L’instabilité réglementaire, facteur d’érosion de l’actionnariat salarié
Où en est l’actionnariat salarié en France ? C’est tout l’objet de l’étude annuelle menée par le cabinet Eres et présentée ce mercredi. Il en ressort que l’Hexagone est restée championne d’Europe en 2016 de l’actionnariat salarié dit « démocratique », c’est-à-dire des opérations collectives (et non pas ciblées) proposées aux collaborateurs pour entrer au capital de l'entreprise. Et ce, souvent avec des facilités telles qu'une décote. Ainsi, 76,3% des grandes entreprises cotées de notre pays proposent un plan collectif pour un taux de salariés actionnaires de 35,8% et un taux de détention des titres de 4%. Soit des chiffres bien meilleurs que les données européennes (47% des sociétés, pour un taux de démocratisation de 22% et 1,6% de capital détenu par les collaborateurs). Notre pré carré cumule donc toujours pas moins de 37% des actionnaires salariés européens pour des opérations moyennes par tête de près de 5 000 euros (SBF 120 en 2016) et des rendements généralement très attractifs.
« C’est un véhicule fantastique pour remettre des actions dans les portefeuilles des français », soulignent les associés du cabinet Eres. L’actionnariat salarié est également une manière de fidéliser ses troupes et de les inciter à s’impliquer dans la vie de l’entreprise. A partir de plusieurs critères, le cabinet a ainsi mis en avant trois sociétés: Airbus, Arkema et Essilor, qui ont une forte culture de l’actionnariat salarié et dont les opérations enregistrent de belles performances. Si le cocorico est de mise, Eres met toutefois en garde contre les risques d’érosion. Le pourcentage d’entreprises cotées avec un plan collectif, ainsi que le taux de démocratisation, continuent de baisser (de respectivement 80% en 2014 contre 76,3% en 2016 ; et de 44,4% contre 35,8%).
A noter néanmoins que -paradoxalement »- l’année dernière le nombre d’opérations d’actionnariat salarié (35 en 2016) dans le SBF 120 n’a jamais été aussi élevé depuis 2006. « Les bonnes années boursières sont plutôt propices aux opérations, tout comme lorsque les entreprises ont une bonne santé financière », expliquent les associés du cabinet. En outre, la part des entreprises du SBF 120 ayant réalisé au moins une augmentation de capital réservée à leurs collaborateurs ou une cession d’actions dans l’année est en hausse. Autre indicateur dans le vert : les opérations couvrent de plus en plus de salariés (92,6%). « Cela est notamment dû aux FCPE (…). Il y a aussi une vraie volonté de toucher le plus grand nombre de pays même si cela engendre des coûts additionnels (…). Il est également possible que les équipes en interne soient de plus en plus opérationnelles sur ce sujet », poursuivent les associés.
La baisse serait sans doute liée, en partie, à la chute des plans collectifs d’attribution gratuite d’actions -mécanisme rarement refusé par les salariés et qui généralement touche 100% des effectifs. Les chiffres sont clairs : en 2012, 10 plans avaient été enregistrés au sein du SBF 120, contre 5 en 2015 et 3 en 2016. Pour mémoire, la loi Macron avait relancé la machine en 2015, laquelle a été stoppée nette courant 2016 lorsque les discussions autour de la loi de finances 2017 ont évoqué un rétropédalage. Eres indique néanmoins que le gouvernement pourrait revenir sur une partie des mesures qui ont nui au dit mécanisme. "La corrélation entre érosion et instabilité est manifeste", concluent les intervenants qui militent pour plus de certitude réglementaire, si possible dans le sens de ce mécanisme.
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