Macro-économie / Taux
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L'année 2025 vue par... Anne-Sophie Alsif /
Cheffe économiste de BDO France
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ?
La zone euro connaîtra une reprise timide du taux de croissance à +0,8% en 2024 et +1,3% en 2025 en raison de la reprise de l’investissement et de la consommation privée. Elle connaît une accélération légère du taux de croissance en raison de la reprise de la consommation privée (+0,9% en 2024 et +1,3% en 2025) entretenue par une politique budgétaire plus restrictive et le ralentissement du taux d’inflation. La croissance se maintient en raison de la demande intérieure ; et de la hausse du taux d’investissement de nouveau positif en 2025 (-1,8% en 2024 à +0,8% en 2025). Le taux de chômage reste contenu (6,4% en 2024 et 6,3% en 2025) en raison de la reprise progressive de la croissance économique. La politique monétaire devrait s’assouplir en raison du fort ralentissement du taux d’inflation et afin de stimuler la reprise de l’investissement productif.
Les principaux risques restent la progression des écarts entre Etats membres concernant les écarts budgétaires à travers les trajectoires de désendettement et la réforme du Pacte de stabilité et de croissance (PSC). Les taux d’endettement publics vont de 28,5% au Luxembourg à 141,7% en Italie en 2024. Ces écarts peuvent remettre en cause la solidité de la zone euro face aux chocs exogènes.
Les crises politiques en Allemagne et en France se transforment en crise financière notamment en France où l’écart de taux avec le 10 ans allemand dépasse les 80 pb alors que la moyenne historique se situait autour de 40 pb. Cette crise augmentera le coût de refinancement de la dette française et demandera de dégager des marges de manœuvre supplémentaires concernant la réduction du déficit public français à 6% en 2024.
En effet, les finances publiques resteront durablement dégradées en zone euro avec un déficit public à 3,1% en 2024 et 2,9% en 2025. La dette publique devrait s’élever à 90,1% en 2024 et à 91% en 2025.
La zone euro sera également impactée négativement pour les mesures protectionnistes de D. Trump impactant ses échanges commerciaux dans un contexte de faible croissance.
Faut-il s'attendre à une divergence marquée entre les politiques monétaires menées par la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine ?
Oui, en effet. L’inflation européenne étant exogène et provenait de la forte hausse des prix de l’énergie alors que l’inflation américaine était "classique" : forte demande, pénurie sur le marché du travail, forte hausse des salaires. De fait, les deux banques centrales, après avoir fortement augmenté les taux d’intérêt (10 hausses en deux ans pour la BCE), vont mener une politique d’assouplissement monétaire mais dans des temps et des proportions différentes. La BCE devrait baisser ses taux deux à trois fois en 2025 en raison de la faiblesse de l’inflation et de l’investissement. La Fed pourra faire une pause en raison du maintien de la contribution positive de l’inflation au secteur du logement et des services.
L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir le Vieux continent de la tenaille USA-Chine ?
En effet, ces rapports illustrent le fort décrochage de l’Europe notamment par rapport aux Etats-Unis et concernant l’investissement productif. Il est urgent de créer une véritable politique industrielle européenne planifiée sur 20 ans avec des objectifs de réindustrialisation dans des secteurs tels que la santé, la défense, la pharmacie, la chimie, le spatial afin d’endiguer le décrochage.
Il est nécessaire de mobiliser l’épargne européenne afin de l’orienter vers l’investissement productif des entreprises et d’achever l’union des marchés et des capitaux. Il faut faire un emprunt commun de 800 milliards d’euros (rapport Draghi) afin de financer l’innovation et les technologies de rupture, la recherche. Un vaste plan difficilement réalisable en raison des contextes politiques.
Quelle est la plus grosse menace pesant sur la stabilité financière mondiale pouvant se matérialiser en 2025 ?
Les risques géopolitiques accrus qui peuvent peser sur la stabilité de l’économie mondiale. Les différentes crises peuvent provoquer une hausse du prix des matières premières et nous replonger dans la crise inflationniste. Les politiques commerciales auront un impact négatif à la baisse sur le pouvoir d’achat des ménages et peuvent engendrer des crises sociales. Enfin, ces crises détournent le regard du changement climatique et du financement de la transition qui aura également un fort impact baissier sur l’économie.
En plus d’avoir failli à anticiper la dégradation sensible de ses finances publiques en 2023 et 2024, la France pourrait durablement évoluer dans une situation politique instable. Doit-elle redouter une crise de confiance sur les marchés obligataires à brève échéance ?
La France pourrait durablement évoluer dans une situation politique instable. On observe déjà les conséquences de la crise de confiance à travers le taux d’épargne des ménages à plus de 17% et de l’augmentation des taux d’intérêt. Cette crise de confiance peut durer trois ans et obérer la reprise de la croissance, dégradant toujours plus les finances publiques.
L’économie française devrait croître de 0,9% en 2024, puis de 1% en 2025. Cette faible reprise s’explique notamment par la consommation des ménages (+0,8% en 2024 et 1,2% en 2025). C’est l’investissement notamment des entreprises qui faiblit fortement en raison de la hausse des taux d’intérêt et de la crise politique passant de + 0,7% en 2023 à -1,7% en 2024 et à -0,4% en 2025. Il devrait repartir en 2026 à +1%. L’inflation continue de se modérer et devrait atteindre 2,3% en 2024 puis 1,6% en 2025 en raison de l’efficacité de la politique monétaire et du fort ralentissement des prix de l’énergie et alimentaires. Le taux de chômage devrait augmenter, à 7,4% en 2024 et à 7,7% en 2025 en raison du resserrement de la politique budgétaire et du ralentissement de la croissance économique.
Les finances publiques restent très dégradées avec une hausse de la charge de la dette à cause de la crise politique. La dette publique s’élèvera à 113,3% du PIB en 2024 et 116,9% du PIB en 2025. Le déficit public serait de 6% en 2024 et baissera à 5,8% en 2025.
Doit-elle redouter une crise de confiance sur les marchés obligataires à brève échéance ?
Oui, en raison de l’absence de visibilisé politique et de plan de désendettement clair et ambitieux. La crise provoquera une hausse du coût de refinancement de la dette publique et demandera des efforts budgétaires importants qui pourraient être récessifs. Le risque est de rentrer dans ce cercle vicieux où la hausse de la charge de la dette créait de l’austérité et donc moins de croissance dans un pays où l’économie repose d’abord sur la consommation des ménages. Seule la sortie de la crise politique à travers un accord de coalition et le vote d’un budget ambitieux proposant une trajectoire de désendettement pourraient arrêter la crise. Malheureusement, ce n’est pas, pour l’instant, les solutions envisagées.
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