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Politique monétaire
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La BCE prête à faire plus, malgré les critiques

Les gouverneurs ont reconnu la nécessité de défendre leur politique contre les critiques de l'Allemagne et des investisseurs et de réaffirmer l'indépendance de leur mandat, selon les minutes dévoilées aujourd'hui. Et se tiennent prêts à dégainer si les conditions le requièrent. 
Mario Draghi
Mario Draghi

Alors que les minutes de la Fed dévoilées ce matin ont révélé que la réserve américaine était finalement plus "hawkish" que ce que les marchés anticipent, le compte-rendu de la dernière réunion de la BCE publié cet après-midi est tout l'inverse. A savoir que la BCE est prête à faire encore davantage pour soutenir l'économie, "si les conditions l'exigent". Une autre baisse des taux directeurs d'ici à la fin de l'année est donc envisageable, si la croissance est plus décevante que prévu. "Nous pensons que la BCE baissera une dernière fois ses taux, mais elle en a presque terminé avec son assouplissement monétaire" explique ainsi Keith Wade, économiste en chef chez Schroders à Londres.

Le compte-rendu des échanges entre gouverneurs insiste pourtant en premier lieu sur la nécessité de patienter avant de voir l'impact global des mesures de politique monétaire mises jusqu'à présent, ce qui, selon les analystes de BNP Paribas, souligne que la BCE ne va pas précipiter la reprise de l'inflation par un nouveau train de mesures dès le mois de juin. Car, selon les gouverneurs lors de leur réunion, "les effets de la politique monétaire sont progressivement en train d'apparaître" et les dernières décisions "ont pour l'instant été un moyen efficace d'amortir les turbulences financières récemment observées en début d'année".

Le compte-rendu souligne à ce sujet que les gouverneurs ont convenu de la nécessité de défendre leur institution et de faire bloc contre les critiques grandissantes proférées à son égard. La politique de taux bas menée par Francfort a notamment subi les foudres du ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble, qui l'a accusée d'avoir entraîné la montée du parti anti-européen allemand AfD (Alternative für Deutschland). L'Allemagne n'est pas la seule à critiquer l'institution et les investisseurs sont eux-même de plus en plus dubitatifs quant à l'impact des mesures d'assouplissement monétaires décidées par Draghi. "Après la bulle sur les dettes souveraines, la BCE ne va-t-elle pas en créer une sur les obligations d'entreprise ?", s'interrogent les gérants de Rothschild & Cie Gestion aujourd'hui. Selon eux, l'initiative de la BCE d'acheter des obligations corporate réduit encore davantage les opportunités de rendement pour les investisseurs. "Avec 250 millions d'euros d'achat d'obligations corporate par jour, la BCE aura les moyens d'envoyer les taux longs au tapis. Les obligations investment-grade à 10 ans nous semblaient déjà trop chères avant que la BCE annonce ce programme, elles le sont encore plus aujourd'hui", explique Emmanuel Petit, responsable de la gestion obligataire chez Rothschild & Cie Gestion.

C'est en raison de ces nombreuses critiques donc, que les gouverneurs ont jugé nécessaire de réaffirmer leur confiance dans la capacité de leur politique à ramener l'inflation vers l'objectif de 2% "à moyen terme". "Il y a un accord général sur le fait qu'il y avait nécessité de juguler la perception selon laquelle la politique monétaire ne pouvait plus contribuer au retour de l'inflation", est-il écrit dans les minutes de la BCE. Et les gouverneurs d'ajouter : "à la lumière de récentes critiques publiques (...) dans un pays membre, il a été jugé important de réaffirmer collectivement l'indépendance de la BCE dans l'exercice de son mandat". Le gouverneur de la Banque de France a d'ailleurs défendu le mandat de la BCE et l'efficacité de sa politique, dès hier devant la presse parisienne, même s'il a souligné la nécessité pour les Etats de mettre en place des réformes structurelles en parallèle.

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