Macro-économie / Taux
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L'année 2025 vue par... Philippe Aurain /
Chef économiste de La Banque Postale
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ?
Notre scénario contrefactuel est celui d'un budget 2025 qui reprendrait les caractéristiques principales du budget 2024 (via une loi spécial avant la fin d’année et sachant qu’un nouveau budget pourrait être voté par l’AN si elle trouve un compromis en 2025). En théorie les dépenses ne seraient pas revalorisées de l'inflation (hors retraites) et les recettes un peu plus élevées (seuils de barème d'imposition non réévalués alors que les revenus ont progressé d'un peu plus que l'inflation). Le calcul est complexe et l’on trouve des estimations allant d’un déficit induit de 5,3 % à 6,3%. L'acquis de croissance fin 2024 est attendu à 0,3%. Si le taux d'épargne rebaisse au niveau moyen 2023 (de 17,9 en 2024 à 16,9), le pouvoir d'achat progresse comme attendu (1%) et, sans considérer de stress supplémentaire sur le spread français, l'investissement se reprend, alors, au total, la croissance de l'activité pourrait s'établir autour de 1 %. Quels chocs possibles par rapport à ce scénario ?
1. La possibilité d'une consolidation budgétaire proche de celle définie dans le PLF de l'automne 2024 : hausse des impôts, baisse des dépenses, réduction plus forte du déficit à 5% du PIB, impact sur la croissance qui pourrait s'établir autour de 0,8 %.
2. crise politico-financière: les marchés inquiets de l'instabilité politique et de l'absence de consolidation significative des finances publiques réclament une prime de risque plus importante (120 pb ?). Cela pèse sur l'investissement et réduit la croissance. Le gouvernement couperait des crédits pour rassurer et limiter le déficit. L'activité progresserait peu, de 0,2%. Des efforts importants seraient nécessaires dans les années suivantes.
3. L'Assemblée nationale reste introuvable après le vote mi-2025. Alors que les marchés ne sur-réagissaient pas au premier semestre 2025, la prolongation de l'absence de majorité réformatrice entraînerait une hausse du spread. La pression des marchés se ferait de plus en plus forte au cours du temps, obligeant à un moment ou à un autre, à un effort de consolidation d'autant plus douloureux qu'il serait différé.
Toutes choses égales par ailleurs, des chocs exogènes sont également à considérer. 1. Un choc protectionniste américain. L'administration Trump annoncerait 10% de droits de douane vis-à-vis de l'Europe. Le coût potentiel serait de l'ordre de 0,2 pts de PIB ZE.
2. Un choc inflationniste américain. Le Policy-mix américain serait rapidement inflationniste en 2025 (droits de douane, réduction de l'immigration, relance de l'investissement, baisse des taux courts, l'ensemble atténué toutefois par la relance de la production d’énergie fossile faisant baisser les prix de l'énergie). De telles tensions pourraient faire monter les taux longs américains. Le Bund qui évoluerait à la hausse en sensibilité sur les taux courts européens et les taux longs américain (sensibilité de 0,6 sur ces derniers), ce qui freinerait l'activité en ZE.
3. Un choc inflationniste énergétique d’origine géopolitique pourrait se manifester via un durcissement des relations avec la Russie (arrêt des importations de gaz GNL représentant encore 10% des importations UE) ou réduction des transports fossiles via le détroit d'Ormuz en raison d'un conflit impliquant l'Iran. 4. Un choc de finances publiques. La fin du soutien américain à l'Ukraine et le financement de la guerre exclusivement par l'Europe nécessiterait la levée de nouvelles ressources (dettes européennes ?) et/ou une contribution des Etats membres plus importante.
Parmi ces dédales, un chemin est peut-être plus marqué pour la France : l’incertitude politique devrait perdurer et limiter confiance et croissance, mais l’amélioration des inducteurs sous-jacents, pouvoir d’achat (quoique atténué par le "rabot" et la hausse du chomage) et baisse des taux courts, devraient limiter les effets négatifs autant sur l’activité que sur les taux longs de marché.
Dans cette boite à outils scénaristiques, il y a néanmoins peu de surprises positives potentielles. Un scénario plus rose reposerait essentiellement sur l'absence de choc exogène violent et la conversion de gains de pouvoir d'achat en consommation et de baisse de taux en investissements. Une reprise plus franche de la consommation chinoise et le maintien de la dynamique de croissance aux Etats-Unis constitueraient des éléments de soutien pour la demande mondiale. On peut alors imaginer une activité progressant de 1,5 % si les éléments positifs s’alignaient.
L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer et Letta, mais aussi celle du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir le vieux continent de la tenaille Etats-Unis-Chine ?
L'accélération de l'investissement dans les énergies renouvelables, les chantiers nucléaires, la diffusion de l'intelligence artificielle, les premières livraisons d'ordinateurs quantiques seront des innovations de rupture pour l'année prochaines et les suivantes. Ces transformations vont générer des gains de productivité, limités sur un horizon à un an mais qui vont croitre au cours du temps. L’Europe, si elle sait tirer les leçons des rapports récents sur la compétitivité, y trouvera des solutions pour dépasser ses difficultés.
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