les débats, en adoptant une approche moins protocolaire. C’est une bonne chose », explique Caroline de La Marnierre. La patronne de Capitalcom a également noté une baisse des actionnaires présents. Fléchissement parallèle à la dégradation du nombre d’actionnaires individuels depuis 2008. Parmi les points du bilan de Bénédicte Hautefort : les actionnaires sont mobilisés, mais l'experte se pose la question de savoir si les droits de vote double, instaurés par la loi Florange, ont faussé ou non la démocratie actionnariale.
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