Face aux difficultés, Jean-Louis Chaussade réorganise Suez
En janvier, Suez avait prévenu. Le groupe avait annoncé que son 4ème trimestre serait moins dynamique que prévu et que son bénéfice d’exploitation de 2017 en serait affecté. Ce qui avait provoqué une chute de son cours de Bourse de l’ordre de 16%. Aujourd’hui, la société, qui présentait ses résultats, a fait part d’un bénéfice net de 302 millions d’euros, en baisse de 28,1% sur un an. Le chiffre d’affaires fait mieux, à 15,87 milliards d’euros (+4,1%). L’Ebit s’est, lui, établi à 1,28 milliard, stable d’une année sur l’autre (+0,2%) et en croissance de +0,6% à change constant. Mais l'évolution de ce dernier « met en évidence des différences sensibles selon les divisions ». En effet, la performance organique de la division Eau Europe a subi un déclin de 7,6%. Celui-ci résulte principalement d’un accroissement des dépenses en Espagne, d’une reprise de provisions en 2016 pour 11 millions d’euros à l’issue de l’accord final obtenu avec Lille Métropole et de l’absence d’inflation en Europe. En revanche, la division Recyclage et Valorisation du Vieux Continent affiche une croissance organique de 6,4%. Quant à l’Ebit de la division Internationale, ce dernier est en hausse de 1%.
Ces turbulences adviennent alors que Jean-Louis Chaussade, directeur général, et Gérard Mestrallet, président, seront atteints l’an prochain par la limite d’âge et devront céder leurs sièges respectifs. Or aujourd’hui, le DG, qui vise lui-même le poste de président, a montré qu’il prenait la mesure des difficultés. Il a ainsi annoncé une réorganisation du comité de direction, qui a pris la forme d’un jeu de chaises musicales en interne.
Ses choix donnent une idée des candidats les mieux placés pour prendre la suite du directeur général. Ainsi, le groupe - dont la communication financière a été critiquée - change de grand argentier dès aujourd’hui. Et c’est un ancien CFO de Suez qui reprend du service. Jean-Marc Boursier, qui était depuis 2015 chargé de l’activité Recyclage et Valorisation en Europe, conserve néanmoins, en sus des finances, sa mission de développement des activités de Recyclage & Valorisation dans le Nord du continent, ainsi que de traitement et valorisation des déchets dangereux en Europe. C’est donc un DG potentiel, proche de Jean-Louis Chaussade et qui a la confiance du marché, qui va devoir délivrer au niveau financier et continuer sur sa bonne lancée opérationnelle. Jean-Marc Boursier a également pour lui d’être apprécié d’Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie.
Par ailleurs, à compter du 19 mars, Marie-Ange Debon - jusque-là en charge de la division internationale - est nommée DGA en charge de la France, de l’Italie et de l’Europe Centrale. Elle va prendre la responsabilité d’un gros périmètre : les business units Eau et Recyclage & Valorisation en France. Pour mémoire, l’Hexagone est le pays le plus important pour Suez. Marie-Ange Debon, également proche de Jean-Louis Chaussade, s’inscrit ainsi aussi dans la course à la direction générale. Outre ses qualités opérationnelles, elle a également pour elle d’être une femme, à l’heure où la parité est un sujet qui compte. Sujet sur lequel l’intéressée est d’ailleurs très impliquée.
Quant à Christophe Cros, qui oeuvrait comme CFO jusque-là, ce dernier ne garde « que » son titre de président de Water Technologies & Solutions. Entité qui regroupe les activités de services industriels de Suez, mais surtout, l’activité de l’ex-GE Water & Process Technologie acquise en 2017. Or cette dernière fait partie des sources de préoccupations de Suez. « Des éléments spécifiques survenus en fin d’année, ne nous ont pas permis d’atteindre nos objectifs de rentabilité opérationnelle », a déclaré Jean-Louis Chaussade. Le groupe va devoir montrer qu’il est capable de l’intégrer et de mettre en place les synergies nécessaires.
Par ailleurs, Suez a promu Bertrand Camus, actuellement DGA Eau Europe et DG Eau France. Ce dernier se concentrera sur les zones Afrique, Moyen-Orient, Asie et Pacifique. Angel Simon, qui était le patron de l’activité Eau en Europe, prend en charge l’Espagne et les zones Amérique du Nord et Amérique latine. Enfin, Jean-Yves Larrouturou, le monsieur transformation du groupe et secrétaire général, va s'occuper des grands comptes industriels dès aujourd'hui. Les membres de la nouvelle équipe en piste, et surtout les favoris, auront à faire leurs preuves rapidement puisque la clôture des comptes au 30 juin va arriver très vite. De quoi donner un avant goût de la direction à venir, si le candidat est bien choisi en interne.Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

