Arnaud Giraudon : du Crédit Mutuel à la banque "anti-système"
Pas facile de suivre la trajectoire d’Arnaud Giraudon qui aime plus que tout aborder de nouveaux challenges, aller sur des terrains non balisés, bâtir, inventer. Ainsi, même s’il a passé 16 ans au sein du Crédit Mutuel Arkéa, ce diplômé de l’Ecole centrale et de HEC, reconnaît qu’il n’a jamais fait la même chose au sein de la banque plus de deux ans d’affilé. Avant d’en partir en 2010, il était patron de Suravenir. Avant cela, il a participé à la création du courtier en ligne Symphonis et élaboré le premier contrat d’assurance-vie disponible sur Internet. En 2010, il se lance dans l’entrepreneuriat en créant AcommeAssure, structure d’assurance en ligne.
Cette nouvelle aventure aurait pu le rassasier. Mais non. Depuis juillet le voilà reparti pour relever un nouveau défi : institutionnaliser et donner un second souffle au projet de banque alternative lancé par Hugues Le Bret, Compte Nickel, dont il est devenu le directeur général. Projet hors du commun puisque reposant exclusivement sur le réseau national des buralistes et plutôt destiné à une population jusque-là exclue des radars des réseaux bancaires classiques. « Ce qui m’a plu dans ce projet, c’est son côté disruptif, innovant. Tellement innovant qu’il a déjà séduit 400.000 clients et 2.000 buralistes », assure-t-il. Hugues Le Bret a manifestement été très convainquant car il a réussi à pousser ce Breton originaire de Lannion à quitter sa région natale pour venir le rejoindre à Paris. Une véritable gageure. Mais peut-être pas pour longtemps car parmi les nombreux projets qu’il compte mettre en œuvre figure celui de créer une grosse antenne à Nantes où seront localisés les services informatiques et de production. Soit une soixantaine de personnes alors que 20 autres collaborateurs devraient aussi venir rejoindre la centaine existante au sein de la capitale dans le domaine du contrôle interne, des RH et du marketing.
De très beaux noms de la finance ont accepté de les accompagner, à commencer par Philippe Oddo à titre personnel, mais aussi le fonds d’investissement Partech Venture. D’autres frappent à la porte et pourraient prochainement participer, eux aussi, à ce projet qu’Arnaud Giraudon qualifie volontiers «d’anti-système ». « D’ailleurs, vous remarquerez que l’on ne fait aucune publicité ni à la télé, ni dans les journaux. On ne veut pas ressembler aux banques traditionnelles. On est résolument sur un schéma alternatif de banque réellement populaire », ajoute-t-il. L’initiative enthousiasme tout autant les buralistes, aujourd’hui très nombreux à proposer leur service. A tel point que les responsables de Compte Nickel n’ont presque pas besoin d’aller les démarcher pour proposer leurs services.
Le hasard n’existant pas, il est cocasse de savoir qu’Arnaud Giraudon est fils de….buraliste et qu’il se souvient encore avec émotion du temps où il vendait du tabac dans le bureau tenu par son père. La profession est d’ailleurs, elle aussi, actionnaire du groupe à hauteur de 5%. Reste maintenant à faire grossir l’entreprise, mais sans précipitation, à rationaliser son développement sur de bonnes bases et à confirmer son statut iconoclaste. Sur le seul mois dernier, le Compte Nickel a ouvert 25.000 nouveaux comptes. Les « néo banques » semblent, de toute façon, séduire un nombre croissant de clients à la recherche de services innovants et meilleur marché que dans les grands réseaux classiques. D’où la prochaine arrivée en France de nouveaux acteurs sous la houlette d’Orange ou de Carrefour. Sans parler d’autres initiatives de plus petite taille et parfois régionales. Les grandes banques l’ont bien compris et achètent à tour de bras des Fintechs pour tenter de contrer cette tendance forte.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

