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Une odeur de poudre et d’or noir
Ce que l’on redoutait depuis quelques semaines, après l’attaque de tankers par des drones iraniens, à la sortie du Détroit d’Ormuz, a fini par arriver. Tôt samedi matin, des attaques de drones revendiquées par les rebelles yéménites Houthis ont frappé les complexes d'Abqaiq et de Khurais en Arabie Saoudite, entraînant un arrêt de production évalué à 5,7 millions de barils par jour selon les autorités, soit environ la moitié des capacités quotidiennes du pays. Il s’agit d’un événement très grave, tant sur le plan géopolitique, qu’énergétique et financier.
L’Arabie Saoudite, c’est certain, soutient ouvertement et même militairement le gouvernement yéménite contre les rebelles Houthis. Cette guerre s’enlise depuis plusieurs mois. Mais l’ennemi historique de l’Arabie Saoudite (sunnite), l’Iran (chiite) soutient lui aussi très ouvertement les rebelles Houthis contre le gouvernement yéménite. Il s’agit d’un conflit local certes, mais dans une poudrière qui est aussi la première réserve mondiale d’hydrocarbures. D’où un risque d’escalade militaire qui se propagerait aux richesses minières de l’Arabie.
C’est ce qui a été fait avec cette attaque de drone armé. Des drones naturellement fournis par l’Iran, car les rebelles yéménites ne maîtrisent pas cette technologie. On assiste donc à une attaque de l’ennemi héréditaire perse contre le royaume saoudien qui est directement touché au portefeuille, à un moment où il connaît une crise économique. Les dégâts de cette attaque ont été importants même si les Saoudiens assurent pouvoir remettre en état les installations pétrolières bombardées dans un délai de 30 jours. Entre-temps le pays va puiser dans ses cinq centres de stockage souterrains qui contiennent environ 250 millions de barils, afin de répondre à la demande de ses acheteurs de pétrole.
Il reste que le prix du pétrole flambe ce matin et les futures, qui donnent une indication du sentiment des traders sur l’avenir, ont grimpé de 20 % à l’ouverture du marché. Soit la plus forte hausse jamais vue depuis la création de ce marché. Ce qui signifie que l’ensemble des marchés de matières premières vont être orientés à la hausse au cours des semaines qui viennent, qu’il y ait ou non de nouvelles attaques.
Naturellement au-delà du marché des hydrocarbures cela va avoir un impact sur l’ensemble de l’économie mondiale au moment précis où les tensions sino-américaines pèsent déjà sur les perspectives de croissance. Certes, il faut aujourd’hui deux fois moins de pétrole pour donner un point de PIB qu’il y a trente ans. Donc il est trop tôt pour parler de choc pétrolier. Mais si, comme il l’a assuré par tweet, Donald Trump tient ses promesses et envisage de venger l’Arabie Saoudite, alors on assistera à une véritable escalade dans toute la région - et cela alors qu’ont lieu d’importantes élections en Israël - et il y a un vrai risque pour l’ensemble des marchés actions, qui sont à la baisse ce matin.
Un adage boursier assure qu’il faut acheter au son du canon. Mais, en dehors de l’attaque de ce drone, les canons ne sont pas vraiment sortis. Et ils ne demandent qu’à faire tonner la poudre. Pour l’instant seul le risque d’un conflit généralisé avec l’Iran retient les différents protagonistes.
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