Le secrétaire au Trésor qui "oublie" de déclarer 100 millions de dollars
Alors que le Président élu est arrivé jeudi à Washington où il doit prêter serment aujourd’hui, les membres de son cabinet subissent depuis plusieurs jours déjà les foudres des membres démocrates du Congrès, lors de leurs auditions. Dans ce cadre, les déclarations de Steven Mnuchin, ancien patron de la banque OneWest et fondateur du hedge fund Dune Capital, étaient attendues de pied ferme par les Démocrates. L’un d’eux, qui a d’emblée attaqué le prochain secrétaire au Trésor en lui reprochant d’avoir dirigé des hedge funds logés dans des paradis fiscaux pour échapper à l’impôt, a d’ailleurs été réprimandé par le sénateur républicain du Kansas, qui l’a invité à prendre un Valium pour se calmer…
Les parlementaires ont été échaudés lorsque quelques heures avant le début de cette audition -qui doit aboutir au vote pour sa confirmation-, le nominé a amendé sa déclaration pour y inclure 95 millions de dollars d’actifs immobiliers aux Etats-Unis (une résidence à New York, à Southampton dans les Hamptons et à Los Angeles) et 15 millions de dollars d’immobilier au Mexique. Il a également indiqué qu’il était le représentant d’une structure logée aux Caïmans, ce qui a provoqué l’ire des Démocrates, dénonçant la « mare » de privilégiés dont Donald Trump avait déclaré vouloir se débarrasser s’il arrivait au pouvoir.
De fait, Steven Mnuchin a été malmené sur deux grands sujets : d’une part, les saisies immobilières (il a été surnommé « le Roi des saisies ») qu’il a pratiquées à grande échelle lors de la crise immobilière. Ce dernier a racheté au gouvernement la banque Indymac en faillite en mars 2009, l’a renommée OneWest, l’a recapitalisée de 2 milliards de dollars et redressée. Avant de la revendre à CIT Group pour 3,4 milliards de dollars en 2015. Mais cela s’est fait au prix de nombreuses saisies, et le financier s’est employé à défendre l’idée selon laquelle la banque avait rééchelonné des prêts au maximum pour soulager des débiteurs, mais n’avait pas pu éviter des saisies.
D’autre part, celui qui a ensuite fondé le hedge fund Dune Capital a subi une pluie de critiques pour avoir logé ses holdings dans les îles Caïman. Ce dernier a répondu qu’il n’avait jamais cherché à avantager sa propre situation fiscale, mais plutôt à satisfaire les demandes de ses clients, des organismes de charité ou des acteurs étrangers, et n’avait jamais dérogé à la loi. Il a reconnu que certaines niches fiscales « n’ont aucun sens » à part « enrichir les comptables », et qu’il travaillerait à les supprimer.
Enfin, il a dévoilé des positions économiques parfois éloignées de celles du Président ou même du Congrès. Il a ainsi estimé que le dollar fort était « important » et considéré qu’en le jugeant trop élevé, Donald Trump ne « voulait pas faire de commentaire à long terme ». Avant de promettre qu’une fois en place, le gouvernement parlerait d’une seule voix… Il a aussi défendu l’utilité des sociétés hypothécaires Fanny Mae et Freddie Mac, alors que les Républicains l’ont déjà accusé d’avoir engendré la crise financière. Même chose avec l’IRS, le fisc américain, dont les rangs doivent être renforcés alors que les Conservateurs voulaient l’alléger. Il a en revanche des positions plus nuancées sur le Consumer Financial Protection Bureau ou la Volcker Rule, que certains politiciens veulent purement et simplement abroger. S’il n’a pas trop froissé les Républicains, Steven Mnuchin devrait être confirmé : il faudrait l’opposition de tous les Démocrates et de deux Républicains pour que sa nomination soit retoquée.
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